Course 2019 : la Barjo, la plus belle ?

Si si, je suis encore là, mais je cours et je « bénévole-organise » plus que j’écris. Donc en cette fin 2019, ouske qu’on en est du côté du coureur Cantalou ? Parlons course déjà, avec la Barjo, LE plus gros objectif de 2019. Il y avait pas mal d’objectifs sur cette course Normande, ont-ils été tous atteints ?

Objectif(s)

La Barjo était prévue au calendrier en 2018 et avait été annulée au dernier moment. Donc j’avais un peu les boules. Je resigne cette année avec un objectif assez simple : essayer d’être digne sur une distance ~50km. Jusqu’à présent, j’ai passé les 40km 5 fois en course nature, avec le plus souvent quand même des jambes un peu cassées sur la fin, des trous d’énergie, des pépins physiques. En 2018 notamment, je fais deux grosses courses, les Foulées du Cézallier (45km) et l’Origole (75km). Le premier pour tester après 6 semaines d’arrêt pour la blessure de la Barjo, bilan, ça tient 30 bornes, et après ça explose (mais bonne bagarre pour finir, super souvenir). Le second pour le challenge de la course dure pour être dure, et sans surprise avec une préparation un peu courte, j’avais 40 à 50 « bonnes » bornes dans les jambes, mais ensuite c’était compliqué.

Donc déjà, l’objectif est de se montrer digne de la distance, donc de pouvoir un peu décider sur la fin. Éviter ce mode où il n’y a plus qu’une vitesse de course, la vitesse « je fais ce que je peux », imposée par la course. La mode est à l’ultra-trail, nous sommes beaucoup à monter de distance trop vite et à finir des courses vraiment à la pioche. Donc j’essaye d’arrêter un peu le concours de quéquette et d’apprivoiser mieux la distance 40-50km. D’où une préparation plus importante, avec une année 2019 plus chargée globalement pour justement arriver avec une meilleure caisse (on y reviendra dans un autre article).

Objectif secondaire en bonus : mieux gérer la dernière semaine, pas de surenchère d’entraînement et de stress d’avant course à cause d’un bobo ou d’un coup de fatigue.

Le plan

Ah le plan. Oui, si je fais une grosse course, je prépare un plan dans la tête. Je regarde le profil, les ravitos, j’essaye de lire quelques comptes rendus, bref, je me rassure un peu et j’envisage comment ça va se passer. Tout ce qui est anticipé est NETTEMENT moins dur. Donc j’ai les conseils d’un local : piano sur 35km, les 15 derniers sont plus durs. Ça paraît simple comme plan, et j’ai toujours fait mes meilleurs courses avec un départ prudent et une fin ultra kiffante (le Trail du Vieux Lavoir, l’Ut4M par exemple).

La réalité

Déjà, la dernière semaine, c’est pas si mal, même si le mollet droit un peu fatigué de la fin de prépa me fait cogiter en début de semaine. Mais bon, je dors bien, la tension est très légère, j’arrive sur les lieux du drame l’esprit et le corps bien reposés, c’est déjà pas mal ! Bravo mon gars.

Sauf que le matin de la course, j’arrive à me planter dans mon heure de réveil. Je vous explique, c’est quand même magique : les téléphones et montres connectées s’ajustent au réseau téléphonique, qui parfois passe à l’heure anglaise à certains endroits du coin ! Donc je passe sur un réseau anglais, je change d’heure, et hélas comme ça ne capte pas à notre logement, je suis resté une heure en retard. Donc après une nuit un peu clairsemée, je me rends compte qu’il est … 7h30 et non 6h30 ! Premier départ des bus à 8h… Autant dire que le matin relax en prend un petit coup, je me dépêche de manger en essayant de ne pas stresser. J’ai du temps, moins que prévu, et mon sac est prêt. Au final, j’attrape un des premiers bus et me retrouve à glander une bonne heure et demi au départ. Globalement, ça va. Coup de pression, mais ça va. Maintenant, comment se passe le début de course ?

Évidemment le plan c’est une chose, la réalité en est une autre. Une course au bord de la mer, je connais pas trop, je subodore quelques petites saloperies à droite à gauche vue la moyenne assez modeste des coureurs. Le départ sur la plage se passe bien, c’est super sympa de partir en bord de mer pour moi le montagnard exilé en région parisienne. Le sable est assez dur, mais arrivé sur la première barrière de rochers, je comprends tout de suite que tout ne sera pas roulant. Il fait un temps normand, ça pleut un peu, du soleil, ça repleut. Hélas pour moi, ça se dégage un peu trop vite, et le soleil reste. Le trafic un peu dense dans les premières montées crée des petits bouchons, mais disons que ça évite de partir trop vite. Le mollet semble très discret, j’avance sans chercher à trop donner.

Aïe le moral

On peut passer assez vite sur le premier segment jusqu’au 15ème, ça monte ça descend, un peu de forêt et de boue, le rythme est acceptable, je bois bien et je mange un peu, je profite des paysages vraiment sympas. Je prends mon temps au premier ravito, le plein d’eau, du salé en priorité (j’ai le sucré sur moi), et je repars. Après quelques kilomètres bosselés, ça s’annonce bien roulant sur 10km, avant que les choses sérieuses ne commencent. Et hélas pour moi, le soleil commence à faire son effet, et je ne suis pas mal, mais je ne suis pas bien, alors que le plan était « coooool jusqu’au 35ème ».

J’arrive au second ravito au 26ème avec un bon petit coup au moral : déjà les 500 derniers mètres avant le ravito sont une vraie galère dans des petits galets où il n’est facile ni de courir, ni même de marcher. Tout le monde est à l’arrêt. Et j’ai un peu mal aux jambes. Après 3 mois de prépa et 670 bornes, j’ai les jambes un peu entamées au bout de 25 bornes bosselées ? WTF !? Je sais que le soleil ne m’aide pas, mais il fait pas 30°C non plus. Le plan A en prend un coup dans l’aile, je sens arriver 15 dernières bornes bien à la pioche. Je prends mon temps au ravito, je discute un peu, et le même rituel : un fond de coca et des quartiers d’orange en arrivant pour le sucré, cacahuètes & fromage pour le salé, et je remplis les deux bouteilles d’eau. Je repars pas vraiment abattu, mais je me prépare mentalement à en baver sur la fin. Ça sera pas élégant, ça sera pas la fin prévue, mais faudra bien que ça passe, me dis-je. Sûrement avec quelques petits jurons pour habiller l’affaire.

Transition vers Jobourg

Les kilomètres suivant sont roulants, c’est tout en bord de mer, c’est vraiment sympa et dépaysant. Le début était également beau, surtout le chemin des douaniers après le Landemer. Je ne fais pas trop de pauses photo, mon téléphone n’ayant pas assez de batterie (la faute au réveil tardif…). Je rattrape des coureurs du 25km, qui se poussent pour laisser passer les coureurs des courses plus longues. Mais ça bouchonne forcément un peu quand même. Vu les sensations de mes jambes, je me dis que ce n’est pas forcément un mal. Passage à Goury, il y a vraiment beaucoup de monde, ravito appliqué, et je repars. Le ciel commence à se couvrir à nouveau. La fin de course commence à se profiler, les falaises réapparaissent, et une deuxième course va pas pouvoir commencer.

L’harmonie

J’ai du mal à me souvenir quand les sensations sont revenues. J’ai toujours des souvenirs trop diffus de mes courses. Mais à mesure que le ciel se couvre et que les températures descendent, les jambes reviennent. Rien de fabuleux, je trace pas à 14km/h, mais je recommence à courir avec des sensations plaisantes. Je suis des coureurs du 25km, je continue de remonter sur des coureurs du 50km, je n’ai ni soif ni faim, le vent me rafraîchit, et la course telle que je l’avais imaginée commence vraiment.

Je remonte tranquillement vers l’auberge du Nez de Jobourg, j’arrive à faire sauter des coureurs du 25 régulièrement, et les premiers coureurs du 50 en souffrance commencent à apparaître. Non pas que je me réjouisse des défaillances des autres, mais j’ai bouffé du km pour justement arriver à être constant sur les 50kms, donc indirectement, croiser un coureur en petite galère me regonfle le moral.

Passage à l’auberge du Nez de Jobourg, j’ai un souvenir clair du mental à ce moment là : contrairement au 25ème km, je suis vraiment bien, je me sens de bonnes jambes, il fait plus frais avec un vent idéal pour moi, et je suis mon rituel de ravitaillement avec application. Je ne pense plus qu’à une chose, la suite du chemin. Sans notion de vitesse ou de kilométrage, j’ai à peine contrôlé la distance ou mon chrono jusqu’à présent. Je me sens juste BIEN et je veux enchaîner.

Tout semble aller dans la bonne direction, c’est un moment assez rare sur une course. Cela reste sûrement le plus bel objectif à atteindre. Une harmonie entre la tête et les jambes, entre le corps et l’esprit. Il n’y a plus de douleur ou de fatigue, tout semble naturel. Mon monde se limite aux paysages autour de moi et aux 20 mètres devant mes pieds. Mon temps est le présent. Je suis pleinement concentré sur ce mouvement permanent vers l’avant, sans aucune complication. La plénitude. Le plaisir de l’instant. Je cours, simplement.

Après des heures et des heures d’entraînement, tout semble enfin en place, et même si je sais que ce genre de moment « in the zone » peut s’arrêter avec un trou d’énergie ou une douleur, celui-ci m’accompagne jusqu’à la fin de course. Bien sûr, je commence à ressentir un peu de fatigue sur les tous derniers kilomètres, mais c’est plus une sensation qu’un frein. J’ai simplement 15 kilomètres qui vont au delà du simple plaisir, parfaitement concentré sur ce mouvement perpétuel vers l’avant. Je peux être tranquille sur une sortie de 15km, bien sûr. Mais en course à distance respectable, on atteint un autre état d’esprit, sûrement aidé par la fatigue, l’endorphine et l’émulation des autres coureurs. Surtout qu’à environ 10km de l’arrivée, je commence à zieuter le chrono et l’estimation d’arrivée de ma Garmin. Laquelle fait plutôt un bon boulot, et annonce un 6h30 jouable. Je sais que le terrain est plutôt difficile sur la fin, donc j’ai un doute, mais je joue le coup.

Je reste donc dans cet état de concentration totale, en courant autant que possible, en montant à allure bien soutenue, en relançant dès que possible, en doublant dès que possible. A chaque petite difficulté, je me dis « allez, c’est ici que tu peux gratter le 6h30 ». Je bois, je mange, je me douche un peu avec de l’eau pour me refroidir, je me fous de savoir si je joue la 400ème ou 100ème place, là n’est pas le sujet. Les chiffres ne sont qu’une carotte pour rester dans cet état de plénitude entre le corps et l’esprit, après 5h d’effort et 40km de course. J’en tire évidemment un plaisir de dingue, parce que le travail fournit paye à ce moment là. 15km de plénitude comme ça, je ne sais pas si cela m’est arrivé déjà en course, surtout sur le final comme ça. La Barjo 2019 est donc peut-être la plus belle. Tout n’a pas été parfait bien sûr, je n’ai pas manqué de trouver depuis des points d’amélioration à froid par la suite. Mais sur le moment, c’était juste parfait.

Bilan

Maintenant à froid c’est vraiment très très positif :

  • semaine d’avant course et avant course assez bien gérés
  • bons ravitos, aucun soucis de digestion, aucun trou d’énergie (c’est pas si évident sur une course de 4h et plus)
  • matériel et tenue qui n’ont donné aucun souci, un peu chaud mais pas dramatique, aucune gêne, bref, j’oublie mon matériel
  • les jambes ont très bien tenu
  • chrono très honorable, perte de temps à remonter des concurrents et sur les ravitos, mais mieux vaut être un peu en dedans sur les deux premiers tiers.
  • course bien constante, ça fait maîtrisé pour une fois, et c’était quand même le but initial. Se sentir digne de la distance.
  • très joli parcours dans un cadre vraiment nouveau. Je n’ai plus vraiment regardé autour de moi à partir du 30ème, mais j’y suis retourné le lendemain en balade pour vérifier 😉

Le moyen :

  • Je passe pas mal de temps aux ravitos, je peux aller un peu plus vite
  • je perds du temps dans des bouchons et derrière les coureurs du 25, en partant un peu plus avancé dans le peloton, y a peut-être moyen d’éviter les deux écueils
  • Y avait sûrement moyen de pousser un poil plus vite, mais c’est facile à dire comme ça, ça aurait pu donner aussi un bon coup de mou sur la fin…

Le mauvais :

  • Le mollet droit était fatigué, et il s’est bien manifesté à froid ensuite. Ca a donné lieu à un mois de Juillet en mode repos. Mais bon, ça fait partie des risques du jeu, et il faut faire des pauses dans l’année.

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