Plaisirs hivernaux de traileur débutant

Avant, moi l’Auvergnat qui n’aime pas le froid et les hauteurs, je faisais surtout du plat et du bitume. Hérésie. Car quelques vêtements bien choisis et l’absence de reliefs réellement escarpés sur mes terres natales permettent de pleinement profiter d’un terrain de jeu magnfique. Et météo hélas (pour la planète) trop douce aidant, il est permis d’aller vers les sommets en ce début d’hiver.

Photorunner

Une première idée est de continuer à explorer les pistes du « trail photographique », en prenant cette fois le temps. Donc c’est avec un vrai appareil (un Sony A6000 pour les puristes, avec une petite optique fixe Sigma tout à fait sympathique) que je pars, finalement assez léger dans le sac de trail. Bien sûr, manque d’oxygénation du cerveau oblige, j’annule l’idée de monter au Puy Mary pour voir le soleil couchant par manque de temps. Alors qu’en fait non, si le soleil passe derrière la crête, il n’est pas du tout couché à l’horizon. Je fais donc demi tour par la route fermée aux voitures pour filer vers la montée du Niermont, afin de voir le soleil se coucher sur les crêtes. Il fait frais mais bon en ce 25 Décembre, les promeneurs sont de sortie, je trimbale mon manque d’entraînement avec un certain manque de souffle mais surtout avec le plaisir d’être au grand air.

Puis après être suffisamment monté et avoir reconnu des angles de vue intéressants, je me pose. Fini l’état d’esprit « on court sans jamais s’arrêter », je prends le temps de m’arrêter, de vérifier que j’ai un cadre sympa, de réfléchir à des photos de nuit avec les étoiles, de marquer ma position sur la montre pour une prochaine sortie. Bref, je mixe sport et photo, c’est un concept intéressant. Courir avec du matériel léger donne beaucoup de liberté. Il faut penser à prendre un peu plus de vêtement pour être au chaud lors des arrêts, ainsi que faire attention à ne pas chuter ni prendre l’eau avec du matériel un peu plus onéreux que son petit appareil habituel. Puis attendre le coucher du soleil le cul dans l’herbe, à l’abri du vent mais sous le soleil, en espérant comme toujours réussir à avoir au moins UNE belle photo au milieu de dizaines de tentatives de photographe de paysage débutant. Prendre le temps change de l’habituelle frénésie « je ne dois pas perdre trop de temps » du coureur trop concentré sur son chrono. Et entre chance et bon positionnement, le soleil descend lentement se coucher exactement sur le Pas de Peyrol, entre le Puy Mary et le Puy de la Tourte. Le ciel est un peu trop clair pour faire une photo vraiment splendide, mais le résultat final fait tout de même plaisir à voir comparé aux habituelles photos pixelisées de l’appareil baroudeur :

Coucher de soleil sur le Pas de Peyrol

Coucher de soleil sur le Pas de Peyrol, exactement entre le Puy Mary et le Puy de la Tourte

 

On repart en trottinant sur la belle descente vers le col de Serre, ni satisfait ni déçu, les assez nombreuses photos prises pour choisir les bons réglages ne donnant leur verdict qu’une fois sur ordinateur. Mais le plaisir d’aller chasser une belle photo est déjà satisfaisant. Un petit entraînement au final, presque 7km, mais l’essentiel n’est pas là.

Quelques autres clichés de cette première tentative de photorunning :

Apprenti traileur

Quelques jours plus tard, avant que la météo se gâte, l’envie de monter un peu plus haut est toujours là. J’ai été en haut du Puy Mary au Noël précédent, il faudrait se bouger un peu cette année aussi. Et de ne pas refaire les erreurs du passé. Donc sur la base de la sortie vers le Puy de la Tourte de la période pré montre de trail, je file au bas des pistes de ski de fond, pour éviter la partie bitumée sans intérêt de la sortie précédente. Un circuit à géométrie variable est disponible sur la montre : montée vers le Puy de la Tourte au travers du bois de la Bragouse en passant par le buron de Ricou la Mouche (le nom ne s’invente pas !), puis retour possible par le Pas de Peyrol et le col d’Eylac, ou sinon plus simplement, un bête demi-tour depuis la Tourte. La météo est moins bonne que prévue : les sommets sont sous les nuages. L’ambition initiale de faire de belles vidéos ensoleillées en prend forcément un coup. Donc une flasque d’eau, un gel, des bâtons, la Go Pro, je pars assez léger dans l’optique d’un aller retour tout simple.

Mais même avec mon Ambit, difficile de trouver le bon chemin au travers du bois. Il faut dire que les chemins ne sont pas toujours bien entretenus. Mais quel plaisir de monter parfois dans trente centimètres de feuilles, sans croiser personne, en imaginant déjà revenir en automne pour profiter des couleurs de saison. Sortie du bois, passage aux ruines des burons de Ricou la Mouche, puis on monte sur la crête. Point de soleil mais une brume un peu dense, un peu de vent, le froid. Quelque part, je me satisfais toujours de ces conditions. Je connais le terrain, la montre garantit de ne pas se perdre, je trouve un plaisir certain à me sentir à l’aise dans des conditions pas forcément plaisantes. Il fait froid, mais la solution est simple : il suffit de courir ! Passage au Suc de la Blatte, les nuages s’ouvrent parfois, on prend alors le temps d’une courte pause, à simplement regarder, voir la vallée du Falgoux se découvrir, respirer calmement, et repartir. Pas âme qui vive. Le terrain est parfois un peu humide, mais globalement, on court sur de la moquette. La quiétude à 1500m d’altitude. Descente vers le pied de la Tourte, en suivant quelques traces de chaussures de randonnée. Quelques voix au loin, droit dans la pente. Le sommet est invisible. Que faire, contourner pour rejoindre le Pas de Peyrol, ou tenter le sommet en espérant un trou dans les nuages ? Les voix des randonneurs viennent titiller le coureur. S’ils montent (ou descendent), on ne va pas faire le feignant. Et c’est l’occasion de tirer un peu sur les bâtons. Les randonneurs équipés de leur épais manteaux et autres sacs à dos descendent du sommet, un simple bonjour à la croisée des chemins et je poursuis ma route. Expérience aidant, j’ai pris la précaution de prendre une veste étanche en plus dans le sac. Elle ne sera pas de trop ! Le vent continue de faire son petit effet. Contournement de la barre rocheuse, et le soleil s’aperçoit un peu à travers les nuages, sa modeste chaleur fait du bien. Petite pause à nouveau pour se laisser un peu réchauffer par cette lumière. La solitude de l’endroit est apaisante. Quelques centaines de mètre en plus, et le sommet plus rocailleux est là. Les nuages s’ouvrent, la vallée apparaît comme par miracle.

Quelques photos, un court instant au sommet à profiter du moment, et le froid rappelle qu’on ne peut pas traîner. Deux solutions : reprendre le même chemin, avec une descente sûrement peu rapide sur le terrain un peu accidenté du bois, ou bien choisir le retour plus long mais plus roulant par le Pas de Peyrol ? Seconde solution évidemment, banco. La longue descente vers le Pas de Peyrol n’est pas très roulante, mais avec cette météo changeante, c’est juste magnifique, le soleil perçant parfois à travers les nuages. Le col n’est pas encore visible, le Puy Mary se laisse parfois deviner derrière les nuages. Je descends lentement vers le Pas de Peyrol en me rappelant que si j’ai la chance de me péter la gueule et de me faire une cheville ou un genou, je serai un peu tout seul dans la montagne (avec mon portable quand même). Donc prudence. Alors que le Puy Mary apparaît enfin clairement au travers des nuages, le silence me frappe. Je m’arrête inconsciemment de respirer. Pas un bruit. Pas même le bruit du vent. Un silence absolu pendant quelques secondes (absent de la vidéo ci-dessous que j’ai « habillée » d’une petite musique pour vous faire passer le temps, mais on voit bien mon temps d’arrêt, puis une expiration). Puis je repars pour suivre mon petit périple.

Surprise en arrivant au col, il y a des voitures ! L’accès est pourtant fermé en théorie fin décembre. Mais oh injure suprême à ma tranquillité, des gens vont même jusqu’à GRIMPER au Puy Mary ! Je consulte rapidement mon D+ (modeste) et l’heure (plus avancée que prévue, mais me donnant encore un peu de jour). Allez, on se fait une friandise, le Puy Mary un 29 Décembre. Bon, une fois un peu plus sous le vent, je commence à hésiter un peu, pourquoi ne pas monter juste pour faire une petite photo et rebrousser chemin ? Des gens montent jusqu’en haut, je ne vais pas faire mon petit joueur quand même ! Le petit excès de fierté fait que quelques minutes plus tard, je suis en haut, il fait froid, il fait tout gris, on ne voit rien, mais je suis content quand même. Demi tour, on amorce tout doucement la descente bétonnée peu agréable pour les genoux, et avant même le premier virage, les nuages s’ouvrent un peu. Un dernier arrêt contemplation avec le sourire. Le jour commence à décliner, l’ambiance automnale est particulière (je n’ose dire hivernale, la neige étant une rareté hélas…).

De retour au pied du puy, il devient évident que mon plan « petite sortie aller-retour à la Tourte » s’est un peu transformé, et avec même pas un demi litre d’eau et un pauvre gel, je suis clairement sous équipé. J’enfile une deuxième paire de petits gants pour tenter de réchauffer mes doigts. Mon Ambit pourtant portée à même la peau et souvent sous ma veste indique 7°C. Bref, j’avale mon gel à couvert et je me dépêche de prendre le chemin du retour par la route. L’aller a été fastidieux, le retour devrait être roulant. Autant j’ai été mauvais sur le ravitaillement embarqué, autant la planification de chemin est bien meilleure que par le passé : le retour se fait en trottinant bien sur la partie bitumée, puis à un rythme très correct sur la piste. Reste évidemment qu’au bout de 2h30 à se promener dans le froid sans avaler grand chose, le mur finit par pointer son nez : plus d’énergie dans le réservoir, je me retrouve à courir à toute petite allure et marcher dans la moindre montée. Mais quelque part, j’adore la sensation d’avoir donné ce que j’avais à donner, d’avoir froid et faim, et de sentir que je suis presque arrivé. On se sent petit face à la nature lors de ces sorties, mais aussi légitime quelque part, en finissant comme prévu malgré les conditions pas toujours plaisantes.

Même si les chiffres de cette sortie n’ont rien de fabuleux (16km en 2h45, 850m de D+), l’essentiel est ailleurs. Avoir la montagne (presque) pour soi, un 29 Décembre, souvent la tête dans les nuages mais en savourant les conditions, ça n’a pas de prix. On ne se perd quasiment plus (merci la montre), les circuits sont plus fiables (finis les suivis de chemins Google qui n’existent pas), il reste à embarquer un peu plus d’énergie et s’habiller un peu mieux.

Bref, une belle façon de finir l’année 2015 ! Et bravo à ceux qui ont regardé la vidéo en entier sans vomir 😉

2 commentaires

  1. Chouettes images et belle illustration sonore. Oui, cela n’a pas de prix de sentir seul au monde dans un environnement naturel préservé… à condition de ne pas être (trop) perdu et de ne pas avoir de (gros) pépin. Pour la montagne, surtout s’il se met à neiger, le surpantalon (+ surgants, + surveste) est vraiment indispensable et permet de bien se protéger sans plus transpirer que cela (je ne donne pas de nom de marque, mais j’avais testé l’année dernière dans les Vosges avec des averses de neige en tempête, et j’avais beaucoup apprécié… même si au bout de 2-3 heures, on a forcément froid un peu partout). La prochaine fois, dans la neige, si tu peux, tu verras, c’est encore plus « magique » (avec des semelles treillage métallique en plus pour avoir de l’accroche).
    Sportivement.
    LL

    1. Courir sur la neige, j’ai jamais fait, ça me dit bien ! Et il me manque en effet le surpantalon. J’avais déjà une veste étanche dans le sac, ça a permis de limiter les effets du vent. Faut aussi et surtout que je prenne de quoi m’alimenter suffisamment ! Avoir une petite réserve supplémentaire est toujours utile, surtout quand on ne résiste que difficilement à l’envie de profiter plus des paysages.

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