[CR] Ne marche pas | Semi du Ventoux

Ca faisait plus d’un an qu’elle me tentait cette course. Je l’avais découverte je ne sais plus comment, sur internet, via le site internet assez artisanal qui sent bon les courses de village conviviales comme je les aime. Et l’histoire d’une course, le poids d’un nom, ça me parle. Donc le Ventoux, probablement la plus dure ascension de France en vélo, en format semi marathon, fin Juillet dans la chaleur du Sud de la France, ça avait un charme un peu sado-masochiste qui n’est pas pour me déplaire.

Déjà je ne connais pas les lieux du drame, je crains la chaleur, j’aime bien quand ça monte mais je ne suis pas non plus une bête de D+. Donc il y a une part d’inconnue et d’appréhension réelle à vouloir s’avaler une course de côte grand format. Une part d’excitation aussi bien évidemment. Faire un semi route, ça revient grosso modo à savoir qu’on va finir dans une fourchette de 5 minutes. Ensuite c’est « juste » tenir une allure. Ici, la fourchette devient une fourche. 3h ? 2h45 ? Moins ? Trop d’inconnues. Juste une certitude : c’est un énorme défi. Parfait.

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Bedoin, 7h15, au pied du Ventoux

Donc Dimanche 26, c’est de bonne heure et de bonne humeur que je pars chercher mon dossard dans le centre de Bédoin, bien reposé et ravi à l’idée d’en découdre. La course sent bon la convivialité et la bonne humeur. 600 inscrits, c’est raisonnable vu la renommé du lieu, pour un programme tout à fait hors du commun pour un semi : 21.6km pour 1610m de D+, en ascension continue. Comme à chaque course qui m’intéresse vraiment, j’avais préparé mon affaire. Enfin. Essayé. S’entraîner en côte en région parisienne en pleine période de grosse chaleurs, avec quelques bobos de la Pastourelle, c’était compliqué. Donc fort de mes douz.. deux séances de côte à pourcentage un peu semblable à ceux de la course, affublé d’une jolie casquette très aérée et d’une ceinture porte bidon qui fera autant office de douche que de ravitaillement portatif, empli de plus de doutes que de certitudes et donc d’autant plus excité, je m’élance à 8h30 tapante au milieu du peloton.

Bienvenue sur le semi le plus dur de France

On commence par la partie « facile ». Facile, c’est 6km environ, pour 260m de D+, soit à peine moins que le dénivelé du marathon d’Athènes… Mais ici, c’est « roulant », les premiers kms sont peu pentus en effet. Le soleil de face est moins chaud que j’imaginais, je gère donc tranquillement. Et le sommet, qui apparaît bien loin sur la gauche, j’essaye de ne pas trop le regarder. Arrivé à Saint Estève, l’échauffement est terminé, courir à 10km/h ou plus, c’est fini. Je connais le programme, j’ai bien étudié le profil de la bête. Je m’arrête au ravitaillement comme prévu pour recharger un peu en eau et plaisanter avec les bénévoles. « Il paraît que c’est ici qu’on commence à s’amuser non ? ». Quelques hectomètres de marche histoire de se relaxer, et c’est parti. 10% dans tes dents. Il faut trouver le rythme. Jaife qui avait fait le Tourmalet m’avait bien dit « ça fait flipper, mais une fois installé dans ton rythme, ça va ».

Après un premier km de montée raide trop « rapide », je me force à ralentir un peu (enfin… la pente me force tout autant, soyons honnête) et je commence à me demander comment je peux courir pendant 15km comme ça. 15 p……. de kms (oui, quand je souffre, mon langage devient plus fleuri). Car je sais déjà qu’il n’y aura pas vraiment de répit, et c’est bien là toute la difficulté de cette course. Un répit ici, c’est quelques hectomètres à 5/6%. Mais pas dans la forêt. La forêt, c’est le mur pendant 9 bornes. La tête travaille autant que les jambes. Il faut dire qu’il n’y a jamais vraiment de plaisir de courir, comme sur un semi « classique », où on peut aller vite sans taper dans le cardio. Ici, non. Les jambes travaillent tout le temps, à grosse fréquence, pour une toute petite allure. C’est juste dur, tout le temps. Le combat permanent pour avaler la pente. Pourquoi s’infliger ça pendant 15km ? Jamais je ne tiendrai.

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La partie roulante

Puis vient un petit éclair de lucidité. Je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir très chaud, mais s’asperger la tête et la nuque donne un grand coup de fraîcheur, et remet les idées en place. Ça va mieux en baissant un poil sa température quand même, on vire la casquette et on profite de l’ombre quand on peut. Le rythme se stabilise, et même si la tentation de marcher est souvent là, il y a une certaine adaptation du corps et de la foulée. Le cardio n’explose pas, donc il y a moyen de gérer, même si ça tiraille un peu sur les jambes en permanence. C’est dans la tête. Ne pas marcher, ne pas marcher. La pente oscille entre 9 et 10%. L’allure oscille entre 7’30 » et 8’30 », plus vite que prévu. Les ravitaillements deviennent les mini-objectifs pour tenir. Allez, 3km. Allez, 2km. Mais des kms longs. Très longs. On recharge la bouteille, on prend un gel, on discute un peu, et on repart en marchant. Mais il faut remettre en route, et c’est une vraie souffrance. Que la tentation de continuer en marchant est grande… Mais on est pas venus là pour randonner bordel ! Et le corps accepte à nouveau. Gardez la tête un peu haute. S’engager dans la pente. Certains montent plus vite, d’autres marchent ou ralentissent. Chacun dans sa souffrance. La dernière des choses à laquelle on pense à ce moment là est bien le classement…

Le mont chauve

Puis le chalet arrive. Finalement sans avoir craqué, en ayant couru sur toute la montée de la forêt, modulo les sorties de ravito. Petit relâchement sur quelques hectomètres qui paraissent plats, et on débouche sur cette montagne blanche mythique. Même si l’altitude aide à baisser la température, le soleil tape un peu. 6km. Allez, 6km, c’est rien, 1h50 pour atteindre le chalet, l’objectif à 2h45 semble plus que jouable, même avec une défaillance ! De l’eau sur la tête, de l’eau dans la gourde, on prend son temps, et c’est reparti. Ça monte moins, donc il y a moyen d’accélérer, même si c’est un grand mot. Et au détour d’un tournant, le sommet qui apparaît. La vue est à couper le souffle, mais celui-ci était déjà bien court de toute façon. Je mets plus d’eau sur moi que dans ma bouche. Il ne fait pas si chaud que ça, mais l’effort et l’absence d’ombre pèsent de plus en plus. Je déteste la chaleur. Mais je cours. Certains alternent course et marche, je peux encore courir. Un peu plus vite. Des kms en 7’20 » environ, une vraie fusée.

Et si l’arrivée est finalement assez proche, l’altitude, le soleil et la fatigue clouent un peu à la route. La pente redevient forte, et il est impossible d’accélérer dans les deux derniers kms. La vitesse chute. Passage au dernier ravitaillement, devant la stèle de Tom Simpson, mort d’un arrêt cardiaque lors du Tour de France. Disons que cela n’incite pas à se mettre encore plus mal… Le dernier km est juste terrible. Tout le monde marche ou presque et je dois m’y résoudre moins aussi. Marche rapide, non pas pour calmer le cardio, mais juste pour éviter qu’il n’explose. Même marcher est une épreuve. Un photographe ? On fait illusion, on court un peu pour la photo, et hop, retour en marche. Le sommet paraît proche, on relance, à la pioche. Mais non, encore un long virage, je dois repasser en marche, sous les encouragements du public venu soutenir les forçats du Ventoux. Dernier lacet, l’arche de l’arrivée est visible, une dernière grosse relance, c’est fini, le patron de la course vient serrer la main de chaque coureur au sommet. 2h36’20, un temps inespéré, dans la douleur évidemment. Je m’assois à l’ombre d’un camion, pour quelques longues minutes de récupération.

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J’ai beau être matinal, j’ai mal

Quelque part, je suis vénère d’avoir eu à marcher sur le dernier km. Mais la difficulté à récupérer confirme que ça a été rude. La Suunto plussoie, 120h de récupération conseillés, 86% de cardio, c’est respectable. Pas de gros effondrement ou craquage mental, la stratégie de la « douche » avec le bidon était excellente, et nom de Dieu, que la vue est belle en haut ! Et le ravitaillement sympathique, des fruits frais, de la bière, des boissons à volonté. Je profite. Des photos, petite promenade, une sacrée matinée pour découvrir ce lieu mythique. Le soleil tape un peu, mais l’organisation est vraiment top, les sacs ont été montés au sommet, je peux donc me changer, me re-tartiner de crème solaire et profiter de mon petit séjour là haut. Mon genou gauche me fait un peu souffrir, mais rien de bien grave, ça passera. Mes jambes sont un peu dures, mais les bobos de la Pastourelle ont disparu, c’est un gros soulagement. J’ai pu donner tout ce que j’avais à donner, dignement, ce qui est toujours le plus important. Faire de son mieux dans les conditions du moment. La chaleur ne m’a pas tué, la pente ne m’a pas tué. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, non ? C’est bien ce qu’on se dit une fois arrivé en haut du Ventoux (après avoir ramassé ses poumons).

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Et là, y a rien peut-être ?

La course

  • Super ambiance
  • Organisation très conviviale
  • Parcours TRES exigeant, mais après tu peux te la péter sévère
  • Les ravitaillements bien fournis, que ce soit pendant la course ou après
  • Tarif reste correct vu la renommé du lieu
  • T-shirt offert est assez quelconque mais cf plus haut, idéal pour se la péter un peu
  • La vue en haut est magnifique

Une course vraiment conseillée à ceux qui veulent tester leur résistance physique et mentale. Il y a des trails ou des courses de route avec plus de D+ ou de % de pente, mais ici c’est 21.6km d’ascension continue et surtout 15km à près de 9% qui mettent chaque coureur en difficulté, peu importe le niveau. Votre mental est quelque part sur cette pente, allez le chercher.

Vous en voulez encore ?

Plus de photos et même une vidéo très bientôt !

13 commentaires

  1. Joli ! Et chapeau bas chef !
    Au début, je croyais que t’allais nous raconter ton Marvejols-Mende. J’ai rien perdu au change 😉
    C’est l’organisation qui redescend les coureurs au départ ?

    1. Merci ! Oui c’est tout prévu, y a des bus qui redescendent les coureurs. D’ailleurs ça m’a fait marrer, il a fallu attendre un peu pour avoir un bus pour le retour (il n’y en avait que 3 au total, donc ils ont du faire deux allers/retours), et quand les bus ont dû faire demi tour à un petit parking plus bas que le sommet pour éviter d’avoir à manoeuvrer de trop, y avait quelques coureurs qui qui râlaient de devoir marcher, oulà, au moins une centaine de mètres ! C’est vrai que c’était la torture d’attendre en haut, c’est laid là haut… Surtout avec cette météo !

  2. En voilà une course sympathique! (En plus on aura pas 15 000 CR de la même course, tu dois être le seul blogueur que je lis qui l’ait faite) Bravo en tout cas! Un semi en montée sans déconner… faut avoir l’idée…

  3. C’est vrai que ça fait plus rêver que le semi de Paris (dans le genre 15000 CR…)
    Pis la montée du Ventoux c’est mythique. Tu t’en sors bien car la pente piquouille bien quand même.
    Bon, faut que je vienne l’année prochaine. Je devrais ne pas être trop mauvais sur ce genre d’épreuve. Autour de 2h15 je pense… Pas facile à estimer.

  4. Belles images et compte rendu plus transpirant que nature… Cela donne envie, c’est sûr !
    Si tu as des spots d’entraînement en côte dans la RP (est), je suis preneur, car les côtes du bois de Vincennes, ça lasse…
    Dans la série « ça pique les mollets et ça explose les poumons », Marvejols-Mende est aussi une très belle course, même si profile différent (ça monte/descend/remonte/redescend).
    Merci pour ces impressions.

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