[LIVE] Etat d’esprit d’un coureur la semaine avant la course

Oui c’est bien connu, en dernière semaine, le coureur cogite trop. Donc plutôt que de stresser tout seul dans son coin, il partage tout sur Internet, ça le détend !

MAJ : ajout de l’épisode Verdun du Mercredi soir
MAJ 2: ajout de la météo du Jeudi
MAJ 3: check up veille de course

Lundi

Encore un poil fiévreux, manque d’énergie, sommeil plus généreux, orteil ayant toujours une sale gueule, mais plus humaine. Le coureur est dans le doute. Il se demande s’il pourra participer à la course qu’il prépare depuis 3 mois, et forcément, il a un peu les boules. Voir même franchement les boules. Il étudie donc rapidement des plans B & C pour avoir un repli psychologique en cas d’abandon à la con quelques jours plus tard. Il désinfecte son orteil 36 fois par jour et a complètement jeté aux oubliettes son magnifique plan de régime dissocié pour la dernière semaine. Ne parlons même plus de notion de volume d’entraînement, le but est surtout de se sentir bien. Mettons les choses dans l’ordre. Au pire, ce n’est qu’une course, on peut profiter des bénéfices de l’entraînement plus tard. Donc plan A pas abandonné, plan B, C et D prêts.

Physique : 50%
Moral : 30%

Mardi

Le coureur se réveille après une nuit normale et sans se sentir fiévreux et en sueur. Son orteil est encore rougeâtre et irrité, mais ne suinte plus de liquide horrible. Se sentant enfin presque normal, malgré la petite toux tenace, le coureur commence à faire ses calculs savants pour savoir si oui ou non il s’alignera. S’il est à 80% de ses moyens, il peut y aller, fort de son endurance chèrement acquise depuis plusieurs années. Viser le 100% pour s’aligner à une course, c’est la certitude de souvent se retirer, soyons réaliste. Sous les 80%, il préférera éviter d’aller à l’abattoir. L’idée d’une course reste de se faire plaisir, pas d’épuiser un corps un peu affaibli.

Mais comment mesurer ce fameux potentiel physique me direz-vous ? Et bien figurez vous que le coureur ne le sait pas plus que vous, il fera surtout au nez ! Mais grâce à ce merveilleux petit bracelet d’activité en permanence vissé à son poignet, il bénéficie tout de même de quelques indicateurs assez intéressants : son sommeil s’améliore, son cardio au repos est en baisse et presque normal. Le coureur sait qu’il est sur la bonne voie. Sa petite toux grasse ne lui permet pas de respirer aussi bien qu’il aimerait, enlevons donc un petit 5%. La fatigue générée par cette belle semaine de merde aura aussi un impact, disons 10% pour faire rond. Le tendon d’Achille droit est revenu à la normal, ce n’est pas une inquiétude du tout, le coureur a confiance en ses jambes, 0% pour ce bobo de la semaine passée. L’orteil blessé ne devrait pas ralentir, soit il s’infecte encore et impose un retrait pur et simple de la course, soit il devrait pouvoir supporter quelques heures de crapahutage. Donc 0% pour lui aussi, mais avec un potentiel invalidant de 100% . Voici donc votre athlète préféré à 85% de son magnifique potentiel, à la louche, à condition d’arriver détendu et reposé à la course le Samedi matin. Il y croit le coureur.

Physique : 60%
Moral : 60%

Mercredi

L’orteil a bien dormi. L’orteil a une tête presque sympa au réveil. Le coureur aussi en conséquence. Les indicateurs sont en hausse : orteil moins douloureux et irrité, cardio en baisse, nuit au calme, énergie presque normale. Ce n’est pas la forme de l’année d’un coureur remonté comme une pendule après 3 mois de préparation, mais comparé au week end précédent, c’est déjà le jour et la nuit. Donc le coureur planifie déjà sa fin de semaine de manière optimiste : on commence à manger du féculent, on soigne toujours l’orteil mais sans pansement et multi-désinfections toute la journée, on prépare sa liste d’affaires à prendre pour la course. Le coureur a pleinement basculé en mode « course » après plusieurs jours en mode « je me sens comme une merde ». S’il est évident qu’il aurait aimé pouvoir tout préparer plus au calme tout au long de la semaine, l’appel des montagnes du Cantal est trop fort pour abandonner si près du but.

Le coureur se souvient surtout de l’année dernière, où il était également arrivé le jour J sans avoir bien fini sa préparation. Et même si en termes comptables, la course avait été meilleure que l’année précédente, dans la tête, ça avait été dur. Même sans se l’avouer, l’état d’esprit était plus « j’ai raté mon pic de forme, j’ai cassé le ressort » que « je fais la course sur mon état de forme du jour et je profite ». Un état d’esprit pas très positif, alors que le coureur aime à dire à d’autres « tu fais la meilleure course possible dans les conditions du jour ». Bien sûr qu’on aimerait tous arriver à 100% le jour J, après une préparation parfaitement menée, en faisant tomber les chronos, avec des spectateurs qui applaudissent à tout rompre quand on franchit la ligne. Mais ça c’est dans les films Hollywoodiens. Tant mieux si ça arrive, mais le reste du temps, on s’adapte et si on se juge apte et qu’on a envie, on y va, et avec le sourire siouplait !

Surtout que le coureur se souvient des objectifs de l’année 2016 : mieux maîtriser les distances 40/70km. « mieux », pas nécessairement « plus vite ». En 2015, les 50km et plus avaient entraîné une douleur bien pénible au genou droit à partir d’une quarantaine de kilomètres. Donc résoudre ce problème reste la priorité numéro 1. Le chrono, franchement, tout le monde s’en tamponne. C’est une partie importante d’une course, mais ce n’est pas le seul facteur important. Gagner en expérience, améliorer sa technique, mieux gérer tous les paramètres, ça a de la valeur. Donc se retirer d’une course au motif qu’on ne peut pas améliorer son chrono, c’est nul. Tant qu’il y a matière à apprendre, se faire plaisir et ne pas s’endommager le corps, il faut y aller.

Physique : 75%
Moral : 80%

Mercredi soir

Le coureur décide d’essayer un nouveau truc. C’est naturel, c’est simple, c’est plein de bénéfices : le jus de betterave. Cool. Mais hélas, premier échec, pas de jus de betterave au supermarché. Motivé comme jamais, le coureur achète donc des betteraves en se disant « je vais le faire le jus moi ». Le soir même se pose la question : mais comment ? Le coureur n’a pas d’extracteur ou autre robot qui va bien. Ne reculant devant aucun défi, il récupère le babycook qui servait à préparer plein de petits plats pour son bébé. Ça faisait des smoothies, ça doit pouvoir faire du jus non?

Pas du tout en fait. Ça fait une espèce de purée bien compacte. Bon. Comment presser ça? Une fouille des placards ne donne aucune solution high-tech. Revenons donc aux bases : un tissu, on le tord, ça presse non ? Passons les détails des traces de betteraves partout dans la cuisine pour essayer de faire tomber la purée dans le bout de tissu réquisitionné, puis le jus dans un grand bol. Verdun. Hannibal Lecter. Du rouge partout. Au final, le cher jus de betteraves est récupéré de haute lutte. Et le coureur comprend vite pourquoi il n’y en avait pas au supermarché :

C’est pas bon. C’est limite dégueulasse.

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Surtout que le coureur n’a JAMAIS aimé la betterave. Mais il est curieux et malin. Il a coupé le jus en question avec du jus d’orange et de la cannelle. Mais rien n’y fait, la betterave annihile tout. On pourrait y mettre un kilo de fromage Corse, ça puerait toujours la betterave. Bref. Pour la beauté du sport et de la science, le coureur va boire sa belle boisson bio dont il est si fier. Et ça l’a occupé, au moins il ne stresse pas sur la course. Merci la betterave (qui pue) !

Physique : 75%
Moral : 85% (+5% pour avoir avalé du jus de betterave sans vomir)

Jeudi

Pour tout coureur qui se respecte, vérifier la météo 17 fois par jour est tout à fait normal. Le plus intéressant est que le coureur regarde la météo de plus en plus fréquemment à mesure que le jour de la course se rapproche, alors que la fiabilité des prévisions va pourtant en augmentant. Comme s’il pouvait y avoir un changement soudain surprise, l’arrivée d’une tempête de neige et de températures sibériennes alors que 10 minutes auparavant, tous les services météo au monde annonçaient 25°C.

Toujours est-il que plus le jour J se rapproche, plus l’inquiétude grandit. Il se passe quelque chose de louche. La météo est moyenne pour tous les jours à venir SAUF le jour de la course :

Météo Salers

Cette accalmie très chanceuse va complètement à l’encontre de la fameuse malédiction du Puy Mary. Faut-il y voir un mauvais signe ? Votre coureur favori va-t-il salement se vautrer dans la descente vers le Falgoux et devoir abandonner sans pouvoir ENFIN voir le Puy Mary sous le soleil ? Ou bien vaincra-t-il enfin le signe indien pour se chopper un vieux coup de soleil au sommet de la course et ainsi devoir abandonner sur insolation ?? Quel suspense !

Vendredi

Ca y est, la veille de la course. Après 5h30 de route et une nuit assez courte, le but est de se DE-TEN-DRE. On ne fait rien. Ou presque. Manger simple et un peu calorique, une sieste, glander, préparer son sac et faire un traditionnel check-up de pré course, de bas en haut

  • un orteil encore en cours de cicatrisation, mais franchement, ça devrait aller (dit le mec qui n’a jamais eu ce problème avant et qui va courir 9h dessus…)
  • le bas de la jambe droite qui a fait mal aux 25 bosses et aux Vaux de Cernay demande d’éviter les angles aigus. Suffit d’être solide sur les mollets pendant 53km, avec une belle posture. Facile non ? (on en reparlera je pense…)
  • le tendon d’Achille droit me paraît calme. J’ai confiance.
  • Idem pour le reste des deux jambes. Je vais peut-être pas vite, mais je pense pouvoir tenir 53km sans me massacrer les jambes, j’ai quand même 10 semaines de préparation un minimum sérieuses et une base décente en endurance.
  • Le genou droit. Alors lui, cela reste LA grosse interrogation de 2016. Puis-je passer les 40km sans qu’il m’interdise certains appuis ? Soyons clair, c’est L’Enjeu de la course. Voir si les changements apportés permettent de courir plus sereinement. Ca a beaucoup plus d’importance que le chrono, c’est un test très important. Suis-je confiant ? Je ne sais pas trop. J’ai viré tous les entraînement d’escalier, j’ai bossé ma position de descente, je veux ajuster ma stratégie de bâtons, mais c’est demain qu’on va vérifier tout ça. Inutile de dire qu’il y a un peu d’appréhension. Et de l’espoir aussi.
  • Le haut du corps, aucun souci, une machine de guerre. Enfin, pas de guerre mondiale. De petite guérilla locale quoi.
  • Les bronches sont encore un peu prises, rien de très grave. Un autre petit détail qui n’aide pas mais qui ne devrait pas vraiment pénaliser.
  • Niveau énergie, après une semaine de fatigue allant de légère à sérieuse, il y a eu plusieurs jours de repos très bénéfique, ça a l’air correct ! Reste à voir ce que ça va donner le jour J
  • La tête a trop travaillé, le stress consomme de l’énergie, et il a été difficile de vraiment rester zen. Même si je ne suis pas du tout un grand stressé de la vie, force est de constater que cette course arrive à me travailler un peu. Mais on va partir dans une optique plus cool que l’année dernière, pour éviter de trop en baver comme l’année dernière. Le chrono est moins important que d’arriver à mieux gérer la tête et les bobos.

Autrement tout est prêt, j’ai les fringues, le sac, la bouffe, je connais les ravitos, je connais bien le parcours, il va faire beau. Donc l’idée est juste de réussir à gérer les bobos pour moment pour qu’ils restent justement des bobos et pas une bonne grosse galère. Et profiter, respirer, regarder, se sentir à sa place et digne dans la difficulté de la belle promenade. Si j’y arrive, je pourrai commencer à considérer ce genre de distance comme « correctement gérée », et je serai bien content d’avoir maîtrisé un minimum les péripéties des deux dernières semaines. Allez maintenant on fait la sieste et on glande tranquillement jusqu’au petit matin !

4 commentaires

  1. Énorme la mission jus de betterave…surtout quand on n’aime pas la betterave!!!!
    Ce n’est pas la première année que je suis ta préparation puis le CR avec bcp d’intérêt.
    Bon courage pour la course

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