[CR] Vers l’infini et au-delà !

Enfin l’infini… Vers 53km déjà, et au-delà. Oui Dimanche 6, c’était la dernière grosse course de l’année, où je devais dépasser mon plus gros kilométrage en course, à la maison en plus, et avec les copains. Autant dire, un final en apothéose, programmé de longue date (dès l’annonce de création de la course il y a un an en fait). Donc évidemment, ça fait un peu flipper quand même, mais c’est d’autant plus excitant !

Attention, grosse course oblige, gros article. On va tout regarder dans les détails, ce n’est pas un article de test de chaussure bâclé pour la pause café de dix heures, c’est pour la pause déjeuner ET la soirée, prévoyez du pop-corn. Commençons par la traditionnelle check-list d’avant course, histoire de voir l’état de la bête.

Check list

  • la préparation planifiée sur l’année (rien que ça) s’est déroulée évidemment différemment de l’idéal souhaité, mais pas si mal que ça. Après une grosse préparation Pastourelle qui ne s’est pas très bien finie, la suite a été plus soft, en s’écoutant bien, et en enchaînant avec plaisir le semi du Ventoux, puis l’Ut4M. Ça fait 1000km de course, 900 de vélo, 21km de D+, c’est correct vu mon emploi du temps et où j’habite (oui, le D+ en région parisienne…). Donc à l’arrivée, ça donne la meilleure endurance que je n’ai jamais eue, sans aucune contestation possible. La planification « rebonds progressifs » a l’air de fonctionner. Bref. Une machine de guerre. Un avion de chasse (à hélice cela dit, ça va pas très vite).
  • Le fait d’avoir été à la Pastourelle malgré la fin de préparation tronquée et des bobos, en étant mentalement dans le dur pendant une bonne partie de la course, ça a été une expérience extrêmement enrichissante. Abandonner avant ou pendant la course aurait assurément affecté la tête pour les semaines à suivre. Donc la tête est également plus costaud grâce à cette course, on y va pour rien lâcher, l’Evil Koala affûte ses quenottes.
  • Les bobos habituels, càd tendinite de début d’année, puis bobos sous le pied et au genou du printemps sont quasiment de l’histoire ancienne. J’ai toujours un terrain sensible aux soucis tendineux je dirais, mais le travail effectué à ce niveau commence à payer. Bilan, j’arrive sur cette course sans gros doute sur un point de faiblesse, en me sentant en forme et frais. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de soucis, mais au moins, l’esprit est plus détendu avant la course. Les genoux restent le point d’interrogation, notamment après l’alerte à la Pastourelle (saletés de descentes…)
  • L’expérience en trail commence à s’accumuler, donc on part moins dans l’inconnu. Je sais mieux choisir ce que je vais mettre dans mon sac, comment m’alimenter, je sais que j’ai l’endurance nécessaire pour ne plus avoir mal au dos ou aux jambes comme par le passé. Il y a une petite dimension « inconnue » dans l’équation, mais ce n’est pas non plus une course de nuit, ou dans des conditions vraiment nouvelles. C’est « juste » plus long.
  • C’est à la maison. Ça fait très plaisir de partir de chez soi et d’aller sur des montagnes qu’on connaît. Cela donne un goût très particulier à la course, sans mettre pour autant aucune pression.
  • C’est super d’aller courir chez soi, avec pas mal d’inscrits, et en ramenant des amis. On vient tout de même de loin (Rouen, Aix et la région parisienne), donc s’ils viennent, c’est que ça leur plaît. D’autres coureurs viennent également d’assez loin, ça fait plaisir et la météo devrait nous donner un joli parcours. Donc ça aide aussi à arriver détendu et motivé !
  • C’est quand même sympa de se dire qu’arrivé au 42ème km, il faudra en faire probablement 25 de plus. Normalement à 42km, souvent c’est fini, parfois c’est l’arrivée, rarement il reste grand chose. Il faut changer de référentiel distance dans la tête. C’est un marathon, plus un semi, plus la récup. Et dans les montagnes. OH. YEAH.
  • Il y a bien sûr des doutes avant de partir. Donc dans l’ordre : une articulation va-t-elle poser problème ? Les pieds vont-ils être en souffrance ? Vais-je arriver à recharger en énergie comme il faut sans problème de digestion ? Ou bien vais-je lamentablement concurrencer mes amies les Salers pour fertiliser la plaine Auvergnate ? (quel poète, même dans les situations les plus embarassantes !) Vais-je pouvoir courir jusqu’au bout ? Ou bien vais-je me mettre à marcher comme une lopette ? Quel suspense !

Plan de course

Comme on rajoute tout de même potentiellement 14km à sa plus grande distance, les maître mots sont prudence et humilité (et l’Evil Koala rajoute : à la baston ouaiiiis). Pas de plans sur la comète niveau durée de la course, finir dignement reste le premier objectif. Dignement voulant dire en courant jusqu’à la fin, sans se faire fracasser par la course. On connaît une bonne partie du terrain, le profil est simple, donc le plan également : partir avec Jaife, si nos rythmes sont à peu près similaires, ça fera un soutien quand ça se durcit, monter tranquillement jusqu’au Puy Mary à l’allée plus en montée, aller jusqu’au 40ème en gérant également, puis voir s’il est possible de profiter de la descente. Le classement, aucune importance. Comme toujours, l’idée est de suivre SON plan et ses sensations pour finir fort (enfin… rincé, mais fort. J’m’comprends).

Autre conseil que j’ai trouvé, celui de François d’Haene pour l’UTMB (ramené à mon niveau hein !) : ne pas regarder les kms. Comme je connais le terrain, je trouve l’idée simple et pertinente. Regarder autour de soi, simplement se dire « je vais là bas, je monte là haut, je passe par là, et hop je rentre chez moi ». Oublier les chiffres pour plus penser en terme d’étapes. Je connais les distances grosso modo de toute façon. Donc on prend la montre, mais on évite de courir le nez vissé dessus.

Niveau matériel, c’est également assez clair, des bâtons même s’ils ne serviront pas très souvent, une veste imperméable dans le sac, 3 flasques flexibles avec boisson iso, des gels, pas de solide (on va éviter que l’estomac se bloque), des manchettes + gilet pour gérer le froid. On commence à connaître la musique à ce niveau !

Gimme some Cantal !

La veille de course, une visite touristique agrémentée d’une truffade (chargeons les batteries), une sieste et une pasta party en mode « gratin dauphinois de la course » : Elsa, Manue, Jaife, El Bucheron et rien de moins que Fred, aka Highway to Trail, aka la Fusée d’Aix en Provence, venu tâter du terrain cantalien. Ensuite, évidemment une petite nuit : erreur de synchro de l’Ambit à minuit et demi (si si, ça arrive même à Suunto !), donc bidouillage jusqu’à tard pour finir par uploader le tracé (oui, une première édition, ça devrait pas être parfait niveau balisage), réveil à 5h du mat avec un petit cauchemar qui va bien (un petit déj trop long qui se termine à 8h30, alors que je ne suis même pas changé…), et une espèce de douleur à la con sur le côté du genou (mais qui s’en va toute seule bien entendue), tout va bien, je suis en mode « course » !

Moi et Jaife prenant la pause à Roussillou

Moi et Jaife prenant la pause à Roussillou

Jaife vomit avant le petit dej, comme quoi j’intériorise mieux mon stress. Petit déjeuner détendu, puis on descend sur les lieux du drame, 3 minutes en voiture, j’adore courir à la maison. Il y a du monde, ça rigole, la météo est froide mais très dégagée, bref, tout va toujours bien ! Les copains sont venus nous voir partir même si leur course démarre 45 minutes plus tard, c’est sympa. Je m’élance donc dans la bonne humeur, en tête de peloton (quelle idée Jaife !), sûrement trop vite, mais ravi d’aller enfin terminer mon programme estival de folie. Montée un peu trop rapide vers l’étang de Roussillou, je suis Jaife, mais en prévoyant déjà de me laisser décrocher si ça continue. On s’élance dans la descente vers la vallée de la petite Rhue, sans trop forcer. Mais à peine à mi parcours, Jaife s’écarte avec un petit juron de douleur. Sa cheville a tourné sur un des nombreux cailloux de cette descente un peu technique. Et immédiatement la mauvaise nouvelle : « j’ai entendu craquer ». Ça ne sent pas bon, il me dit de continuer, mais je reste avec lui. On doit être au km… 5 grand maximum. On reprend la descente en footing, puis le long de la rivière. Je prends un rythme plus tranquille qui me convient mieux, et Jaife suit, mais on sent bien que ça ne va plus trop. Premier ravito au 10ème, j’arrive un peu en avance, et je refais le niveau d’eau. Le ravito est assez garni et l’ambiance très détendue. Mon malheureux coéquipier arrive, on sent bien que ce n’est pas la joie. Je me mets à sa place, une entorse au bout de 5km, il en reste plus de 60, sur un terrain peu plat, et ses vacances à la Réunion ainsi que le marathon de Venise sont à suivre… Disons que ça n’incite pas à l’optimisme sur cette course. On repart ensemble, pour finir la partie commune avec le parcours 22km, puis c’est la descente bitumée vers le bas de la vallée. Je me laisse descendre à mon rythme, puis enchaîne hyper prudemment sur la légère montée vers Cheylade. Passage en marche dès que ça monte un peu, utilisation des bâtons, le but est vraiment d’économiser les jambes.

Prudence

Kilomètre 15, un petit ravitaillement à Cheylade, avant d’entamer la plus grosse montée. Je suis mon plan « pas de solide » en ingérant deux compotes, et en faisant le plein d’eau. Une pause assez tranquille, en attendant de voir si Jaife recolle. Je repars pour ne pas trop perdre de temps, en me disant qu’il pourra toujours revenir sur la suite du parcours, mais en me doutant bien qu’il serait plus sage de s’arrêter si la cheville est vraiment douloureuse. Moi qui étais très content d’avoir un compagnone d’infortune pour pouvoir se motiver l’un l’autre quand ça deviendrait dur, je suis servi ! Ca se finira en solo très probablement. Pas grave cela dit, la tête est relax, on est loin des sensations bof bof de la Pastourelle. Je souris, il fait beau, je suis à la maison, on monte tous se promener au Puy Mary. C’est cool.

La montée se fait essentiellement en discutant avec un coureur d’ultra, ce qui permet de bien relativiser la difficulté de son effort. 67km, c’est le genre de distance où il y a nettement plus de coureurs aguerris que de touristes. Donc avec mon record à 53km, je fais office de bizuth. Ca force l’humilité. La discussion permet de faire passer les kilomètres sans regarder le chrono ou le kilométrage. Une ou deux photos, la vue sur le Puy Mary dans les nuages, le temps qui se rafraîchit, je profite de la balade. Arrivé sur le plateau, je me détache un peu pour poursuivre seul. C’est pour moi l’un des avantages d’une petite course : on est pas cul à cul avec les autres coureurs, on peut respirer et regarder autour de soi en se sentant presque seul. Il y a un sentiment de quiétude, je suis chez moi, c’est un peu ma course, je profite sans aucune appréhension sur la suite. Encore que… je me demande si cette solitude sera un plaisir au bout de 50km sur le retour… Mais pour le moment, je suis zen, le calme du paysage est apaisant, je poursuis sans forcer aucunement, en remontant un ou deux coureurs. Passage au Niermont avec une belle vue sur la vallée, puis descente sans trop accélérer vers le col de Serre. Je sens bien mon mollet droit un peu raide, mais autrement, je me sens bien, malgré la trentaine de kilomètres déjà avalés.

A domicile

Bonne pause à ce gros ravitaillement, où je peux enfin lire les textos aperçus sur la montre. Si Jaife a effectivement préféré s’arrêter au 15ème, les filles ont cartonné sur le 22km, 2ème et 4ème ! C’est le genre de nouvelles qui fait plaisir et motive à bien finir, puisque tout le monde m’attend maintenant sagement à l’arrivée. Pas de réseau pour les tenir au courant de ma position, je me refais une rasade de compotes avant de repartir doucement. La tactique est toujours la même, on y va mollo. On comptera les cadavres après le 40ème. La montée vers le Puy Mary est plus longue que prévu : il y a une petite trotte pour arriver au pied déjà, puis la montée ajoute tout de même un peu de D+ par rapport à la Pastourelle. Et je ne cherche absolument pas à monter vite. Une pause « mettons un coupe vent » se transforme en interminable « dépliage – ouverture – retournement – enfilage » sous le vent, j’ai l’impression d’être une vraie limace. Mais je peux ensuite profiter d’une montée sans trop forcer mais régulière, sous le vent, avec un point de vue dégagé très sympa. A peine plus lent qu’à la Pastourelle malgré cette pause interminable, et en bien meilleure forme arrivé en haut ! Quelques photos, puis une descente fastidieuse comme toujours. Autant j’adore le Puy Mary et son point de vue magnifique, autant je déteste cette descente sur le béton des grosses marches. C’est bien simple, je ne sais pas trop comment les prendre, les bâtons servent peu, les genoux ramassent. C’est assurément à améliorer ! Surtout qu’on me double et que ma nouvelle pause au Pas de Peyrol pour enfin envoyer mes SMS et ranger mon coupe vent me fait perdre encore plus de temps.

Moi dans la descente du Puy Mary

Moi dans la descente du Puy Mary

 

Mais je souris, c’est le chemin du retour, je ne suis pas vraiment fatigué, on va pouvoir voir s’il y a moyen de courir un maximum. La montée vers le Puy de la Tourte, puis la descente bien raide à partir du sommet n’améliore pas ma moyenne, mais je tente de limiter les contraintes sur les jambes. Je sais qu’arrivé en bas, c’est la fin des parties un peu difficiles. J’ai recollé sur d’autres coureurs, et j’enchaîne en trottinant, la vie est belle, le temps est un peu couvert mais on profite quand même d’une belle vue. Hop une photo, coucou les vaches, je suis en terrain connu, tout va bien. Je me force même à retenir un peu la foulée en me rappellant qu’il reste sûrement dans les 30kms… Mais toujours pas de contrôle du chrono ou du kilométrage sur la montre. J’ai juste vu les textos d’encouragement arriver, et ça fait chaud au coeur. Passage du Suc de la Blate, montée vers le Pas Rouge, tout va bien, le terrain est plutôt sec et facile comparé à mes précédentes sorties sur place. Je trottine dès que je peux, le mollet droit n’a pas l’air pire qu’auparavant, ça va tenir !

Le prochain ravitaillement est au Luchard, puis c’est un terrain non reconnu jusqu’à l’arrivée, essentiellement sur le plateau de Collandres, donc en terrain roulant. Tout est bien planifié dans ma tête, j’échange une flasque vide pour celle préparée avec une préparation de récup dans le sac, je continue de consommer les gels, et tout devrait bien se passer.

Ouille

aiegenouSauf que dans la descente du Pas Rouge, le genou droit récite la même chanson qu’à la Pastourelle. Une douleur sur chaque appui, plutôt sur l’avant, sous la rotule. Je change de foulée, en cherchant à soulager cette douleur pas insurmontable mais tout de même bien vive. Ce n’est pas une simple douleur tendineuse ou musculaire, ça lance plus fortement, et disons le clairement, ça fait bien chier. Je sais qu’il reste sûrement 25km, pas tout plats. Evidemment la bonne ambiance en prend un coup. Restons calme, je marche un peu, puis je reprends en cherchant la même foulée qui avait soulagé le genou à la Pastourelle. Plus sur l’avant du pied, en cycle arrière, porté vers l’avant. Une foulée propre quoi, engagée, pas retenue et en freinant comme dans les deux saletés de descente qui ont dû attaquer à nouveau ce genou. L’absence de balisage à cet endroit me permet d’oublier un peu ce problème pour chercher mon chemin via ma montre. D’autres prendront un chemin moins pentu pour rejoindre le ravitaillement, ça sera un point à améliorer en 2016 ! Je descends vers le ravitaillement toujours en cherchant la bonne posture. On refait les niveaux, on vide les poches de ses déchets (et ceux ramassés sur le parcours), et on repart avec un coureur qui est revenu dans la descente. Il a mal au dos, moi au genou, on forme une belle équipe. Mais au moins discuter évite de trop réfléchir, et je finis par trouver une foulée qui soulage beaucoup le genou. Ok, y a moyen de courir, mais je me pose des questions sur les montées et le plat. Puis je me décide à remballer les batons, qui me paraissent perturber ma posture plus qu’autre chose dans la descente. Je ne les réutiliserai plus de la course. Et en effet, libéré de ce mouvement de bras supplémentaire, je peux descendre sans trop de douleur, sauf sur de mauvais appuis. Il suffit donc de rester concentré sur sa posture, digne, la tête haute, comme un Cantalou fier de trotter dans sa montagne. Le morale remonte donc, ce n’est sûrement pas un game over. L’ironie de cette douleur revenant grosso modo à la même distance que sur la Pastourelle me fait tout de même rire jaune… Tout le reste allait bien, ça fout un peu les boules… J’étais prêt à entamer ma remontée fulgurante sur le dernier tiers pour aller tutoyer le… Bon, ok, n’en faisons pas trop.

Mais je rester concentré sur le plan de course, on continue de taper dans les compotes au ravito, on boit bien, on refait les niveaux, sans se presser. C’est d’ailleurs une des tendances des gros trails de 2015, entamons une parenthèse :

La tendance Camping & Tourisme

Oui en 2015, ce ne sont plus des pauses que je prends sur les ravitos, je m’installe carrément. Je déplie la tente, j’installe une petite table, je me pose et je profite. A la Pastourelle, c’est 10 minutes au Puy Mary allez hop, prends une soupe, assieds toi, veux tu un dessert et du fromage aussi ? Puis idem sur un autre ravito, on s’assoit, on récupère bien. Et dernier ravito, on discute avec les jeunes, on rigole, c’est les vacances… A l’UT4M, c’est un peu mieux, mais ça n’a rien de passage express aux ravitaillements. Le sommet restera quand même cette course, avec des ravitaillements de plusieurs minutes, et vas y que je prends 3 minutes au Puy Mary pour enfiler un coupe vent, et vas y que j’envoie des textos, que je discute et que je remballe ma veste au Pas de Peyrol, et hop on prend des photos régulièrement sur le parcours, on discute avec les bénévoles à chaque ravitaillement, et vas y qu’on se fait doubler presque à chaque fois, allez y je vous en prie. Il va peut-être falloir améliorer ça sur les prochaines courses ! Faire une pause au calme sur une course de plusieurs heures me semble important, je reprends souvent assez vite ceux qui passent en coup de vent. Mais il y une marge de progression significative à faire dans ce domaine, il faut trouver un juste milieu.

Agacement énergique

Retour à la Gaïelle, où mon genou m’agace, mais sans entamer l’envie de finir dignement. Je préviens les amis de ma position et du temps que j’estime mettre pour rejoindre le point de rendez vous à quelques kilomètres de l’arrivée. Un soutien dans les derniers kilomètres, ça paraît intéressant, surtout vue la monotonie de ce retour ! Je prends donc le parcours étape par étape sans regarder les kilomètres. Ca va monter un peu pendant un ou deux kilomètres, puis c’est le plateau, les prés à vaches, le ravito au buron de Raymond, la bonne descente sur les pistes, puis la route vers Peyre Grosse et la joie de revoir les autres. Je remonte le coureur qui avait fait plus court que moi au ravito, on discute encore un peu, puis je le distance doucement. Sans les bâtons, j’arrive à courir sans trop ressentir de point de douleur, même si je sens que les jambes commencent à fatiguer. Mais il y a cette espèce de filtre des sensations, comme si tout était diffus. Je sais bien que j’ai un peu mal, mais ça ne remonte pas totalement au cerveau. Parfait. Je me concentre sur ma posture, et sur mes petits gels et mon eau. Pas encore de vrais trous d’énergie jusque là, pas de douleurs au dos ou au ventre, je tiens mieux le choc que sur les précédentes courses longues. Je me surprends même à vraiment pester contre mon genou comme un coureur fraîchement parti alors que l’énergie est toujours là grâce à l’alimentation. J’enchaîne des kilomètres corrects sur la piste très roulante, en doublant une coureuse plus dans le dur que moi. Mais je sais bien que j’aurais pû descendre bien plus vite avec un genou en état normal. Fuck fuck fuck. Voyons le bon côté des choses, il vaut mieux être énervé et plein d’énergie que fracassé et à plat.

La descente vers Peyre Grosse se transforme en bitume, c’est moins agréable pour le genou, et les kilomètres commencent à paraître longs. Je double un coureur qui semble en souffrance, et je poursuis dans la grosse descente sans pouvoir vraiment me lâcher. Mais la perspective de revoir les autres est vraiment tout ce qui m’importe.

I’m a rock star

Je n’ai quasiment jamais fait de course avec des amis sur le bord de la course. Donc quand j’arrive à Peyre Grosse, bled on ne peut plus paumé du Cantal qui doit voir passer une personne de moins de trente ans trois fois dans l’année, c’est carrément la fête du slip (de course à coutures plates). L’effet psychologique est indéniable, je commençais à trouver le temps long depuis le dernier ravitaillement. Il faut dire que ça fait 10km que je cours tout seul en fait, et globalement 25km sans trop être accompagné. Je prends donc une nouvelle pause « Camping & Tourisme », hélas sans eau, à discuter avec le sourire, vraiment motivé à l’idée de finir. Bien sûr je me fais rejoindre avec cette longue pause (notez comme l’auteur, soit disant pas intéressé par son classement, se souvient clairement des coureurs qu’il a doublé ou laissé passer), mais je profite bien de ce petit moment de partage. Et comme Anto est en jeans, je me dis que je vais finir seul la course, ce qui n’est finalement plus pour me déranger : j’ai des jambes entamées, un genou droit qui ne me pardonne rien, mais je suis encore en bon état, nom d’un Kilian ! Je repars donc tranquillement en étant persuadé de bien finir, motivé comme jamais. Je marche à bon rythme dans les montées, je trottine dès que c’est plat ou en descente, en reprenant le coureur qui m’avait repris, puis en revenant sur un autre quelques kilomètres plus loin. Lui apprendre que l’arrivée est proche est un vrai soulagement pour lui, il paraît épuisé. Mais je continue à mon rythme, en le distançant rapidement. C’est ça l’esprit trail Evil Koala : tu reviens sur un coureur, tu lui demandes si ça va bien dans sa souffrance, puis tu le distances inexorablement parce que le classement, c’est le classement, bordel.

Je bascule dans la dernière descente, en faisant attention dans la forêt où la lumière commence à franchement baisser, pour finalement déboucher sur une route, dans Riom. Je suis à la maison. Je finis de vider mes flasques, et repars au petit trot. Il reste sûrement 2km au maximum, et je connais BIEN le chemin. Le sentier le long de la rivière. J’y ai couru des dizaines de fois. Je visualise chaque tournant, j’ai l’impression de bien trottiner alors que je ne dépasse pas le 10km/h. Les 65kms de course commencent à peser, mais dans ces moments là, on pense surtout à tous les mois précédents passés à imaginer son état à l’arrivée, à sourire très bêtement en passant pas loin de sa maison (et de se souvenir du conseils des amis ‘tu rentres pas à la maison hein, vas à la ligne d’arrivée !’), en ayant finalement pu courir décemment jusqu’à l’arrivée. Je quitte le sentier, retour sur le bitume, Anto est là et m’accompagne depuis le trottoir. CA SENT LA LIGNE D’ARRIVEE. Je m’installe tranquillement en plein milieu de la chaussée (faut dire que ce n’est pas les Champs Elysées non plus un Dimanche en fin d’après midi…), puis j’accélère franchement dans la dernière petite montée, simplement parce que JE PEUX. Dernier virage, et je peux profiter d’un DEUXIEME accueil de rock star, sans avoir aucune idée de mon temps ni de la distance exacte. Je m’en fous, j’ai fini, j’ai passé la journée dans ma montagne et j’en suis revenu dignement, avec le sourire. Premier reflexe, je m’accroupis, puis je m’assois. Ca fait 9h58’55 que je ne me suis pas assis. Un sub 10h, absolument pas chassé, mais assez drôle au final. Je me marre, je suis heureux, j’ai bouffé 67 kilos de Cantal.

Mon arrivée à Riom es Montagnes :

En bref

enbref

Bilan

C’est plus que positif puisque :

  • j’ai fini la course en courant, le plan « negative split prudent » a bien fonctionné, puisque je remonte quelques coureurs progressivement
  • la météo n’était pas géniale, mais c’était beau quand même
  • une petite course de village dans la montagne sans trop de coureurs, c’est le kif
  • une petite course dans SON village et SES montagnes, c’est encore plus le kif
  • avoir les potes sur la course, c’est un GROS kif
  • j’ai pas eu de souci de digestion / estomac, ni de trou d’énergie, ni de déshydratation, le plan « tout liquide » était très bien
  • l’enchaînement infernal de l’été, Ventoux / Ut4M / T6B s’est fait dans le plaisir, c’est le principal

Il reste un peu de négatif

  • le genou droit qui couine au bout de 40km, ça devient une habitude un peu inquiétante
  • l’evil koala râle d’avoir fait, je le cite, « une course de mauviette, fallait envoyer du pâté, pour finir crampé comme la blonde qu’aime pas le trail ». Je le note.
  • il va falloir attendre un an pour remettre ça
  • Jaife qui a dû jeter l’éponge, ça faisait mal au coeur

Les chiffres, parce qu’on aime ça quand même :

  • 67.2km, jamais couru aussi loin
  • 9h58’50, jamais couru aussi longtemps
  • 2460m D+, déjà couru plus haut, c’était un parcours assez roulant pour du trail dans les « montagnettes »
  • 5 heure à courir, environ 4h15 à marcher, et 45 minutes en mode « Camping & Tourisme »
  • 47ème sur 74 partant, c’est pas si mal finalement vu la prudence + ralentissement
  • 600 participants aux évènements de la journée, ça fait super plaisir pour une 1ère édition !
  • 17, le nombre de vaches intoxiquées par la rubalise ingérée (le nombre est inventé, mais autrement c’est hélas vrai !)

Matériel

Pour ceux que ça intéresse, et histoire d’avoir un meilleur référencement sur internet :

  • Un corsaire Craft trail (avec petites poches sur le côté pour mettre les détritus perdus par les autres traileurs)
  • Tshirt Adidas porte bonheur qui va bien
  • Gilet Ashmei softshell pour rester au chaud
  • manchettes Ut4M pour être repéré par satellite si je me perds
  • Pearl Izumi N1 Trail qui passent bien partout
  • deux paires de chaussettes pour éviter les ampoules
  • un buff, des gants pour le petit frileux que je suis
  • veste imperméable Pearl Izumi Ultra Barrier pour le mauvais temps
  • sac Oxsitis Hydragon Bottle toujours aussi effiace, si ce n’est une irritation dans le dos (il était trop plein à la fin il faut dire)
  • bâtons Black Diamond Z pole ultra
  • une Suunto Ambit pour éviter de se perdre
  • boisson isotonique High 5 (une de récup, deux de glucides)
  • 6 gros gels High 5, un joyeux mix de caféinés, isotoniques et classiques
  • appareil photo TX30 étanche ultra léger bien pratique
  • deux jambes
  • un genou en carton
  • des tonnes de motivation
  • 4 potes en appui logistique qui fait du bien

Et ensuite ?

Fin mai, en plein milieu de la Pastourelle, avant même d’avoir un genou en carafe, je me disais « oublie ton programme de l’été, tu ne peux pas réussir, t’es pas fait pour ça ». Quelques mois plus tard, je finis avec un bobo à surveiller sur un genou, mais autrement plein de bonnes intentions :

  • je ne finis pas détruit, et encore avec du jus. Les jambes sont courbaturées les jours suivant, mais on a connu pire. Conclusion : l’endurance est bonne, il y avait de la marge à ce niveau.
  • Il faut régler le souci du genou, et c’est à nouveau, encore et toujours, vers les descentes que je regarde. Il y a du mieux dans le domaine, mais il faut persévérer. Et il y a aussi un questionnement sur les bâtons : je sens ma foulée trop en arrière quand je les utilise en descente. Et sur un parcours aussi roulant où il y en a besoin que grosso modo à un ou deux endroits, pourquoi les prendre ?
  • Mon classement indique bien que si je suis finalement apte à avaler ce genre de distance, je ne suis quand même pas si rapide. Donc je n’ai pas d’ambitions démesurées de sauter à 80 / 100km, mais plutôt d’être meilleur sur ce format après la première découverte.
  • Donc pour 2016, il y a une grosse envie de revenir sur cette course pour la faire de manière plus aggressive si la forme le permet : plus vite, en appuyant un peu plus sur l’aller, avec moins de pauses (et en arrêtant de prendre des photos), et surtout sans bâtons, en ayant plus confiance dans les descentes.

Photos

Oui parce que quand même, malgré les nuages, ça le faisait bien :

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    • Oui je pense qu’il vaut mieux être prudent et satisfait plutôt que déçu. Evidemment j’ai toujours envie d’aller plus vite, mais il sera toujours temps d’accélérer la prochaine fois. Je pense que ça doit faire mal à la tête de faire une « mauvaise » grosse course, j’évite tant que je peux !

  1. Je traine pour faire mon CR mais ton récit et les magnifiques photos m’ont bien replongé dans la course… Faut que je me bouge quoi.
    En attendant ton CR est une mine d’infos pour celui qui veut se lancer sur des distances qui commencent à être longues. C’est précis, c’est concis, c’est du PAP et on sent bien que tu as franchi un gros pallier de progression. En effet, tu n’as plus l’optique de finir mais de finir bien ou finir plus vite, ça change tout.
    Je vais me répéter mais j’ai passé (et toute ma famille) un super week-end à Riom et je suis impatient de vous accueillir sur « mes terres ».

    • Merci Fred. Ca fait très plaisir, surtout venant de quelqu’un de plus expérimenté. C’est toujours très intéressant pour moi de discuter avec des gens habitués à faire plus long et plus vite. On flippe tous un peu avant de partir sur des distances non connues 😉 C’était vraiment bien de se voir autrement que par clavier interposé, vivement qu’on puisse recommencer. Dans le sud ça serait bien, ça a l’air très joli chez toi ! En attendant il va falloir que je me remette un peu à l’entraînement, on voit encore bien la différence de niveau : tu finis bien plus vite, et tu récupères bien plus vite aussi. Non pas que j’ai fini cassé en deux, mais ça m’a quand même entamé !

    • Je ne suis pas qu’une machine Manue ! Et c’est sûr que c’était une course qui me tient plus à coeur que les autres ! Personne n’a pleuré, mais c’est pour l’année prochaine 😉

  2. Hello Balou ! Félicitations encore ! T’as géré comme un chef. Je m’étais dit que je finirai avec toi – même en jean – si t’étais mort. Mais vu que t’es arrivé frais comme un gardon au 55ème… pas eu besoin ! 🙂 Congrats !!! Va falloir penser à passer la barre des 100 bornes un jour, non? Je dis ca, je dis rien… 😉 A+

    • Rien que le fait de vous voir au 60ème, ça a été très bénéfique. Sinon il y a 15 bornes tout seul à la fin en fait, et ça commence à devenir longuet, avec un paysage moins sympa. C’est bien pour travailler le mental d’un autre côté. Mais l’effet sur le physique et le moral m’a surpris ! Y a pas eu d’eau, mais c’était mieux. Les 100km, c’est pas impossible du tout, mais pas de suite, j’aimerais bien déjà passer ces distances 50/70km sans bobo en gérant mieux les descentes. Une histoire de confiance et de travail quoi ! Chaque chose en son temps.

  3. Hello !
    Bien, très bien ta galopade !
    Le camping comme tu l’écris fait partie de la bonne ou mauvaise gestion de la course. Ne pas s’arrêter c’est prendre le risque de finir moins vite. S’arrêter c’est forcément perdre du temps sur le coup. En mode cyrano (largement adaptable en trail en profitant des côtes), tu « t’arrêtes » (mode marche), dans le contrôle, régulièrement, pour manger et boire. Tu n’as pas à réfléchir. Tu avances en continu, sans arrêts ravitos, en autonomie. C’est pas mal comme technique mais ça peut vite devenir psychologiquement lassant.
    Ceci étant dit, je crains qu’il n’y ait pas LE mode d’emploi pour bien gérer ça. Hormis être à l’écoute de soi même, dès lors que ton cerveau est suffisament irrigué pour toujours prendre la bonne décision.
    Bref, tu t’es bien démerdé.
    Pour le travail de descente, les exos en pyramides sont super efficaces (montée à fond + descente à fond + récup sur du plat).
    Pour ton genou, seuls médecins et kinés pourront t’aider….
    Bonne fin de saison !

    • Merci Cédric !

      En effet, il y a pas mal de mode d’emploi. Ca dépend de chaque coureur. C’est aussi ce qui fait le charme du truc, s’il y avait une méthode simple et efficace qui marche avec tout le monde, on s’ennuierait… Le cyrano, je connais, c’est un peu obligatoire en trail dès que ça monte un peu. Les ravitos, c’est autre chose, c’est une question de choix entre perf et profiter plus. A moi de placer le curseur ! Pour la descente, je pense que je progresse, il manque surtout un VRAI terrain en région parisienne pour bosser sur du long. Mais bon, mes voyages en Auvergne permettent de compenser, je progresse bien. Reste comme tu dis à faire voir le genou à des personnes compétentes si ça perdure. En attendant, je suis mon chemin prudemment.

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