Printemps été 2018 3/3 : bénévole du 1.5

Courir c’est bien, mais ça reste une activité un peu solitaire. Depuis quatre ans que je travaille sur mon p’tit trail local dans le Cantal, j’ai pu voir l’autre côté de la barrière, et c’est forcément très enrichissant.

L’aspect le plus important reste qu’on commence à mieux voir tous les détails qu’en tant que coureur, on ne voit pas vraiment. Je n’ai pas l’impression d’avoir été un coureur exigeant sur les courses. Pas vraiment du genre à râler si je n’ai pas de médaille, ou de t-shirt à ma taille. Mais il est toujours bon de passer derrière le décor pour mieux comprendre et il y a plein d’avantages. Allez on y va, comme c’est à la mode chez les bloggeurs et influenceurs, voici le Top 5 des avantages d’être bénévole sur une course !

Number FAÏVE : une autre pratique

Etre bénévole, cela permet aussi de continuer à courir, mais avec une optique différente : je sors parfois pour valider un bout de parcours, ou pour chercher une variante. Et comme j’ai toujours eu du mal à ne PAS regarder la moyenne sur une sortie, c’est un exercice bienvenu pour lâcher un peu mes piètres chronos. En tant que coureur dans l’organisation (oui je sais, ça paraît con à dire, mais la très grande majorité de l’assoc ne court pas), j’ai une petite légitimité à proposer des améliorations qui plairaient à des coureurs. Ce que j’aime, je peux le proposer aux autres. Et bien sûr j’en retire un certain plaisir si les gens sont contents, c’est du plaisir, mais partagé. Donc je m’entretiens, je découvre de nouveaux coins, j’essaye de penser global et non personnel : est-ce que ça plairait aux autres ici ? C’est trop technique ? Pas assez ? 

Number FORT : se placer dans les runnings d’un autre

Etre bénévole permet aussi de mieux comprendre les besoins et problèmes de tous, et pas seulement les siens. Parfois certains sont évidents, d’autres beaucoup moins, même après plusieurs années à participer à une organisation. Exemple 2018 : je souhaitais faire une fermeture de course depuis un petit moment. J’en ai eu l’occasion cet été, c’était une expérience intéressante pour ne pas penser que chrono déjà (voir le #5), puisqu’il faut rester derrière le dernier coureur. Ensuite cela m’a permis de mieux comprendre que la façon dont je valide le balisage n’est pas celle de tout le monde : j’avais refait le parcours la veille pour tout valider et affiner, pourtant pas vite, donc nickel pour tout le monde. Et bien non ! Le lendemain, je découvre de nouveaux paramètres : non, certaines flèches ne sont pas si évidentes que ça car certains participants sont assez âgés (on parle de V4 ou V5 quand même !), leur distinction de certaines couleurs n’est pas aussi bonne que la mienne. Déjà que certains d’entre nous trouvaient le contraste des panneaux moyens, cela ne faisait que confirmer ! 

« Sandwich » de balisage

Number FRI : l’humilité

La course est l’école de l’humilité, inutile d’être bénévole pour s’en rendre compte. On s’est tous faire punir par une course, ou déposé par un mec avec un vieux short et une dégaine pas possible. Mais être vraiment à la fin d’une course permet de voir des coureurs nettement plus âgés ou vraiment dans la difficulté, et ça force évidemment le respect. Sur ma fermeture de course, je suis rapidement avec un V4, et après à peine 2 km et demi (sur 13km environ), il vomit tout. Sur le moment, difficile de savoir quoi dire. Je reste évidemment avec lui, sans chercher à dramatiser avec un « vous feriez peut-être mieux de vous arrêter », car je ne pense pas que j’aimerais beaucoup qu’on me dise ça, sauf nécessité médicale évidente. Mais là, dans le doute, je le laisse récupérer, « c’est la première fois que ça m’arrive » qu’il me dit. Je reste donc avec lui, il repart doucement, mais à son rythme, sans défaillance. Quelques kilomètres plus loin, je dois quitter son parcours pour fermer une partie d’un autre parcours, je le laisse donc poursuivre son chemin en lui conseillant bien de regarder les flèches sur le sol s’il a un doute, comme il a plus de mal à lire les flèches des panneaux. 

Mon parcours étant plus long de 2.5km (et mon arrêt au ravito s’étant un peu éternisé, y avait du Cantal, du Saint Nectaire et même du pain…), je ne le rattraperai pas. Et devant lui finit un V5 qui sera V6 (!!!) l’année prochaine. Je dois bien avouer que j’aimerais pouvoir toujours être sur le terrain comme eux à leur âge !

Number TOU : Savoir recevoir les retours

Autre point intéressant, j’avoue avoir été très surpris, et pas toujours favorablement, par le niveau d’exigence de certains coureurs, et par leur agressivité (voulue ou non) dans les propos quand tout n’est pas nickel. Sur une course à 80€, organisé par une société qui vit de l’organisation, je comprendrais plus. Sur le travail de bénévoles qui y passent franchement pas mal de temps (je ne parle pas nécessairement pour moi pour me passer de la pommade, mais simplement en observant le travail des autres), j’ai plus de mal à comprendre. Les attitudes de certains suite à des soucis de balisage, qui peuvent arriver sur un peu toutes les courses qui plus est, sont vraiment étonnantes. Ces gens là ne jouent pas leur gagne pain sur une course. Je veux bien croire qu’un 12km pourrait peut-être leur objectif de l’année, mais j’ai du mal à le croire. Même si ces personnes jouaient la gagne, il faut remettre les choses en perspective : on parle d’une course amateur à 10€, organisée par des gens qui prennent sur leur temps libre pour essayer de réunir les bonnes conditions. L’erreur est humaine, mais visiblement le niveau d’exigence est élevé. Il faut donc savoir bien prendre ces retours parfois très directs. Parfois franchement, on a bien envie d’en envoyer promener certains. Ce qu’il faut savoir faire avec politesse.

Heureusement, ces attitudes restent minoritaires. Elles sont forcément un peu blessantes, même si l’on reconnaît facilement nos erreurs. C’est un des désagréments à accepter, mineur certes, mais qu’il convient toujours de remettre en perspective. Surtout que beaucoup de gens charmants nous envoient aussi des commentaires de sympathie. Ça c’est la partie la plus agréable du job, voir que la grande majorité des gens sont contents et font des retours constructifs, à la fois positifs et parfois négatifs, mais avec bienveillance et en comprenant tout à fait les contraintes et limites d’une petite organisation. Il faut simplement comprendre qu’on entend d’abord et surtout ceux qui râlent, et beaucoup moins ceux qui sont contents. Une fois cette notion bien acquise, on prend les retours moins à cœur et on fait la part des choses.

Number OUANE : l’enrichissement

Oui l’enrichissement. Humain bien sûr. Car organiser une course coûte beaucoup de temps. Pas tellement d’argent, même si on ne se fait pas rembourser tous ses frais. Donc le « salaire » reste les sourires des participants, et surtout les contacts humains, que ce soit dans l’organisation même, ou avec les partenaires et les participants. Tout n’est pas toujours facile, on retrouve parfois des situations qu’on peut rencontrer en entreprise ou dans toute équipe, le stress est important sur la fin, mais on peut partager beaucoup avec des gens de tous horizons. J’ai participé à plus de tâches cette année : des réunions de l’équipe (alors que j’habite à 500km), discussions et travail sur le balisage (dont mon premier balisage sur 10km dans mes montagnes avec une amie Cantalouse, c’était top), travail de comm’ toute l’année sur le site web et les médias sociaux (coucou les habitués sur Facebook et Twitter !), discussion sur les parcours, avec reconnaissance et traçage de tous les circuits, inscription de nos courses sur les annuaires et sur l’ITRA, gestion des inscriptions en ligne, dialogue avec les inscrits pour leur donner des infos, vérification du balisage, fermeture de course, etc…

Balisage au Luchard : le pied !

Chaque tâche fait travailler avec des personnes différentes, dans des domaines parfois très éloignés les uns des autres, on y apprend plein de choses, et on ne se place plus au centre de son hobby, mais on doit au contraire se mettre en permanence à la place des autres. C’est un contre-poids fort bienvenu après des années à courir souvent assez seul, hors club, en liberté totale. Tout est plus compliqué, parfois stressant, mais pas moins valorisant et plaisant. Tout comme la course permet de retirer beaucoup d’avantages, la confiance en soi, l’humilité, la valorisation de l’effort, travailler dans l’organisation permet de développer des compétences en contact humain et en organisation qui dépassent de loin le domaine du trail. 

Conclusion

Voici donc quelques uns des avantages – et inconvénients – de prendre part à une organisation de course. Ça rappelle un peu un mariage : on bosse dessus pendant un an, le stress monte pas mal sur la fin, et le jour J, ça passe forcément trop vite ! Mais on resigne pour l’année d’après, la tête plein d’idées pour améliorer les points perfectibles, et l’envie toujours présente de partager son terrain de jeu avec de nouveaux visages et bien sûr des habitués. 

Et comme bien sûr les courses manquent souvent de bénévoles, je vous invite tous à prendre part à une organisation, même simplement quelques heures le jour d’une course par exemple. Ça soulagera sûrement un peu l’équipe en question, et ça permet de voir un peu mieux les difficultés d’organisation. On en devient tous plus tolérants et agréables les uns avec les autres. Tout ceci n’étant au final qu’un grand jeu, autant qu’il se joue avec bienveillance (oh la la, la conclusion de bisounours 😉

2 commentaires

  1. Chouette témoignage. Oui, la très grande majorité des coureurs sont sympas et reconnaissants envers les organisateurs (surtout que 10 €, c’est imbattable comme frais d’inscription !), mais tu ne pourras JAMAIS éviter les emmerdeurs, sales cons à qui tout est dû et qui font passer leur petit nombril avant toute chose… C’est dommage chez des coureurs mais un dossard n’a jamais été un brevet de vertu (triche, dopage…) Statistiquement, j’ai appris à admettre que c’est inévitable ! Réciproquement, en tant que coureur (bon, ok, ça fait plus d’un an que je n’ai pas participé à une course à dossard), je me suis bien retrouvé dans les ambiances que tu décris. Et, oui, le mec qui a 25 ans de plus que toi, un vieux tee-shirt en coton tout moisi et qui te met un cartouche dans les derniers km et que tu n’arrives désespérément pas à rattraper, oui, ça fait douter et ça fait envie aussi de rester ainsi malgré les années qui passent… A plus, peut-être autour du château de Vincennes pour un petit (ou gros) footing.

    1. Oui c’est sûr qu’on est pas cher. 12€ pour un 23km, 25€ pour un 67km… Heureusement la majorité sont adorables. C’est l’école de la patience et de la politesse donc 😉 Même si parfois j’en ai repris un ou deux en ligne (quand on est quasi anonyme, ça gueule encore plus bizarrement).

      Ok pour Vincennes, j’y rode principalement le Dimanche, entre des séances plus ou moins longues (8 à 20km) ou du yoyo sur la butte. Je devais plus d’être côté Chevreuse ou des terrains plus pentus dans les prochaines semaines, mais si mon tendon reste un peu douloureux, Vincennes pourrait rester mon terrain de jeu. Tu fais quoi typiquement comme sorties ? Je suis pas rapide hein !

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