[CR] Pastourelle 2015 : les montagnes russes en Auvergne

Réveillé vers 5h du matin. Un petit déjeuner pas trop copieux, un gâteau énergétique, une compote. Dernière vérification du sac. De la météo. 50 minutes de route dans la montagne, sous un temps gris et assez frais. Mettre ses chaussures, vérifier le sac une dernière fois. 10 minutes. Pas d’échauffement. Le pied est tranquille. La tête plus dans le doute. 5 minutes. Cardio ok, GPS calé. On connaît le parcours. On a beaucoup bossé. Même avec 3 semaines finales de travers, les acquis sont encore là. 1 minute. On s’avance pour ne pas partir du fond comme la dernière fois. Je suis plus fort que l’année dernière. Prouvons le.

Km 0

Pastourelle 2015Départ dans la meute des traileurs. Et premier doute à lever, le pied droit. Ça va. Avec mes traileuses les plus fermes, mes Pérégrine adorées. Faisons leur confiance. Il fait gris, un peu froid et surtout venteux. On monte doucement dans les prés à vache. Deux, trois kilomètres, et pas vraiment de joie de partir. Non, plutôt des pensées du genre « ça va être long », « qu’est-ce que tu fais là ? ». C’est bien une première ça. La fin de préparation chaotique a affecté la tête plus que les jambes, ces dernières avançant assez bien. Par contre le cardio… 82%… Je vérifie à nouveau, c’est l’instantané ou la moyenne ?? La moyenne… Bon. Calme toi. Tu peux pas rester à ce rythme. Première montée plus pentue, on passe en marche. Cardio inchangé. Détends toi. Bâtons à la rescousse. On avance bien, les jambes sont bien. Mais toujours 82% de cardio même avec les descentes.

J’ai l’habitude du cardio. Je connais la machine, c’est mon indicateur principal. Et pas la peine d’avoir fait polytechnique pour comprendre qu’en bouffant mes glucides si vite, ça se finit à un seul endroit : dans le mur. Au moins j’en oublie le pied. Qui va plutôt bien. Passage plus rapide aux ravito, comme prévu. On évite de trop manger solide. On discute avec d’autres coureurs pour se détendre un peu. Descente vers le col de Néronne, passage dans la forêt, il fait meilleur à l’abri du vent et ensuite on va perdre beaucoup d’altitude pour aller vers le Falgoux, donc on enlève la veste pour éviter l’erreur de l’année dernière. On passe sur du single pas toujours facile à courir, puis on bascule plus tôt que l’année dernière sur la descente. Et météo plus sèche aidant, c’est nettement plus facile à courir, on a plus d’assurance, on se fait vraiment plaisir pour le coup, tout en discutant avec d’autres coureurs. Arrivée à la première barrière horaire en 2h05. Bonne avance sur l’année précédente, mais le parcours est un peu plus court. Donc satisfait, mais prudent. Surtout que le cardio est toujours trop haut.

Km 18

Pastourelle 2015

Pause plus courte que l’année dernière, rencontre avec Mme Baskets aux pieds qui vient supporter son homme. Avec lequel je passerai une partie de la course, en mode yo yo. On attaque la plus grosse montée, tout en marche. Je sens bien qu’il faut ralentir la machine et bien absorber le ravitaillement. Montée au train, sans difficulté particulière. Et en arrivant sur le plateau, le retour du vent et du froid. Retour de la veste, des gants, du buff. Et des montées et descentes, souvent sous ce satané vent qu’on ressent même sous la veste d’hiver. J’ai toujours l’impression de tourner un peu au ralenti, avec des jambes en forme, mais sans bonnes sensations. Reste que j’avance. Pas de gros coup de barre. Je prends quelques photos et on poursuit sur ces chemins cabossés. Le temps gris ne permet pas vraiment de profiter des paysages. A l’approche du Puy Mary, je constate un nouveau changement de parcours : la petite montée assez raide vers le Puy de la Tourte est remplacée par le GR sur la droite. Alors que j’avais kiffé cette montée dans le froid et le brouillard l’année dernière, je me réjouis de ne pas avoir à la faire… Le mental est bien en dedans ! Discussion avec un coureur du Nord n’appréciant pas trop l’étroitesse de nos singles auvergnats. Je finis par le passer pour ne pas avoir l’impression de me mettre trop au chaud derrière les autres. Descente vers le pas de Peyrol. Retour dans le vent et le froid. Et là le bon petit coup de barre. Le vrai coup de moins bien.

Km 29

Pastourelle 2015De la soupe chaude. J’attrape un gobelet, et je rentre m’asseoir à l’abri dans le petit local technique. Je suis le seul à aller m’abriter. J’en ai juste plein les bottes. Basket au pieds est là pour soutenir son boy, et j’en arrive à penser « elle a une voiture. Un endroit chaud où on peut s’asseoir ». Je me demande bien comment je vais finir. Mais je me souviens de la check list de Fred dans un de ses trails. Lister ce qui va et ce qui ne va pas. Posément.

Le pied : ça va, il fait un peu mal, mais c’est un détail
Les mollets, les cuisses : RAS, ils tiennent comme toujours. Aucune douleur.
Genoux : pas de douleur particulière, aucune alerte.
Dos un peu douloureux, bras gauche aussi. Mais rien de méchant.

Ce qui ne va pas, c’est l’énergie limitée, et le mental qui souffre. Mais ça, ça se recharge, l’énergie. Ça se gère. Une blessure, c’est une raison d’abandon. Mais en mangeant, buvant, en tournant plus bas en cardio, sur les graisses, on avancera. Sûrement moins vite qu’avec une préparation parfaite, mais ça, on peut faire une croix dessus. On est là avec la forme du moment, les conditions du moment, et on va faire avec. On s’est entraîné pour. C’est dans la tête surtout.

Relève toi bordel. Tu voulais un combat ? Ben t’es servi, vas-y, feignant ! C’est ça les courses longues distances, on s’arrête pas au premier coup de moins bien. Le Puy Mary t’attend. T’es à domicile. Tu vas pas t’arrêter comme ça au pied du sommet, comme un gland.

Retour sous le vent, après 10 minutes d’arrêt. Descente pour rejoindre le GR. Et remonter. Doucement. Le vent balaye la crête. Je monte doucement mais les sensations sont meilleures. Enfin du plaisir dans la difficulté. L’énergie revient un peu. Et il va en falloir. S’en suivent 10km difficiles après le Puy Mary, jamais plats, avec un sol toujours contraignant pour les pieds, qui avaient paru looong l’année dernière. Mais la tête va mieux. Photo au sommet, on descend doucement, petite pause au ravitaillement, et c’est reparti pour le bitume. C’est pas la forme de l’année, mais le coup de mou du col est passé. Probablement 30 minutes d’avance sur l’année précédente. Correct pour dire qu’on se sent dans le dur.

Les montées et descentes reprennent. L’énergie fait un peu la même chose : elle baisse, revient, repart. On s’accroche, le ravitaillement est loin. Passage à la brèche d’Enfloquet. Et là une montée dont je n’ai aucun souvenir de l’année précédente. Pourtant elle était bien là. Un petit coup de cul, rien de fabuleux. Mais les mains dans la pente. Le souffle court. Pas à pas, pas les jambes en feu, non, mais rien à leur fournir. Allez on ne s’arrête pas. Mais c’est très dur. On enchaine pourtant, toujours doucement, en trottinant dès qu’on peut. Les jambes le supportent, donc on fait l’effort mental. Ravitaillement. Je m’assois à nouveau. Je compte les difficultés restantes. Une petite montée, puis le Puy Violent, puis la montée finale. 3. Allez, on le tient.

Km 41

Pastourelle 2015

Le Puy Violent est passé, c’en est fini des singles étroits et difficiles, c’est le retour vers la piste, le plat, la descente, la partie la plus roulante pourtant douloureuse l’année dernière. Depuis le Pas de Peyrol, on surveille le chrono. 5 heures au km 32, il restait en gros 3 heures pour faire 20 bornes et quelques. Passer sous les 8 heures. L’objectif toujours clair de la préparation, après bien sûr l’objectif plus humble : finir. Jouable probablement. Et même si le manque d’énergie n’a pas vraiment permis de prendre de l’avance sur cet objectif, à la descente du Puy Violent, on peut encore y croire. Et à l’arrivée sur la piste, on remet en route pour trottiner.

Sauf que le genou droit crie. Une douleur simple, précise. Chaque appui fait bien grimacer et légèrement boiter. Après bientôt 7 heures de course, la tête réagit mal. Alors que cette année le ventre va bien, les pieds sont en meilleur état, on se voyait déjà finir en courant sans être dans la misère… Et boum. Une blessure ? Et on fait quoi ? On court dessus ? Tu peux faire 12 bornes sur cette douleur ? Un nouveau chemin de croix ? Ça serait même raisonnable ? Marcher un peu, essayer le passer le strap du genou gauche au genou droit. Pas mieux. Limite pire. On marche. D’autres coureurs passent. On s’attend à voir revenir Mr Basket aux Pieds, pour lui dire quoi ? « C’est game over pour moi je crois ? ». On va finir en marchant comme un con jusqu’au parking pour être ramené à Salers dans une voiture ?

Allez on se calme. C’est peut-être passager. C’est cette foutu descente de merde. Et douleur sur l’avant du genou, c’est facile, la règle c’est : ne pas talonner. On réessaye, mais en appui bien avant / médio. Moins mal. On peut courir. Mieux. Et les mollets et pieds vont tenir ces appuis ? OUI. Même s’ils finissent douloureux, c’est plus gérable que cette pointe dans le genou. Il « suffit » de courir plus vite, plus vers l’avant, détendu, et ça va descendre. Le petit moment de misère passe. On court. Les pieds souffrent un peu, mais on tient une vitesse respectable enfin. En passant le marathon. Un petit 10km/h, jusqu’au parking. La tête se détend un peu, le corps aussi. On recharge un peu d’eau, on mange une bricole, et on fait les calculs : il reste sûrement dans les 9 à 10km, à faire en 1h08, avec 2km de montée sur la fin, et donc 7 à 8km de plat / descente. Disons 10min/km de montée, ça laisse quoi ? 48 minutes pour faire 7 à 8 bornes « faciles » ? Les calculs sont un peu flous sur le moment, fatigue aidant, mais ça semble jouable. On range les bâtons. On repart. 10km/h. Il commence à faire soleil, on évite d’être con comme l’année dernière, pause rangement de la veste, pause pipi, c’est du temps perdu qu’on va rattraper. 10.5km/h. 11km/h. La forêt arrive, la descente commence. Ah ça fait plaisir de courir. 11.5km/h. Le genou rappelle au moindre mauvais appui que non, il n’est vraiment pas d’accord. Mais la pente douce aidant, on peut dérouler, au contraire de l’année dernière. VENGEANCE BORDEL. Je suis moins con ! Progression !

12km/h. 12.5km/h, ça oscille, mais on tient bien ce rythme, même si la jauge d’essence est clairement sur la réserve. Ah putain ça fait plaisir ! Allez, tenir ce rythme jusqu’au dernier ravitaillement. Saint Paul de Salers, souvenir douloureux de l’année dernière, pas d’arrêt au ravitaillement, et en marche jusqu’à l’entrée de Salers… Cette fois, mis à part le genou et l’épuisement, ça va ! On s’arrête.

Km 49.5

Ok les mecs, le Ricard, ça sera pour une autre fois. Ambiance très sympa, ça détend bien de plaisanter avec les bénévoles. Lesquels m’encouragent très vocalement pour mon départ : « tu lâches rien !!! ». J’ai regardé mon chrono, je le tiens. Je repars en courant cette fois, pas vaincu par le ras le bol, mais en profitant enfin. Ça remonte, je cours. Passage au bas de la vallée, et retour sur la montée. 200m de D+, il faut quand même se les farcir au bout de 50km. Mais j’ai plus de 20 minutes pour faire quoi ? 2km max ? Retour total de l’optimisme, puisque je laisse les bâtons sur le sac. Les jambes n’ont pas mal. Les jambes ont assuré, elles. Je n’avais pas trop d’énergie à leur fournir, mais elles n’ont jamais grimacé ou protesté, sauf ce satané genou droit. Les mollets ont encaissé la descente en sifflotant. Les quadris vont prendre la montée sans l’aide des bâtons. Merci les filles, vous avez assuré, je vous laisse finir le boulot, sans aucune aide. Un hommage aussi farfelu qu’idiot, mais au bout de 7h40 d’effort, le cerveau manque aussi d’énergie.

Et ça passe bien sûr. On remonte même sur d’autres coureurs, doucement, en profitant des dernières minutes d’une course qui a fait passer par tous les états. Il fait finalement chaud, l’eau devient plus utile sur la tête que dans la gorge, le vent froid des crêtes semble tellement loin… Le moment de faiblesse assis à boire sa soupe aussi. Je découvre avec autant de difficulté que de bonheur les aléas des courses plus longues distances. Et pour la première fois j’ai du batailler plusieurs heures dans la tête pour continuer à aller de l’avant. Mais le début de course plein de doutes a laissé la place à une découverte fascinante des méchanismes du corps humain et de son esprit. La course m’a bien fait mal, plus qu’aucune autre sûrement, mais au final, les remparts de Salers apparaissent, je vérifie 12 fois le chrono alors que j’ai une avance confortable. Ca sera bien sous les 8h, en finissant en courant, fier comme jamais. Le soleil est là, les spectateurs aussi, je tape dans les mains des enfants qui encouragent bruyament. Dernière accélération, la ligne. Arrêt du chrono, que je ne regarde même pas exactement. On s’en fout. C’est fait. Je suis chez moi. Je les connaissais ces montagnes, le voyage n’avait rien de nouveau. Mais celui dans la tête a été une toute autre affaire. La saleté nom de dieu … Je lui ai mis sa misère ! Yeah !

Le résumé de la préparation + une vidéo

Pastourelle 2015

13 commentaires » Ecrire un commentaire

  1. Bravo pour cette course et ce joli récit ! Avec ta permission, je vais mettre ton blog en lien sur le mien, car je le trouve pas mal du tout : j’aime le style un peu décalé (on a ça en commun) mais passionné !
    Keep going (et bonne récup’) !

    Free as a bird (branche-barefoot.overblog.com)

    • En fait si ! surtout si je porte des chaussures « molles ». En chaussures fermes, la douleur est bien moins présente. Donc j’ai du travail de repos / étirement / balle de golf / glaçage à faire, en parallèle au VTT. Mais c’est à nouveau étonnant comment ça s’est « tu » pendant la course. Le corps et la tête arrivent à faire des trucs sympas 😉

  2. Bravo pour cette Pastourelle! ça doit pas être évident de faire une si longue partie de la course avec aussi peu d’envie. Heureusement qu’elle est revenue à la fin, sinon bonjour le dégoût!

    • La fin en est d’autant plus kiffante en fait ! Et je cherche quand même un peu la difficulté dans les courses, donc c’est vraiment une super expérience. Je n’aimerais pas que ça se reproduise trop souvent, mais c’est bien d’y passer pour voir comment je peux réagir.

  3. Assez atypique comme course! Mais oui y aller crescendo si on peut dire ca doit être vraiment sympa!! M’enfin, se forcer pendant 30 bornes pour entrevoir l’espoir que l’envie va arriver… Pas facile à encaisser quand même, l’idée de mettre le clignotant doit être assez forte…

    • J’y vais aussi pour justement voir comment ça se passe quand tout ne va pas bien. Et je pense que sur grandes distances, il vaut mieux apprendre à le gérer, l’énergie ne peut pas être là toujours. Donc au final, je n’en retiens que du positif ! J’ai appris beaucoup de choses, amélioré mon temps, participé à une belle course, et j’ai pas abandonné comme un con à cause d’un trou d’énergie. Ca me servira beaucoup pour plus tard tout ça.

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