[Test] Garmin 620 / Suunto Ambit 2, transition et autres réflexions

Après avoir fait le grand saut entre mon « partenaire » historique Garmin et la marque Finlandaise, que dire de la transition ? Que valent les technologies mises en avant par chaque marque ? Est-ce facile de faire la transition ? Et plus généralement, que penser de l’évolution récente de ces (onéreux) gadgets ?

Historique

A ma gauche, la Garmin 620, le haut de gamme des montres de route de Garmin, qui a succédé à une 405 et une 610. Depuis que je cours, je n’ai utilisé presque que des montres Garmin (une petite aventure avec une Motorola MotoActv). Mais depuis ma diversification vers le trail, avoir une montre qui permette de mieux gérer le dénivelé et surtout de faire du guidage semblait plus indiqué. En bon geek qui aime bien essayer toutes les marques et technologies, c’est vers le fabricant finlandais spécialisé dans les sports natures que je me suis tourné. Donc à ma droite, l’Ambit 2, ex fer de lance Suunto, tout récemment remplacée par l’Ambit 3. Je ne reviendrai pas en détail sur les nouvelles fonctionnalités de la 620, il y a plusieurs articles sur le blog à ce sujet. L’idée est plutôt de voir comment se passe la transition.

Aspect pratique : acquisition et fiabilité GPS

C’est assurément un point important à l’achat d’une montre. Se peler les noisettes pendant plusieurs minutes en hiver le temps que la montre capte le signal, ça ne fait jamais plaisir. Avoir des distances fantaisistes à cause des tunnels, ça peut aussi bien agacer le bitumeur à cheval sur les secondes. Donc que valent les deux fers de lance des fabricants américains et finlandais ?

Le protocole est simple : prendre les deux montres en même temps, seule façon de tester en conditions identiques. Et les mettre un peu à l’épreuve.

Premier test

Déclencher l’enregistrement sans attendre l’acquisition des satellites. Départ à quelques kms de mon domicile (précision qui a son importance, les deux montres pré chargeant les données satellites via internet)

Garmin 620 : accroche GPS lente, il faut un bon kilomètre pour que la montre se cale. MAIS l’accéléromètre a tout de même mesuré la distance parcourue, donc on ne perd que le tracé sur la carte. Très bon point pour la 620, les précédents modèles auraient été perdus.
Suunto Ambit 2 : accroche GPS immédiate (quelques secondes), même si la précision n’est pas exceptionnelle au début de la sortie.

Second test

Mettre le GPS en difficulté pendant la sortie en passant dans une zone où la réception est pourrie

Garmin 620 : le tracé perd pas mal en précision, mais sans partir dans un autre pays pour autant
Suunto Ambit 2 : le tracé est également erroné, mais dans des proportions moindres.

 

Troisième test : attendre l’acquisition sagement

Garmin 620 : gros décalage au départ, avec des conditions certes difficiles : début de la sortie avec un immeuble qui bloque la réception, et une météo pourrie. Recalage au bout de plusieurs kms, ce qui donne une courbe de vitesse faussée. Distance finale erronée.
Suunto Ambit 2 : acquisition plus rapide, décalage beaucoup moins important.

 

Quatrième test : précision « visuelle » sur piste

Oui je sais, utiliser une montre GPS pour un fractionné sur piste, c’est con, les distances sont connues, on peut tout faire au bouton. N’empêche que ça aide un peu à pas se prendre les pieds dans le tapis quand on commence à fatiguer. Donc rapidement, une comparaison entre un premier fractionné sur piste avec l’Ambit et les fractionnés précédents avec la 620 :

Le verdict est assez simple : La 620 est plus « dispersée », et les distances mesurées sont quasiment toujours plus longues que la réalité. Donc en gros, les allures sont un peu optimistes. Sur l’Ambit 2, la trace GPS est plus ramassée, mais avec l’erreur inverse, la distance mesurée est un tout petit peu pessimiste (constaté sur plusieurs séances). Garmin sera donc un peu optimiste sur vos allures, et Suunto un peu pessimiste.

Bilan acquisition et précision :

La 620 de Garmin est souvent plus rapide que ses prédécesseuses grâce au préchargement des données satellites. Mais cette technologie n’est pas toujours très fiable. Même proche de mon domicile, l’acquisition est parfois lente ou peu précise. Et à quelques dizaines de kms de chez moi, c’est à nouveau assez long, du même ordre de grandeur que les montres précédentes. La précision semble ensuite du même niveau, il y a parfois des erreurs. Grosse amélioration par contre, l’utilisation de l’accéléromètre pour mesurer la distance si le GPS n’est pas calé. Par contre ensuite, en cas de manque de précision, pas de correction.

L’Ambit 2 n’est pas très rapide à capter lors des premières sorties, mais ensuite, c’est impressionnant. Même à plusieurs dizaines de kms de distance de la sortie précédente, c’est souvent l’affaire de quelques secondes. Les erreurs de précision ont souvent été plus faibles que chez le concurrent, et l’accéléromètre est aussi utilisé en cas de perte de signal. Mieux, il est également utilisé en permanence pour affiner la vitesse donnée par le GPS. Résultat, les courbes de vitesse sont moins « brouillées » que chez Garmin. Ça ne change pas grand chose si on regarde la moyenne km par km, mais on constate tout de même globalement moins d’erreurs.

 

Altitude

Pas trop de surprise ici, les montres « route » de chez Garmin ne font aucun effort pour avoir une altitude fiable. Seuls les modèles triathlon ou montagnes ont un altimètre. Mais il est intéressant de voir les solutions techniques de chaque fabricant :

Suunto : en haut de gamme, la montre embarque un altimètre barométrique. Idéal pour mesurer l’altitude, mais de brusques changements de conditions météos donnent une altitude fausse. Donc il faut parfois calibrer l’altimètre. Et pour faciliter cette tâche peu passionnante (de la même manière que le calibrage de l’accéléromètre), Suunto utilise le GPS. Avec de bonnes conditions météo et de « visibilité » des satellites, il est possible d’avoir une position relativement précise en 3 dimensions, donc l’altitude. Les Ambit 2 et 3 utilisent donc le GPS pour calibrer l’altimètre, et ainsi garantir une précision accrue sans trop de manipulations. Et sur le terrain, les altitudes affichées ont été toujours très très proches de la réalité.

Sur les modèles moins typés « montagnes » (comme l’Ambit R), pas d’altimètre barométrique dans la montre, mais la solution du GPS est conservée, et donne le plus souvent des résultats tout à fait honorables.

Chez Garmin, on se casse moins la tête : aucune altitude estimée par la montre, et on mappe la position GPS avec des relevés topographiques. Vu les erreurs de GPS, d’éventuelles erreurs sur les cartes en question, cela donne des valeurs à prendre avec des pincettes (et parfois loufoques). La solution de Suunto pourrait également être appliquée, ce n’est qu’un simple calcul. Mais il faut se contenter des estimations faites après envoi sur Garmin Connect, ou tout simplement changer de montre (pour une 910XT, une Fenix, etc…). C’est dommage, même un coureur de route peut faire parfois du travail de côte. On peut comprendre l’envie de segmenter la gamme, mais les coureurs ne sont pas toujours des puristes, et la plupart de ces différences sont logiciels, donc le savoir faire existe souvent chez le fabricant.

 

Récupération, VO2Max

Il y a de petites différences intéressantes dans l’approche de ces estimations chez les deux fabricants. Soyons déjà bien clair : il ne s’agit dans tous les cas que d’estimations. Ces deux exemples demanderaient une mesure beaucoup plus lourde que ce que le coureur moyen peut accepter si l’on voulait être précis. Suivre la récupération impliquerait de « monitorer » l’entre deux entraînements, le sommeil, le rythme cardiaque, etc… Usine à gaz bien inutile pour le coureur moyen. La VO2max demande aussi une mesure compliqué, avec un appareillage. Les chiffres données par Suunto et Garmin sont donc indicatifs.

Donc venons en aux différences :

  • Garmin ne cumule pas (au dernier firmware…) les récupérations, chaque entraînement donne un nouveau chiffre, et le décompte commence.
  • Suunto cumule, un nouvel entraînement détermine un nouveau chiffre qui s’ajoute à ce qu’il reste du précédent.
  • Les chiffres diffèrent. Sur la même sortie, avec une récup au départ à 0, Suunto indique 12h de récup, Garmin 30… Le TE (training effect) est pourtant quasiment identique (j’ai bougé une ceinture cardio, ce qui explique sûrement ce petit écart). Qui suivre ? Très bonne question, je n’ai pas fait assez de mesures simultanées avec ceinture cardio pour voir quel chiffre semble le plus raisonnable.
  • Le Training Effect est identique. Celui-ci se basant sur le rythme cardiaque et la durée de l’effort a priori, cela semble logique.
  • La VO2 est calculée de manière différente : Garmin estime la VO2Max du coureur. Donc même si vous faites une sortie peinard, en se basant sur vos sorties précédentes, votre rythme cardiaque, votre vitesse, un calcul est fait pour estimer la VO2Max. C’est une estimation de votre potentiel en gros (un équivalent de calcul de la VMA)
  • Suunto calcule la consommation d’oxygène de la sortie, et pas le max potentiel du coureur. Donc inutile de comparer les deux valeurs, elles n’ont rien à voir.

Oui mais …

Les fonctionnalités de la Suunto paraissent tout à fait appréciables et souvent supérieures à ce que je pouvais faire avec ma Garmin. Reste qu’il y a aussi les sujets qui fâchent :

  • pas de vibreur, c’est dommage pour ceux qui aiment courir en musique et être quand même alerté (je me demande d’ailleurs l’intérêt de la fonction notification sur l’Ambit 3 sans un vibreur…)
  • impossible de paramétrer et programmer la montre sans un PC. En 2014, ça paraît incroyable (la version 3 le permet via smartphone. Enfin… via iPhone pour le moment). Et le téléchargement des sorties prend des plombes (le logiciel open source est plus rapide…).
  • les fractionnés sont beaucoup plus limités que chez Garmin. Pas hyper grave pour un traileur, mais Suunto a aussi décliné sa gamme en modèles plus « route » (les Ambit 2 R).

Bilan

Le changement de marque n’est jamais une chose facile, surtout après plusieurs années à utiliser des modèles de la même marque. Il y a des habitudes à prendre, et d’autres à désapprendre. Chaque marque possède ses points forts et ses faiblesses, le plus important étant de les avoir bien évaluées avant de décider de faire le saut. Pour ma part, je savais avant de changer quelles étaient les limites principales chez Suunto (les fractionnés, les réglages via ordinateur). Donc pas vraiment de bonnes ou mauvaises surprises, quelques petits détails agacent, mais le sentiment de solidité et de fiabilité du produit reste l’impression la plus marquante. Et les points forts pour lesquels on a décidé de changer de crèmerie se sont révélés satisfaisants.

 

Que valent les nouvelles fonctionnalités ?

Plus globalement, en regardant l’offre des nouvelles montres, la Garmin 620 avec ses nouveaux chiffres, son wifi, bluetooth, écran tactile couleur, l’Ambit 3 qui passe aussi au bluetooth, affiche les notifications de votre téléphone et habille vos photos de données de course, la nouvelle Polar également très connectée et qui compte vos pas, on observe une évolution claire du marché.

Qu’ajoute-t-on aux nouveaux modèles ? Peu de fonctionnalités vraiment liées à la course, mais plus des fonctions de comfort et de partage via réseaux sociaux. Garmin décrit sa 620 comme un coach au poignet, mais les modèles précédents avaient les mêmes fonctions de suivi de plan d’entrainement, et les nouveaux chiffres (temps de contact avec le sol, oscillations verticales) sont souvent difficiles à exploiter pour un coureur lambda, pour ne pas dire sans aucun intérêt. Où est la vraie fonction de conseil ? La récupération peut-être ? C’est léger. L’Ambit 3 n’apporte pas non plus de vraies fonctions d’aide à l’entrainement (sauf la ceinture pour les nageurs surtout). Toujours pas de vibreur, ni de programmation facile des entraînements. Juste la récupération, et des plans pré écrits comme chez Garmin. On ajoute la possibilité de faire des jolies vidéos et des photos. Mais au moins pas d’annonce fracassante : Suunto parle de « Connected Family » pour ses nouveaux modèles.

Il faut dire aussi que ces outils sont tout de même déjà très avancés, et proposent déjà quasiment tous les outils pour s’entraîner facilement. Les montres sont légères, les capteurs sont petits et confortables (regardez 5 ans en arrière, un podomètre vous ajoutait 500gr à une chaussure et l’impression d’y attacher une brique). L’accent est mis sur des besoins de connectivité et de confort. Remplacer une vraie activité de conseil est très difficile. Il faudrait mesurer plus que le cardio : une sortie trail de 31km faite en août donne un «training effet» de 3.6 alors qu’on finit très fatigué, avec des articulations en souffrance. Mais la montre a surtout regardé le travail dans les zones cardiaques. Donc les chiffres sont toujours à prendre avec des pincettes. En témoigne une discussion à Running Expo cette année entre un vendeur de chez Garmin et un responsable de club qui souhaitait comprendre comment était calculé la durée de la récup : conclusion, c’est totalement indicatif. Pour que la montre conseille le bon fractionné, à la bonne vitesse, en fonction de la forme du moment, et surtout du coureur, il faudrait prendre en compte beaucoup plus (trop ?) de paramètre. Et l’aspect psychologique de l’affaire reste un élément important pour un coureur. Donc le coaching «humain» a encore de beaux jours devant lui, et il peut se faire à distance via la facilité de partage des séances. Donc la connectivité a aussi du bon.

Mais si l’on veut vraiment pouvoir parler de « coach au poignet », il faudra attendre encore un peu pour que nos «smartwatches» utilisent toutes les technologies disponibles. Après tout, via une connexion internet, nous avons accès à une grosse puissance de calcul et à des données considérables sur les entraînements de milliers de personnes, ce qui pourrait permettre d’analyser quasiment en temps réel les sorties et ajuster. Maintenant a-t-on vraiment envie de se faire coacher par une machine ? Au moins, on ne pourra pas tenter de l’amadouer. Pas de pitié ni d’empathie…

9 commentaires

  1. Merci pour cette analyse comparative. Précise et argumentée comme d’habitude.
    Perso je réfléchissais à « revenir » vers Suunto, pour remplacer ma 610. Les points que tu avances me confortent dans mon choix.
    Puis-je rajouter, même si ce n’est pas le critère principal, que Suunto propose des designs plus attrayants et moins « plastique » que Garmin. Quand on porte sa montre toute la journée, ça joue…

    1. Suunto est plus «massif», moins léger (surtout comparé aux 220 et 620). Mais ca fait plus costaud, moins plastique en effet, j’aime beaucoup le look aussi (surtout en affichage inversé). Rien de très exotique, mais justement, le côté sérieux et fiable me plait bien aussi.

  2. pas mal ce petit comparo 🙂
    L’ambit enregistre aussi le déplacement grace à l’accéleromètre si tu pars sans attendre le fix (ou si comme moi tu commences par 50m de tunnel)

    J’ajoute juste un truc qui pour moi est important et qui fait parti du confort, au même titre que l’acquisition rapide du signal gps : l’écran, sa lisibilité. Suunto est vraiment au top pour ça.
    Et il ne faut pas non plus oublier qu’en face des garmin classiques, la 2S offre pour moi le meilleur rapport qualité prix du moment. (bon il y a la 3 sport aussi…)

    1. Oui j’avais écrit « l’accéléromètre est aussi utilisé en cas de perte de signal », je devrais mettre « en cas d’absence de signal ». L’écran est en effet parfaitement lisible, comme la 610 chez Garmin. Par contre la couleur sur la 620, c’est inutile et on perd en contraste… Dommage.

      Et je suis d’accord pour la 2S/3S, le rapport qualité prix est vraiment très intéressant, sauf si besoin de fractionnés tordus (mais tout le monde n’est pas comme moi 😉

  3. Bonjour à tous : je m appelle Bertrand et je suis un petit suisse de 50 balais je pratique la course à pieds depuis de nombreuses années. Étant possesseur d un forerunner 610 depuis quelques temps déjà j en suis enchanté surtout avec la fonction enregistrement et programmation des séances et intervalles. Pour ma part je ne vois pas l’intérêt d une 620 ou suunto plus évolué si ce n’est la différence de prix.

    1. Je suis à peu près d’accord, si ce n’est :

      -pour quelqu’un avec un petit poignet, la 610 peut être un peu lourde et grosse. La 620 est bien plus légère. Autrement, les apports sont surtout pour le confort et pas forcément super utiles. Et son prix a baissé (en espérant que le GPS ait été amélioré…)

      -pour ceux qui ne font pas de programmation d’intervalles compliqué et pas mal de sorties natures, les Suunto permettent d’avoir le suivi de parcours, c’est un gros plus ! Moi qui me suis perdu trop souvent, je trouve ça important. L’altimètre est également bien meilleur, même en version GPS.

      Mais autrement pour un coureur de route, la 610 est en effet une très bonne montre !

  4. Je rajouterais que la fonction vibreur est incontournable et nécessaire étant donné que l on entend pas toujours l alarme donc pour moi le choix est déterminant pour le choix de la montre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *