Entraînement estival (2/3)

Deuxième épisode des sorties estivales, avec aujourd’hui un focus sur une sortie un peu plus ambitieuse !

La Diagonale du Débutant

Oui, c’est le nom donnée à mon idée de « course solo ». En effet, pas de trail sympa au calendrier sur ma période de vacances. Et après ? Un trail, ça ne nécessite pas de fermeture de routes après tout. Donc pourquoi pas se le faire en solo ?

Les spectateurs ? Des vaches. Elles n’applaudissent pas trop, mais les humains ne me montrent pas d’enthousiasme débordant non plus la plupart du temps 😉 Les vaches me regardent passer au moins.

Les ravitaillements ? Les ruisseaux des montagnes sont là pour ça. Le faire en autonomie quasi complète semble être un challenge intéressant en plus.

Le tracé ? Je peux tout choisir, la difficulté, le dénivelé, c’est parfait pour se faire plaisir !

Participants ? Moi.

Récompense ? Une banane et une barre de céréales. Et un peu de fierté quand même.

Donc l’idée de traverser en diagonale les monts du Cantal semblait sympa : ça permet de faire le Puy Mary et le Plomb du Cantal, les deux sommets les plus connus du coin. Bon, c’est pas vraiment une diagonale, il aurait fallu suivre plus le parcours de la Pastourelle, et je voulais changer un peu. Donc départ au nord, au Sanctuaire de la Font Sainte, on suit une première crête (la seconde sortie d’entraînement), on descend pour rejoindre une partie de la première sortie, Puy de la Tourte, puis le Puy Mary, les crêtes pour passer derrière le Peyre Arse, col de Cabre, Puy Bataillouse, Téton de Vénus (ouais, on est des pervers en Auvergne), le rocher du Bec de l’Aigle, on descend vers le Lioran, on monte au Plomb du Cantal, et on finit au col de Prat de Bouc. Pas de retour, ça devrait déjà être assez difficile comme ça. Et une fois partie, pas de demi tour, pas de raccourci, il faut rejoindre la voiture, tout seul comme un grand.

Les sorties précédentes ont permis de vérifier que les jambes tiennent correctement le coup. On prépare donc ça presque comme une course : matériel choisi avec précaution (sac Salomon, deux bouteilles d’eau, des barres d’énergie en quantité suffisante, une veste imperméable au cas où, alimentation adaptée la veille, tracé uploadé dans l’Ambit 2 flambante neuve).

En terrain connu

Toute la première moitié, jusqu’au Puy Mary, on connaît. On reprend sa seconde sortie d’entraînement, pistes, prés à vaches, ça monte doucement, on peut courir, la météo est idéale, ensoleillée mais pas trop chaude. La montre évite d’avoir à sortir le téléphone pour vérifier qu’on est sur le bon chemin. Sacré gain de temps ! Je suis déjà fan. Allez hop, une petite descente, puis on attaque la première difficulté, rejoindre la crête qui mène au Puy de la Tourte. La piste est toujours aussi abîmé, c’est gras, mouillé, difficile de tenir un rythme constant. Un premier arrêt ravitaillement dans un petit ruisseau pour remplir les gourdes, on profite de la vue splendide sur la vallée. Et on est pas gêné par le monde ! Ça fait toujours plaisir de sentir qu’on a la montagne pour soi ou presque. Les bâtons commencent à bien servir, la pente devient plus raide (on dépasse les 20% parfois, enfin de quoi s’amuser). Hop on arrive sur la crête, petit footing pour rejoindre le pied du Puy de la Tourte, difficile de tenir une allure correcte vu le terrain, mais ça progresse tranquillement. Une bonne montée tout droit pour la première vraie difficulté de la journée, 150m de D+, 19% de moyenne, avec un petit passage sympa à 30%. C’est court, mais on le sent un peu passer ! Surtout qu’en arrivant presque en haut, un chien de berger s’approche en aboyant et grognant de manière un peu appuyé, on contourne donc le troupeau de moutons en tirant tout droit vers le sommet, le poids de l’animal me faisant dire que ce ne sont pas mes bâtons ultra légers qui lui feraient bien mal ! 1678m, une petite pause, et on enchaîne vite sur la descente assez technique vers le Pas de Peyrol.

Face à moi, le Puy Mary, à nouveau. La montée se fait plus vite que sans le fiston sur les épaules, c’est à nouveau assez court (200m de D+), mais à 25% de moyenne, ça demande un peu de sueur. La météo est maintenant couverte, il fait bien frais, mais au moins il ne pleut pas. 1783m, ça c’est fait. On distingue bien le Plomb du Cantal plus au sud. Il paraît encore bien bien  loin. On enchaîne donc vite sur la descente, en rangeant les bâtons. C’est pentu (un bon petit 30% !), c’est caillouteux et pas très stable, c’est pas super agréable (comprendre : je rame). Mais ensuite, on se lance sur un nouveau terrain de jeu bien plus plaisant.

En terre inconnue

Bon, c’est pas non plus de l’exploration. Le GR, qui rejoint le Lioran, on le voit bien depuis le sommet, mais je ne l’avais jamais pris. Ça suit la crête, c’est plus roulant, la vue est splendide, la météo se découvre en plus. La brèche de Rolland donne une petite suée, il faut descendre puis remonter en s’aidant bien des mains (pas hyper rassurant pour moi qui suis un peu sensible au vertige). Mais ensuite, c’est le grand kif, la descente lente vers le Col de Cabre est un vrai plaisir, c’est « courable », la vue est juste magnifique, et il n’y a pas beaucoup de randonneurs. On s’écarte à nouveau du GR pour tirer tout droit, on est pas venu faire de la rando après tout. C’est le Puy Bataillouse, petite montée (presque 150m de D+), mais à nouveau assez sympathique (25% de pente, et on grimpe à presque 40%). Hop hop hop, une bonne suée, et on débouche sur le sommet, pour une petite pause, 1683m, ça c’est fait aussi. On repère la suite des festivités : le téton de Vénus un peu plus loin, puis le Bec de l’Aigle au bout, et le Plomb du Cantal, un peu plus proche, mais qui paraît encore assez loin.

Vu du col de Cabre

Vu du col de Cabre

Petite descente avant de remonter tout droit sur le Téton de Vénus, dont le sommet culmine à … je vous le donne en mille… 1669m (ça ne s’invente pas). Bonne pause en haut (non je ne suis pas un pervers), on grignote, on s’assoit un peu, pas un chat à l’horizon, du soleil, difficile de ne pas vouloir en profiter. Bon ok, en course, j’aurais jamais fait ça. Mais vu l’été pourri qu’on a eu, difficile de bouder son plaisir à ce moment là. Puis on repart pour suivre la petite montée vers le Bec de l’Aigle (1700m), c’est techniquement plus facile, déjà 3h45 de « course », mais on ne voit pas trop le temps passer.

Début de la galère

Arrivé au Bec de l’Aigle, on voit bien la station de ski en contrebas. Bien plus bas. 500m de D-. Et là, après une nouvelle pause (quel feignant !), je fais ma première erreur. Je cherche le sentier, sur la droite des rochers. Rien. Ma montre me dit bien d’aller vers eux, mais je me dis bêtement « merde, y a pas de sentier, faut passer sur la crête », et avec mon vertige, c’est hors de question. Donc je me retrouve con. Faire demi tour et descendre par le GR ? Ça rallonge. Je décide donc comme un couillon de descendre en zig zag, sur le flan de la montagne. Pour rejoindre la forêt et le chemin, plus bas. Et là c’est du grand n’importe quoi. Les herbes sont très hautes, je ne vois pas où je mets les pieds. C’est souvent de la descente sur les fesses. La montre me dit d’aller vers la gauche, mais je ne vois que les rochers, et je ne veux pas me retrouver coincé. Je décide de tirer plus directement. 45% de pente parfois, ça ne rassure pas trop. Je descends. Lentement. Et je me maudis de ne pas avoir validé le chemin. Le téléphone ne capte pas assez pour me montrer une image satellite. J’aimerais comprendre où est le PUTAIN de chemin, pourtant annoncé ici et là sur les parcours de randonneurs. Je finis par capter suffisamment pour voir que le chemin en question semble passer à GAUCHE des rochers. J’aurais mieux faire de suivre la montre bordel. Arrivé sous les rochers, je décide de prendre à gauche pour faire la jonction. Mais quelle merde. Des herbes hautes, des arbres bas, des genets. Je sens bien que je suis en train de m’écorcher les jambes, mais tout ce que je veux, c’est REJOINDRE CE PUTAIN DE CHEMIN. Je peste, je râle, je jure. FUCK. ENCORE perdu, même avec un smartphone, avec une Ambit, en ayant bien préparé l’affaire. Résultat, un bon quart d’heure / vingt minutes perdus à rejoindre le chemin, les jambes amochés, l’eau presque épuisée, et la tête plus à jurer qu’à profiter. De l’énergie perdue pour pas grand chose.

Mais bon. On rejoint le chemin, on descend en trottinant, c’est la fin de la galère (encore que…). De l’eau plein les gourdes (merci le ruisseau), une demi barre d’énergie (toujours garder un petit quelque chose pour un coup de moins bien), c’est parti pour une dernière montée. Pas trop le choix, la voiture est DERRIERE la montagne. Le téléphérique est arrêté, il est déjà tard. Donc à moi le plomb du Cantal. Seul. Tout seul. Autant il reste du monde à s’amuser en bas à la station, autant dès que je prends la piste pour monter, c’est fini. Pas âme qui vive. Le silence, le soleil, la nature, la bonne montée progressive. Jamais vraiment technique, rarement très pentue, même si le choix d’éviter le début du GR se paye ensuite avec un passage bien raide pour rejoindre la piste de ski. Y a pas de mystère, le dénivelé reste le même peu importe le chemin. Et la fatigue commence à se faire sentir. Les jambes vont bien, mais l’énergie n’est plus la même. Il faut dire que ça fait tout de même plus de 5 heures depuis le départ. Et si la montée n’est pas la plus raide ni la plus technique, ça dure un peu. On grimpe seul, avec les bâtons, en gardant le rythme, sans arrêt. La demi barre d’énergie fait beaucoup de bien. Le haut de la montée est moins pentue, ça sent la fin. Et pas âme qui vive au sommet. Le désert. Le plomb, pour moi tout seul. Je finis en marchant, même sur des passages « courrables ». 1h10 de montée quand même. Le dernier effort pour monter sur le banc de pierre au sommet histoire de gueuler un bon coup amène aux bords des crampes. Mais c’est fait, 1855m, la dernière difficulté du jour. YESSSSSSS. Il est presque 20h, il fait beau mais froid, sous le vent. Les sommets parcourus les heures précédentes apparaissent en ombres chinoises devant le soleil déjà assez bas. Tout ça est à moi, l’espace d’un instant. Pas de touristes à la con montés en téléphérique à côté de moi, sandwich à la main. Non, juste un couillon en short qui a l’impression d’avoir vaincu le Mont Blanc.

Et on bascule dans la descente, le parking est à 3km, on le voit d’en haut. Facile.

Sauf que.

Sauf que le GR qui tire droit vers le col est une grosse merde. Un sentier pourri, à peine visible, et sûrement très peu parcouru. Cabossé, pas roulant du tout. Impossible de courir. Les genoux commencent à prendre cher. Les appuis sont difficiles. La balade de retour se transforme en un dernier effort pas du tout prévu. Je regrette de ne pas avoir pris le chemin plus long, la piste de ski. Ah, elle doit être plate, roulante, agréable. Au lieu de ça, la galère, essayer de suivre un chemin quasi inexistant à flanc de montagne.

Un coup d’oeil à l’Ambit donne 1954m de D+ cumulé. Et là, dans un excès de gentil ras le bol de ces galères de descente (décidément…), je fais demi tour. De la merde, 1954. C’est moche 1954. C’est comme courir 9.88km, ou 59’50. C’est con. C’est nul. Je remonte. Sur ce chemin de m…… Finalement plus facile à monter qu’à descendre. Et lorsque « 2000m » s’affiche sur la montre, je refais demi tour. Pour reprendre le même passage de merde. Mais avec la fierté de mes 2000m de D+, MERDE. Voilà.

Arrivée au parking. En trottinant, parce que quand même, c’est pas une rando. Plus d’eau, plus de bouffe, plus d’énergie, plus de jambes. Mais 6h32, 30.76km, 2000m D+. Rincé. Et bonne surprise, j’ai oublié ma bouteille d’eau à la maison… Ni une ni deux, je vais voir le gentil vacancier dans son camping car qui avait souri à ma moue de soulagement en finissant ma diagonale. Il m’offre gentiment une demi bouteille, et on discute tranquillement de la montagne et de mon petit parcours. Il me demande « vous préparez quelque chose ? ». Oulà non, c’est déjà bien plus qu’un entraînement pour moi !

Bilan

Ben bilan, quand on se fait son parcours tout seul, on en tire tous les bénéfices et les inconvénients. Les erreurs se payent comptant. Pas de balisage, donc il faut être un minimum sûr de son itinéraire. Avec l’Ambit et le smartphone, ça a été presque parfait. Mais l’absence de reconnaissance rend certains passages difficiles. La plupart du parcours a été « validé » auparavant, mais hélas les quelques zones d »ombre » ont été beaucoup beaucoup moins plaisantes. Et quand on se retrouve à galérer, il n’y a personne pour vous aider. Tout seul dans la merde, et coupable de s’y être mis.

Mais d’un autre côté, on programme comme on veut, on profite pleinement des bons choix. Et le sentiment de liberté, voir même le plaisir un peu égoïste d’avoir les paysages presque pour soi (carrément même sur la dernière montée…) est difficile à remplacer. C’est pas sur une course à 1000 coureurs qu’on aura les mêmes petits bonheurs. Et si les articulations ont un peu souffert, la récupération se fait plutôt vite, les muscles ne sont pas si attaqués (plus le dos que les jambes d’ailleurs). Le choix du matériel et la gestion de la sortie sont également satisfaisants. Pas d’erreur sur le matériel emporté, tout a bien servi, les chaussures, les bâtons, le sac, les vêtements, les ravitaillements. On s’habitue doucement aux exigences du trail, en sortant des schémas plus carrés de la course bitume, finis les « je prends un truc à manger tous les … » ou « il me faut tant d’eau par heure ». Tout se fait au feeling en fonction du terrain, des conditions.

Alors bien sûr, c’est pas rapide comme sortie. J’avais qu’à mieux prévoir le terrain cela dit. Mais la vitesse importe moins que la satisfaction d’avoir fait son petit bonhomme de chemin sur les montagnes, et d’en avoir quand même sacrément bien profité (il a fait un temps bien maussade avant et après, je suis donc assez bon en météo !).

En bref

Profil Font Saint Prat de Bouc

7 commentaires

  1. beau défi. bravo !

    finir à 20h c’était presque chaud non ?

    Mais c’est clair que tracer uniquement sur google c’est très risqué. Un fond de carte ign c’est déjà mieux mais ça ne donnera pas l’état du terrain.
    Et puis n’oublie pas que quand tu as besoin de savoir où tu es, c’est forcément dans une zone blanche, sans réseau mobile 😉
    Vive le papier !

    1. Oui 20h c’était limite. Mais j’aimais bien la pression du chrono justement. Et vu la météo, j’avais une fenêtre un peu réduite, le matin il flottait!

      J’ai utilisé Google maps et IGN. Mais même comme ca, je me suis planté. Et j’ai habitude de me perdre, j’ai les cartes en cache! Sauf que là je voulais l’image satellite pour voir les rochers. Ha j’ai encore à apprendre! 🙂

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