Reconstruire

« Oh là là là, je vais avoir beaucoup perdu ». C’est invariablement ce qu’un coureur blessé va se dire après plusieurs semaines à l’arrêt. Il faut dire qu’autant dans un sport plus « technique », on peut compenser, autant en sport d’endurance, quand on a pas l’endurance… on est en slip (ou en caleçon) (voir franchement à poil). Est-ce un problème ? Continuons donc à étoffer le dossier de la gestion du « retour » (oui, j’ai un petit historique : ici et ).

Accepter

Comme déjà expliqué dans les articles précédents, la phase la plus important du « pendant » est l’acceptation pour moi. Déjà cette fois, bel effort, je coupe sur décision, et non pas sur une contrainte physique majeure. J’anticipe. Ensuite vient la nécessité d’accepter qu’on va perdre un acquis, qu’on va devoir annuler ci ou ça, voir les autres s’amuser… Une fois cette étape franchis, on a déjà fait un grand pas.

Et on remonte !

Et on remonte !

Reprendre

Puis vient la reprise. Et après quelques coupures, force est de constater que ce qu’on imagine vite être une montagne reste certes une colline plus pentue que d’habitude, mais une colline avant tout. Les acquis d’endurance prennent un petit coup, même en ayant compensé avec un peu de vélo : 45km de course à pied en trois mois, ça laisse des traces, malgré les 2h de vélo hebdomadaire pour rester un minimum actif. Mais ca limite la casse, l’esprit revient reposé et remotivé, et tous les autres acquis sont bien là. Musculairement, « tendineusement », on ne se sent pas en souffrance, à condition de reprendre progressivement. Le corps n’a pas tant régressé que ça. Mentalement, l’expérience acquise est toujours là, on sait comment reprendre, planifier une remise en charge progressive et raisonnable.

Si je prends mon cas personnel (c’est ce que j’ai de mieux sous la main), j’ai repris les footings sur 30 à 45 minutes, grosso modo à mon allure d’endurance d’avant. Le cardio monte trop haut bien sûr, je dépasse les 80%. Je sais que la théorie veut qu’on travaille plutôt vers 70/75%. Mais par expérience, je sais que la vitesse qui va correspondre à cette plage va me faire un peu trop  » sautiller  » sur place. Les contraintes sur les tendons seraient différentes et moins agréables, je subirais mon poids plus que je n’entretiendrais le mouvement. Je préfère courir au feeling en laissant le corps trouver le mouvement, et garder l’endurance douce pour le vélo. Est ce la bonne façon de faire pour toi, fidèle (ou pas) lecteur ? Ou pour tel autre coureur ? Probablement pas. Mais avec l’expérience, je pense que c’est MA façon de reprendre, et je me fais confiance. Il y a quelques années je n’aurais probablement pas procédé de la sorte.

Grimper

Et à moins de n’être satisfait qu’en battant ses records de vitesse (pourquoi pas, certains ont vraiment la compétition dans la peau et juste ça), la reconstruction est un motif de satisfaction toujours renouvelé. Les points de départ et d’arrivée sont finalement moins importants que de sentir qu’on parcourt le chemin. La satisfaction d’une grosse course n’est pas toujours seulement dans le chrono, c’est aussi dans la contemplation du chemin parcouru, ce ne sont pas que quelques minutes ou heures de course, c’est plusieurs semaines, mois, de travail, plaisir, doutes, motivation.

Donc personnellement, en reprenant et en ayant pour objectif le joli petit trail de fin Mai, je ne réfléchis même pas à battre ou non mon temps de l’année dernière. Si je vais plus vite, tant mieux ! Sinon, quelle importance ? Mon point de départ n’est pas le même. Celui d’arrivée sera sûrement différent. Le simple fait que la route soit longue entre les deux et qu’on l’ait parcouru avec motivation et plaisir est le plus important. L’expérience fait que malgré les chiffres bien loin d’une forme optimale en ce moment, il y a la confiance que progressivement, tout va revenir. Et le plaisir simple de sentir une foulée qui revient doucement, qu’on recommence à courir délié, libre, sans regarder la montre et les chiffres sans importance, ça vaut son pesant de cacahuètes. Je reprends le contrôle. Certes pas vite, mais tout le monde s’en tamponne de ça. Ce qui compte, c’est le plaisir. Le plaisir de sentir qu’on court sans subir, en contrôle et maîtrise de son mouvement, en pouvant pousser si nécessaire, et harmonie avec son corps (malgré le petit peu de graisse là, qui ballotte) (on est pas des athlètes de haut niveau non plus hein). Et le plaisir de se faire bien mal pour certains d’entre nous. Mais on va garder ça pour plus tard. Pour le moment allons-y pas après pas.

(putain comment j’ai été fort pour trouver le nom du blog !) (clap clap clap) (« vas courir, abruti ! » Dit Evil Koala)

6 commentaires » Ecrire un commentaire

  1. Ooooooh un peu d’humanité sur ce blog, j’en serais presque émue ! C’est toi sur la photo ? Trop mignon ! J’aime cette philosophie apaisée et apaisante, ça te fait du bien d’arrêter de courir huhu.

    • On me dit souvent que ça me fait du bien d’arrêter de courir (blessure, petite grippe, etc…). Pour moi ça veut dire une chose : c’est nécessaire pas seulement pour les jambes et le corps, mais aussi pour la tête. On est souvent pris par la spirale du « tu vas faire quelles courses ? Moi je fais ça ça et ça », on entend ça souvent, on se sent un peu obligé de faire pareil sinon on a l’impression d’être un feignant (alors qu’on se bouge beaucoup plus que la majorité de la population !). Sortir un peu du petit monde de la course à pied, ça fait du bien, je regarde plus autour, je remets les choses à leur place, et ça rééquilibre la tête et le corps (même si la reprise, ben ouille un peu quand même).

  2. J’aime beaucoup ta conclusion. J’ai l’impression de lire de plus en plus d’article qui prônent un retour au plaisir avant tout. « On n’est pas des athlètes de haut niveau », comme tu dis. L’idée du point de départ différent est pas mal aussi. Quand on essaie de se donner un objectif chronométrique, il faudrait mieux regarder où on en est aujourd’hui au lieu de regarder les chiffres d’hier…

    • Il doit toujours y avoir une notion de plaisir, même dans l’effort et parfois la souffrance. C’est souvent un truc que je dis : la souffrance qui m’est infligée (et plus généralement ce qui me contraint sans ma volonté), c’est négatif. Comme courir sur une blessure, partir sans motivation pour courir le matin avant le travail, se mettre la pression pour améliorer tel temps parce qu’on se sent un peu en retard face aux autres, etc… C’est un hobbie, une passion, donc ça doit rester positif. Le plaisir, je peux le prendre en me faisant mal, sur un fractionné, ou surtout sur une course, en allant courir sous la pluie parce que je suis très motivé pour me refaire ma condition. Ce sont pourtant des choses qui peuvent sembler contraignantes et désagréables pour un oeil extérieur, mais pas pour moi. Dans ce cas, je considère que je suis dans le vrai. Le vrai pour moi bien sûr.

  3. Captain PAP… si jeune et déjà si sage. Faudrait que je m’inspire de toi plus souvent.
    (En même temps, DaJo, c’est un peu l’opposé du Maître JoDa…)

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