Petite Origole 2017, le retour aux affaires

Après près d’un an et demi sans compétition, la Petite Origole était un sacré test pour voir si oui ou non j’avais bien retrouvé le démon de la course à pied. Parce qu’on ne se pointe pas sur l’Origole comme dans le 10km route de son quartier. On y va pour tester mon mental et sa condition. Après une bonne petite préparation de deux mois, il me tardait !

Paye ta motivation !

En effet, en 2016, si je fais un rapide flash-back, ça a été un peu pourri niveau compétition : un 28km de nuit pas si mal, mais sans la grinta pour finir fort, la Pastourelle qui se solde par un abandon au 30ème kilomètre, et le trail du Cézallier à rythme très mesuré à cause d’un tendon toujours douloureux. Bref, au niveau plaisir, c’est même pas du 33%. C’était pourri. D’où la coupure, inutile d’aller se faire du mal sans plaisir.

Donc fin 2017, j’arrive au Perray en Yvelines à 7h30 du matin, il fait -2°C, il pleut, j’ai 3 objectifs :

  • ne pas finir la course cassé, tenir la distance quoi, dignement
  • bien gérer ma température, un de mes soucis principaux en course
  • mettre une putain de misère à cette course si les objectifs 1&2 sont remplis

Je ne viens clairement pas faire du jardinage, j’ai fait une préparation ramassée, mais sérieuse (j’ai bouffé de la pluie et du terrain gras), j’ai étudié un peu le parcours, j’ai prévu les conditions difficiles, et je veux faire ce qui me plaisait toujours dans les courses : donner tout ce que j’ai, flirter avec la ligne rouge, chercher ces sensations que seules les courses peuvent apporter, bref, me mettre minaaaable. Sinon autant aller se faire mes petites sorties solo ou bouffer des chips devant la télé.

Il y a quand même pas mal d’inconnues dans l’équation, ce qui en fait tout le charme : première course vraiment hivernale, première course sur terrain bien boueux, première course sans aucun ravitaillement, première course depuis 16 mois… Autant dire que je ne me pointe pas la fleur au fusil ! Vu mes soucis de régulation de température (Fail Pastourelle / Fail Chavaroche), je suis hésitant sur les couches à appliquer sur la bête jusqu’à 20 minutes du départ. Je pars un peu plus « aggressif » que d’habitude : je troque ma veste d’automne / hiver pour une veste très légère, avec une sous-couche chaude, et une veste imperméable pour le départ. Gants, buff pour protéger les extrémités, et ensuite il suffit d’alimenter la machine pour rester au chaud, vu que c’est une course moyenne distance.

A la découverte du parcours dans le gymnase, je constate qu’il est en sens inverse du sens prévu. Ayant préparé ma trace dans les deux sens (ça c’est un coureur expérimenté ;), je synchronise la version adaptée dans la montre, mais qui n’aura pas les points de passage : j’avais marqué le bas des grosses côtes, avec un compteur, histoire de savoir ce qui restait : « montée 1/5 », « montée 2/5 », etc… Tant pis, on fera au feeling !

On y retourne !

8h30, on se place dehors sous une petite pluie pour le départ, j’ai légèrement froid mais surtout bien envie d’y aller ! Bien reposé malgré la nuit merdique, lesté de 2 litres d’eau, je patiente avec le collègue aligné sur le 18km, et nous partons plutôt vers la fin du peloton que vers le début, soyons modeste. Je remonte tout de même des coureurs, mon sac ne me paraît pas lourd, j’ai des jambes et la tête qui ont vraiment envie de courir. Après un passage sur un pont bien verglacé, nous bifurquons sur la forêt, où finalement le terrain gras l’est moins que dans mes estimations les plus pessimistes.

C’est ici l’un des avantages de se préparer à sa course un minimum : je sais qu’il y aura des côtes, je sais qu’il y aura de la boue, je sais qu’il va faire froid, et rien que le fait de s’y préparer rend les épreuves moins difficiles. On les subit moins. M’étant souvent entraîné dans le coin, parfois avec des conditions vraiment dégueulasses, je m’adapte vite à ce terrain de jeu familier. Je remonte le peloton très doucement, en me rappelant bien que c’est 30 bornes à couvrir, pas 15. Ça fait bien deux ans que je n’ai pas fait cette distance je pense.

La veste imperméable dégage vite (mode bouillotte ON), et s’en suit une douzaine de kilomètres faits à allure très correcte, mais sans forcer. J’essaye de trottiner dans les montées pas trop dures, je me fais souvent reprendre sur le plat (grrrrr), je descends plutôt pas mal vu ma prudence habituelle, et je surveille le chrono à intervalles très peu réguliers : environ 10km/h de moyenne sur le premier 10km, un poil moins ensuite dans la partie la plus vallonnée du parcours. Dans ma petite tête commence à trotter l’idée de passer la barre des 10km/h, ce qui ne me semblait pas possible sur un terrain très difficile avec un format 30km / 600m D+ / pas de ravito. Mais le terrain étant moins dur que prévu, je me prends à espérer mieux. Reste à tenir le choc, car après 20km, on sait bien que la fatigue va commencer à faire des dégâts, on verra qui tient et qui ne tient pas.

Monotonie

Les paysages sont familiers, pas franchement excitants avec cette météo très moyenne (pour ne pas dire à chier). Il pleut par intermittence, on alterne principalement du single avec quelques chemins plus large et une lichette de bitume. Sous ce ciel très gris, il n’y a rien de franchement touristique dans cette course, surtout que je connais le coin. Mais c’en est JUSTEMENT l’intérêt, je suis venu chercher la difficulté pour mesurer la motivation et le mental. Et bien je suis servi ! Arrivé au 15ème km environ, j’ai un épisode de « in the zone », ces moments rêvés où tout semble facile : je n’ai plus froid, je n’ai plus chaud, je n’ai pas mal aux jambes, je ne sens rien, je cours, facilement, à ma main. Rien que pour ce genre de passage, une course est une bénédiction. Cependant, je me méfie un peu, car c’est parfois annonciateur d’un coup de moins bien. Et la première côte vient justement me ramener à la réalité, je sors de ma bulle, et je regarde un peu ma montre. Je connais le profil, je sais que les bosses se finissent vers le 23ème km. Je suis au 16ème, il me reste 7km de yoyo à tenir. Je remonte encore quelques coureurs, et j’en profite pour jouer à saute mouton : je double dans les montées, et je regarde si ça revient ensuite, ou si ça saute. C’est une très bonne source d’auto-motivation. Mais je ne pavoise pas, je suis clairement dans le dur, et la moyenne chute un peu. Reste que je tiens, je continue de monter en trottinant dès que je peux, je change mes bouteilles à l’occasion d’une montée plus raide (on ne s’arrête JAMAIS, c’est la règle, la seule raison de s’arrêter, c’est pour la pause pipi). Bref, je m’accroche à mon prochain objectif : le 23ème km, le 23ème, le 23ème… Segmenter, toujours segmenter.

Le déclic

Et si je continue de courir sans me faire vraiment dépasser, ces 7-8km sont un peu difficiles, et je commence à me demander si ça ne durera pas jusqu’à la fin. J’étais venu tester le mental, je suis servi ! Je commence à avoir un peu froid, mais je me refuse à remettre la veste imperméable, je sens bien que ça sera une bonne raison de ralentir l’allure pour finir « au chaud ». Je vivote un peu passé le 23ème, il n’y a évidemment pas d’effet miraculeux « Ça y est, fini les côtes, on peut relancer fort ! ». Non, j’attends le retour de l’énergie, mais qui ne se produit pas comme par enchantement. Non, ce qui me sauve un peu, c’est le retour d’un coureur de l’arrière, qui double le petit groupe où je me trouvais, dans un de ces sentiers obligeant à faire pas mal de zig zag autour de grosses flaques de boue. Le démon de la course à pied prend le dessus, et sans vouloir vraiment le doubler, je me cale au moins derrière lui. L’allure augmente sensiblement.

Et si j’ai eu une baisse d’énergie, je constate que la préparation a été suffisante, je n’ai pas mal aux jambes, elles répondent bien, je peux courir en montée, prendre des appuis francs, bref, je cours comme je veux. Rien que ça, c’est le bonheur. Et si je sens bien que je fatigue un peu, trempé de sueur et de pluie, j’ai envie de courir. Je lâche au train mes suiveurs, mais sans jamais me retourner. Je ne pense pas au classement, je ne regarde pas vraiment ma moyenne pour réfléchir à la barrière des 10km/h, je veux juste courir. Je remonte toujours quelques coureurs au ralenti, et à l’approche du 30ème km, je vois que je passerai sous les 3 heures. Je suis sur mon terrain d’entraînement du midi, je connais parfaitement le lieu, je sais qu’il ne peut plus m’arriver grand chose, même si les réserves d’énergie arrivent à leur terme. Grand grand sourire au passage au 30ème sous les 3h, l’allure augmente progressivement, je suis dans le orange bien foncé, mais à ma main, dans la bulle.

Une dernière accélération sur le bitume et je boucle les 31.4km en 3h07 environ, à plus de 10km/h de moyenne donc, chiffre sans grand intérêt mais qui a servi de belle carotte. Je finis trempé, vidé, mais totalement satisfait d’une course pleine, où je pouvais sûrement difficilement faire mieux.

Moment de solitude

Histoire de ne pas vous la faire trop happy-end hollywoodien, je m’en vais vous narrer le petit moment de solitude post course. Amis de la poésie, évitez ce paragraphe. Donc sitôt arrivé, je sais qu’il faut d’abord passer dans ce haut lieu de la satisfaction post-course : les toilettes. Car depuis quelques kilomètres, je sentais bien qu’il fallait faire une pause, mais pas question de s’arrêter. La digestion n’a évidemment pas hyper apprécié l’effort assez brutal, je connais la musique. C’est donc trempé et fourbu que je me présente aux toilettes, je balance mon sac, mon énorme médaille, ma veste et tout ce qui va avec par terre. Et je constate avec horreur que le nœud de mon corsaire a perdu sa petite boucle. Il ne reste qu’un petit nœud. Avec mes doigts engourdis par le froid, j’arrive à peine à le sentir, et mon système digeste me crie « la course est finie, c’est mon tour maintenant !!! ». Petit moment de solitude, limite de panique. PUTAIN JE FAIS QUOI ?? Je sors mendier l’aide d’urgence de quelqu’un pour défaire ce putain de nœud ?? Dernier effort mental, je me calme un peu, j’y vais doucement et mes doigts engourdis finissent par réussir à défaire le nœud récalcitrant. Ouf, tout est bien qui finit bien, je peux ensuite aller dévaster le buffet bien garni dans le gymnase.

 

Bilan

A l’heure du bilan, les comptes sont globalement très positifs :

  • j’ai pas explosé
  • j’ai pas eu trop chaud
  • j’avais le bon matériel (<3 mes Peregrines)
  • je me suis bien dépouillé
  • j’ai totalement kiffé

Le chrono et le classement restent anecdotique, le plus important restant toujours LA MANIERE. Enfin une course satisfaisante, avec beaucoup de plaisir dans la difficulté ! J’ai le sentiment d’être de retour à la maison, tout simplement.

 

L’Origole

Un petit mot sur l’Origole, c’est bien organisé, les bénévoles sont super sympas, c’est parfaitement balisé, les conditions sont difficiles, mais c’est justement le jeu. Il manque juste une soupe chaude à l’arrivée, même si le buffet est bien garni. Bref, si vous voulez vous marrer en en bavant un peu, allez-y ! (une année sur 2, c’est plutôt des longues distances 50-80km, puis 18-30km les années impaires).

 

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