Paix et Guerre – pourquoi je cours

Oui, j’ai inversé, parce qu’avec « Guerre et Paix » comme titre, faut assurer derrière. Et il y a une certaine logique à cet ordre. Cet article est en quelque sorte la réponse à la fameuse question « pourquoi je cours ». Il en a fallut du temps pour l’écrire. D’ailleurs je dois bien avoir deux ou trois brouillons d’articles avec ce titre. Mais là, c’est bon, je le tiens !

Comment en arrive-t-on à savoir pourquoi on court ? Hé bien dans mon cas, en ne courant plus ! La course à pied, quand on est à fond dedans, c’est un peu mono-dimensionnel. On est dans son entraînement, ses préparations de course, ses objectifs, ses réseaux sociaux dédiés à la course à pied, ses camarades de sortie, ses joies et ses déceptions. Avec le temps, j’avais déjà une meilleure idée de ce qui me plaisait dans la course bien sûr. Mais c’est surtout le fait d’en sortir un peu, de comparer, de voir ce qui manque ou pas qui fait que je me connais mieux.

Avant, quand j’arrêtais de courir, pour faire un break, ou soigner un bobo, je ne faisais pas vraiment un autre sport. Oh, un peu de vélo, mais vraiment comme un touriste. Cette fois, j’ai pu vraiment me mettre plus sérieusement au vélo (j’en ai même acheté deux !), et envisager d’autres alternatives (oui, la fameuse trottinette). L’avantage de toucher à un autre sport, c’est que cela permet de mieux saisir ce qu’on aime dans la course. On voit ce qui manque, ce qui ne manque pas, ce qui pourrait remplacer ou pas.

Alternatives ou compléments ?

Donc déjà, même si j’adore remplacer mes trajets de métro et train par du vélo, cela reste un plaisir assez « pratique », et de circonstances. Je n’ai pas développé de désir soudain de faire des cols, ou des randos vélo de 500km en petit groupe. Je kiffe toujours le Tour de France, mais devant ma télé. Je m’amuse à faire des petites sorties en Auvergne, mais je n’ai pas d’ambitions démesurées de sorties de 120km avec 3 fois le Puy Mary, et quand je pense au Ventoux, c’est pour retourner le faire en course à pied. Je kiffe mon nouveau vélo, mais toute la partie bricole, entretien, réparation, c’est pas mon truc. Ça m’amuse deux minutes, mais l’entretien minimaliste du matériel de course me convient beaucoup mieux. Ou disons plutôt que j’ai déjà bien assez à faire pour entretenir ma principale machine, à savoir moi-même.

Ensuite, quand je fais du vélo, j’ai toujours à l’esprit des idées comme « ça va t’entretenir le cardio pour la course sans taper dans les articulations ». Ou encore « pousse du braquet, ça va te servir en trail ». La trottinette, outre l’aspect pratique transportable dans le métro, c’est aussi pour moi un bon moyen de bosser la remontée de jambe et les ischios. Bref, dans mon esprit, ce sont des sports de complément, qui gravitent autour de ce que je souhaite vraiment faire. Ils ne remplacent pas vraiment. Maintenant, attention, je ne veux pas dénigrer le vélo ou les autres sports d’endurance. Et j’ai trouvé un bon mode de fonctionnement en vélo, qui me procure à la fois beaucoup de plaisir, et qui s’insère harmonieusement dans mon emploi du temps. Donc la place du vélo (et sa petite soeur la trottinette) est en augmentation, et devrait constituer une part importante de mon entraînement.

Liberté

Je sais ce qui me manque de la course à pied. Pas vraiment la fameuse addiction à l’endorphine. Si ce n’était que ça, le vélo remplirait à merveille cette tâche, j’en fais 2 à 4 fois par jour pour aller au travail après tout ! Donc le bien-être post entraînement, je l’ai déjà. Non, je vois deux axes principaux maintenant. Les fameuses paix et guerre justement. Me manque déjà la simplicité et liberté de la course. Il n’y a pas de sport plus simple. Nul besoin de beaucoup de matériel, de réfléchir à l’éclairage, la météo, les chemins à emprunter, le vélo à choisir, etc… etc… Je peux partir courir n’importe où, n’importe quand. J’arrive à courir avec la chaleur (mal), dans le froid (bien), sous la pluie (avec le bon matériel), dans la nuit (j’ai même appris à aimer ça), sur la route, dans la forêt, dans la montagne, dans la ville… Les possibilités sont illimitées. Et si en vélo, je peux aller plus loin, en course, je peux aller PARTOUT. Bon ok, presque partout, avec mon vertige, je suis limité, mais lâchez moi dans mon Auvergne natale, et je peux aller à peu près n’importe où.

Et cette liberté s’associe au terme de « paix » car j’ai atteint le niveau suffisant en course à pied pour pouvoir faire des sorties de 5 à 10km en aisance totale, relâché, facile, en contrôle de moi-même. Quand je suis correctement entraîné, à mon poids de forme, pas de sportif de haut niveau bien sûr, mais d’une personne qui sait aussi se faire plaisir à table, je me sens en contrôle, je ne subis pas mon corps, je sens mes mouvements, j’arrive à une certaine forme d’aisance, je peux pousser un peu si j’ai envie, ralentir, c’est comme un jeu vidéo. Je n’ai pas l’impression de trimballer un poids à semi mort, je cours avec mon corps, pas contre lui, avec ma foulée, comme je les ai (difficilement) modelés au fil des quelques années de course à pied. La quête de ma foulée n’est peut-être pas finie (en témoignent mes soucis de tendons peut-être…), mais il ne s’agit que de détails, j’ai trouvé comment courir, avec quel matériel, ça m’a pris du temps, mais je me sens bien dans ce que j’ai construit et assemblé.

Guerre

D’un autre côté, je ne me satisfais pas de simples sorties en endurance douce. Je ne pourrais pas courir simplement comme ça, pour le plaisir de me sentir à l’aise et en contrôle. C’est nécessaire bien sûr, mais pour le moment, ça n’est qu’une façon de se préparer à aller à la guerre justement. J’ai besoin de savoir ce que je vaux, où est la limite, si je m’y fracasse ou si ça tient, et si ça ne tient pas, si je peux me remettre en question, apprendre, et repousser cette limite. Je ne sais pas si je l’ai atteinte bien sûr. Mes bobos tendineux à répétition me font me poser des questions. Peut-être est-ce ma limite physique, et il faudra accepter que je ne peux pas aller au delà. Mais tant que je n’en suis pas sûr, que je n’ai pas vérifié que j’avais tout essayé pour éviter ces blessures, je compte bien essayer de repousser un peu plus loin cette fameuse limite. Elle se situe plutôt en terme de distance qu’en terme de vitesse. Je ne suis pas excité à l’idée de battre mes temps sur route. Il n’y a pas tant d’inconnue que ça, pas tant de peur et d’excitation. Si je me lance sur un 10km, ou un semi, je sais que je vais finir. Je connais mon temps dans une fourchette de quelques minutes. Je peux certes tester mon mental et ma résistance à la douleur, mais moins que sur de longues distances où l’épuisement demande je trouve de piocher bien plus loin dans ses ressources, physiques et surtout mentales. Donc non, même si je ne m’interdis absolument pas de refaire de la route, je n’en rêve pas du tout.

Par contre, quand je me retrouve à faire des photos du mon petit trail chez moi, perché au sommet de la Tourte, quand je regarde le chemin parcouru par les coureurs, les plateaux, crêtes et sommets parcourus, que je trace du doigt le chemin du retour, je me retrouve à dire à voix haute « quelle folie quand même… », mais j’ai bien sûr envie d’y retourner l’année suivante. Partir sur une course sans être sûr de pouvoir terminer, en sachant qu’elle sera peut-être complètement différente de celle de l’année précédente, c’est un mélange de peur et d’excitation qui reste ce qui me motive profondément pour le moment.

Et le fait de courir dans la nature, le plus souvent possible dans la montagne me correspond pleinement. Pas trop de monde, pas de gêne ou de contacts froids comme souvent dans les villes, et le plaisir simple de redécouvrir ma région natale. Courir en montagne permet de se sentir à la fois très humble et très fort. Fort de sa capacité à franchir les difficultés tout seul, en sachant maîtriser (tant bien que mal) le terrain et les conditions, mais humble devant l’immensité de ce qui nous entoure et qui demande du respect et d’être bien préparé. Si je me plante dans mes choix dans une sortie en région parisienne, je peux prendre le métro, ou appeler un taxi ou trouver immédiatement quelqu’un pour avoir de l’aide. Si je me plante en montagnes, c’est à moi de gérer (bon ok, en fait j’ai mon téléphone en cas de vrai coup dur hein, je suis pas inconscient) (encore faut il que ça capte…). Donc à nouveau, humilité et préparation.

Et contrairement à ce que j’entends trop souvent dire, il n’y a pas de punition infligé à mon corps à vouloir viser du très long. Je ne pars pas sur une longue distance pour me battre contre mon corps, j’y vais plutôt pour me battre AVEC lui. La difficulté de ces longues distances m’a montré qu’il fallait justement être en paix avec sa tête et son corps pour être prêt à partir à la guerre. Je ne l’ai pas vraiment été cette année, je l’ai payé cash. Bien sûr, il ne faut pas chercher la perfection, la relaxation totale de l’esprit et du corps, le zéro bobo zéro problème. Cela n’existe pas, ou très rarement. Mais être en manque de sommeil, l’esprit trop occupé à autres choses, le corps stressé par l’entraînement et l’état général, ça n’a rien de très compatible avec des courses de 50, 70 ou 100km.

Et maintenant ?

Maintenant c’est simple en fait. Je vais me refaire ma jambe droite. Sans être trop pressé, pour me sentir bien, capable de mixer le vélo et la course à pied. Pour ajuster mon entraînement progressivement à ces nombreux micro sorties qui remplacent avantageusement les transports en commun. Je réglerai leur compte à quelques petits échecs de 2016, parce qu’il ne faut pas trop se laisser emmerder. Et je continuerai mon chemin, pour essayer d’aller plus loin, mais en essayant d’être un peu plus raisonnable et de prendre mon temps.

Il n’y a pas tant de frustration de se dire que j’ai régressé, car le chemin est plus important que l’arrivée. De toute façon, dans quelques années, les chiffres n’auront aucune importance. Combien de kilomètres, à quelle vitesse, quelle importance ? Pour un initié, un peu, mais pour les autres ? Que j’ai réussi à courir à 12km/h, 13, 14, 15, et atteindre 40, 60, 80 ou 100km ne sera jamais aussi important que d’avoir appris à le faire. Et moins physiquement que mentalement. Car je ne cours finalement pas tant pour être en bonne santé et avoir un magnifique corps d’athlète (avec des petits bras), que pour tout ce que cela m’apporte en dehors. Le mental, l’envie, la curiosité, l’apprentissage, le partage et les rencontres. Qui s’étendent donc bien au delà du petit monde de la course à pied.

Donc je ne sais pas encore combien de kilomètres je courrai en 2017. Ni où. Ni avec qui. Mais il me tarde bien quand même. Et si mes limites physiques ont été atteintes, très bien. Je trouverai toujours de quoi composer avec et tester toujours plus loin ce qu’il y a dans la tête. Et se rappelant toujours le plus important : humilité mais ambition, ambition mais humilité. (Et progressivité, bordel !).

2 commentaires

  1. J’ai pris l’habitude de dire pas mal de conneries dans les commentaires ou sur ton strava, mais là non. J’adore cet article. Je ressens beaucoup de similitude avec mon état d’esprit en lisant tout ça (sans la montagne 🙂 )
    Ça fait du bien de le lire en tout, ça remet certaines idées en place 🙂
    Bon courage pour ta jambe droite et te la raconte pas trop quand même parce que t’as 2 vélos!!!!

    1. Merci c’est gentil !

      Et j’ai pas 2 vélos. J’ai 4 vélos. (Bon OK c’est un peu n’importe quoi, mais j’en avais deux de récup d’avant). Cela dit je dois bien avoir 5 ou 6 paires de runnings différentes. Le budget n’est hélas pas le même 😉

      Et et et et et. Une trottinette.

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