Pilule bleue ou pilule rouge ? Trail ou bitume ? Suunto ou Garmin ?

Oui, Morpheus propose les deux choix. Soit rester dans le joyeux monde du bitume, les allures tenues à la seconde, les tours de piste, les plans millimétrés, soit s’évader sur les chemins, dans les forêts, crapahuter dans la montagne avec ses bâtons, répondre à l’appel de la nature. Bref. Bitume ou trail ? Garmin ou Suunto ? Pilule bleue ou pilule rouge ?

Depuis le début de l’année, il y a comme une envie de plus de liberté. Après avoir enchaîné pas mal de courses en 2013, le plus souvent avec beaucoup de plaisir, voilà qu’est apparu une envie de tester un peu autre chose. Faire du trail, découvrir, se remettre un peu en question. Et alors qu’on prévoyait de reprendre les méthodes habituelles (à savoir des plans bien millimétrés) pour préparer ses trails, le destin est venu frapper à la porte, l’air de dire « je suis désolé, mais votre double plan de préparation, on a perdu le colis, on peut pas vous le livrer à temps ». Et tout le beau planning de début d’année est à jeter à cause d’une blessure, pas de trail de préparation, on se préparait limite à tout annuler. Et puis finalement, en le préparant au nez, façon « je fais mon plan grosso modo au volume », tout s’est pas si mal passé, et on a même enchaîné un peu par la suite.

Bilan de ce premier semestre assez inhabituel ? Le changement a permis de prendre un peu de recul sur pas mal de choses. Déjà, il faut bien faire la distinction : on peut faire du trail avec des prépas millimétrées, et inversement se préparer à une course route complètement au nez. Ce sont deux idées complètement indépendantes. Même si je pense que statistiquement, le « bitumeur » est plus fan de plans que le traileur, question de philosophie de la discipline. Mais prenons les choses indépendamment :

Route ou chemin ?

L’aspect le plus frappant du trail est pour le moment la capacité à encaisser plus facilement un gros effort, au niveau des articulations et des muscles. Le trail est moins traumatique, et comme on traîne un petit passif à ce niveau, c’est un plus assez conséquent. Après, il est tout à faire possible que les douleurs chroniques aux tendons d’Achille ne soient pas liées qu’à la dureté du support. Regarder un peu plus son alimentation / sa foulée / sa récup serait intelligent. Mais quand même, il y a là un gros point différenciant entre les deux approches de la course.

L’aspect plus ludique est également très appréciable. La variété des sols, des appuis, des sollicitations musculaires, la gestion du matériel, des ravitos souvent moins nombreux, tout cela apporte un peu de fantaisie qu’on ne retrouve que difficilement dans le cadre très millimétré de la course sur route. Sans que pour autant l’un soit mieux que l’autre. Il est simplement agréable de pouvoir toucher à une plus grande variété de sorties / courses / sensations.

Bien sûr, faire plus de sorties natures, voire en montagne, demande du matériel adapté. Il y a au minimum l’investissement dans une paire de vraies traileuses, et au moins dans une ceinture porte bidon ou un sac. Mais autrement le reste est facultatif, même si parfois tout à faire agréable et utile (je pense notamment aux bâtons).

Quant à ceux qui disent « attention, si tu fais du trail, tu vas te « dieseliser », tu serras plus lent »… Il est évident que lorsqu’on regarde les moyennes, ça fait bizarre. Dernière sortie aux 25 bosses à Fontainebleau, allure moyenne, 11:22min/km. Vu comme ça, évidemment… Mais attendons de voir si les performances sur route seront si lentes que ça. On peut évidemment perdre en vitesse en faisant du trail. Tout comme on peut perdre sur route en s’entraînant plus cool. Quand je regarde ce que fait un pur traileur comme Frédéric sur le Marseille Cassis, je me dis que c’est correct comme temps pour un traileur… Il bat bon nombre de purs bitumeurs je suis sûr ! Le principal reste de s’envoyer un peu, ensuite peu importe si le terrain est plat, vallonné ou carrément montagneux.

Plan ou pas plan ?

Avoir un planning de course, des objectifs, des plans d’entraînement, c’est une « arme » à double tranchant. Cela permet de se motiver, de s’astreindre à une rigueur parfois tout à faire nécessaire. Mais il faut faire attention de ne pas tomber dans l’excès inverse. Si les courses deviennent une pression, si les objectifs de temps finissent par retirer du plaisir quand on se dit « régresser », il y a un problème. L’exemple de la Pastourelle, initialement prévue avec grosso modo 12 à 16 semaines de préparation, avec la bonne petite course intermédiaire pour faire le point, est un bon exemple. Une fois le plan initial chamboulé (pour rester poli…) par une nouvelle blessure au dos (oui, au cul, soyons précis), ça commençait à faire aussi mal à la tête qu’au derrière. Alors, oui, la course motivait et plaisait bien, mais elle est organisée tous les ans, ça peut se faire l’année suivante, et il y a d’autres courses. Et le fait de voir la durée de préparation réduite en deça du plan initialement prévu ne veut pas dire qu’on ne peut quand même pas préparer la course. Moins bien, sûrement, mais qui va venir me dire « t’as fait un temps moyen, si t’avais fait une prépa plus longue peut-être que… ». Personne. Tout le monde s’en tamponne, ce n’est qu’une pression qu’on se met à soi même.

Donc finalement, le fait d’avoir dit « fuck the plan, je la fais quand même » a bien démontré que ben ouais, ça se fait ! Ca passe, c’est pas idéal, mais le plaisir était à l’arrivée. Et depuis, l’entraînement au nez n’a pas donné des résultats si pourris, si ? Et le fait de plutôt regarder des petites courses de village, avec inscriptions le matin même, ça évite de se dire « il faut s’inscrire, y aura plus de dossards » ou encore « j’ai payé, faut que j’y aille ».

Bref, après avoir apprécié la rigueur des plans et des calendriers très précis, se faire une bonne période de « je cours comme je veux, où je veux, quand je veux » fait du bien. Alors ouais, j’ai du perdre un peu en vitesse. Et ? Qui ira voir mes entraînements ou course pour me dire « oulà, t’as bien perdu 5 secondes au km non ? ». Qui ? Manue peut-être, la dernière coureuse à résister aux charmes du trail et qui enchaîne (avec succès huhuhuuhuh) les plans les uns derrière les autres ? Mais c’est parce qu’elle aime bien me chambrer (et moi aussi, te vexe pas Manue !). Autrement en courant avec Jérém, Nicolas, Jaife, on se dit « bonne course » à l’arrivée quand on a bien transpiré, on se tape une bière, on est contents. Le reste…

Garmin ou Suunto ? Allures ou zones ?

Bon, allez, un passage geek, vous aimez ça. Si si. Je cours Garmin depuis que je suis un vrai coureur de bas niveau. 405 pour commencer, 610, 620, j’ai des goûts de luxe. Et si j’ai toujours adoré mon coach numérique, je dois avouer que mon dernier caprice (la 620) est particulièrement onéreux pour les apports. Sans parler de la plateforme en ligne, qui si elle a certes évolué, a surtout apporté des « améliorations » vues ailleurs. Oui c’est cool, les badges, on se croirait chez Nike. Les segments, c’est Strava. Autrement, c’est surtout un gigantesque coup de peinture sur un vieux bâtiment. Et c’est plus lent. Et lors d’une sortie, la 620 m’a fait un beau blocage, sortie à moitié enregistrée, avec des passages en Russie… Bref. Pas hyper content.

Donc il y avait de plus en plus la tentation de regarder la concurrence, et principalement le finlandais Suunto. Parce que leur site est plus sobre, plus sympa, plus rapide. Et surtout la philosophie plus trail de leurs montres semble mieux cadrer. Oh, tout n’est pas parfait, loin de là. Les montres sont chères. Les fractionnés compliqués à programmer. Pas d’appli mobile sympa. Mais on peut avoir un outil complet, gérant mieux le suivi de parcours (utile pour une brêle comme moi qui se perd souvent !), avec altimètre pour s’exciter sur un nouveau chiffre plus parlant que le temps de contact avec le sol. Et avec une statistique qui me parle beaucoup plus : celle des plages cardiaques.

Car passer d’un entraînement bitume où les allures veulent souvent tout dire à un entraînement vallonnée où elles ne veulent plus rien dire force à se trouver un meilleur indicateur pour répondre à la question « tu vivotes ou tu t’entraînes bien ? ». Les sensations peuvent toujours le dire, soyons clair, mais le bon geek aime avoir ses petites stats. Et le rythme cardiaque reste finalement le SEUL indicateur fiable d’effort. Il ne ment jamais, peu importe le dénivelé, les conditions météos, la fatigue, il en dit beaucoup plus que toutes les allures du monde, même passées à la moulinette de formules quelconques.

D’où l’idée d’un entraînement plus libre, plus simple. Bosser l’endurance bien sûr, et bosser vers le seuil. Pas seulement l’allure seuil, même si sur le plat, ça sera le cas. Mais l’allure seuil veut aussi dire seuil cardiaque anaérobie, on peut donc définir une plage cardiaque de travail, et il devient alors assez facile de travailler dedans, peu importe le dénivelé et les conditions. Et je ne parle pas d’un travail de fractionné très précis, il est difficile d’aller se placer dans une plage cardiaque je trouve, contrairement aux allures. Je parle plutôt de regarder son volume global, et de s’assurer que la proportion de travail dans la zone de seuil est suffisante. Ensuite, on bosse comme on le sent, on s’y envoie quand on a envie, sur des durées à définir en fonction des courses à préparer. Le site de Suunto est ensuite très pratique pour voir les volumes effectués dans chaque zone cardiaque. Comment faire la même chose sur le site de Garmin ? Impossible. Garmin ne propose plus son « Training Center », il n’y a plus que la plateforme en ligne.  On peut toujours envisager d’exporter vers Strava en abonnement premium, mais bonjour la simplicité.

Bilan

Ben bilan, les changements sont déjà mis en pratique. Beaucoup moins de bitume, beaucoup plus de chemins et de forêt. Plus de VTT aussi, pour économiser les articulations, on varie un peu les efforts. Il y a aussi un travail sur la récup et la nourriture (on en reparlera plus tard). Les sorties se font à un peu toutes les allures, ça manque encore un peu de vitesse, mais l’arrivée du futur joujou devrait permettre de s’amuser avec ses zones cardiaques (bonjour Ambit ! Oh tu es belle, oh tu sais en faire des choses !). Je regarde plus le volume d’entraînement total en heures par semaine ou même plutôt par mois (oui avant c’était la semaine, je culpabilisais limite de pas faire 3 entraînements…). Bref. Je me trailise. Je me gère plus au feeling. On verra bien les résultats.

24 commentaires » Ecrire un commentaire

  1. Fuck les plans ! Bon, de toute façon, je ne me pose pas la question de mon niveau ou de ma progression alors faire au feeling et « comme c’est plus commode » me va très bien pour l’instant. Je précise un truc, le trail pour un débutant comme moi c’est mortel au niveau musculaire, articulaire et mental. Je gère mal les moments de course, de marche, les allures, je m’énerve, je me pète la gueule, j’ai envie d’abandonner, etc. Et les lendemains sont beaucoup plus laborieux que sur route. Je suppose qu’avec un peu plus de pratique ça s’estompe. Mon dernier trail de 37km est passé beaucoup plus difficilement qu’un marathon contrairement à ce que j’entends. On verra la prochaine épreuve en septembre si on tient le coup. Sinon pour parler montre je trouve que la 620 est au moins 150euros plus chère que ce qu’elle vaut. L’ambit2R et deux trois app me suffisent sans me ruiner. Bons entraînements capitaine.

    • 37 bornes pour attaquer, joli ! Mais t’as bien le profil du coureur « libre » toi. Ca te conviendra bien je pense, au niveau état d’esprit aussi. Et avec l’entrainement, tu vas encaisser mieux !

      Tu as raison sur la 620. L’Ambit 2R a le suivi de parcours ? C’est ce qui m’a décidé à prendre l’Ambit, je regrette vraiment vraiment pas (article à suivre)

        • Style GPS de voiture, tu prépares un parcours, et la montre te guide. Y avait ça sur les Garmin même milieu de gamme avant… Maintenant il faut prendre une montre de triathlète ou typée trail, je trouve ça vraiment naze… Surtout que ça m’aide vachement sur mes parcours faits maison !

          • Yep tu peux rentrer des itinéraires donc je suppose que c’est ça. Tu peux les créer et en récupérerr. J’ai pas eu le temps d’expérimenter, je l’ai seulement depuis un mois.

          • J’ai regardé le comparatif, c’est très complet comme montre pour ce prix ! Sûrement un meilleur rapport qualité / prix que l’offre Garmin qui est un peu trop segmenté à mon avis. Pour un coureur polyvalent, c’est un choix intéressant je trouve.

    • Ah ouais, clair ! Je m’éclate bien, surtout quand je me perds et que je râle 😉 Et toi, putain les montées dans les Alpes, ça calme ! Bon, tu as l’air d’avoir des pistes sympas à courir, moi je suis proche de la gamelle à chaque pas ! 🙂 Je suis presque jaloux !

  2. Belle synthèse !
    Mais, pour la Pastourelle, je trouve que c’est quand même un peu bête : si t’avais fait une prépa plus longue peut-être que…
    :-p

  3. Rétrolien : A la Panoramique du Mont des Cats, tu feras profil bas « Daddy The Beat, blog de Running

  4. Ca y est ! Tu vas pouvoir faire les 25 bosses sans te perdre 😀
    Non mais Fred, il est rapide même sur un trail, ça compte pas 😉

    Tu vas bientôt passé au stade supérieur : fuck les courses, je pars faire mon marathon moi-même dans la cambrousse!
    D’ailleurs vu que je n’ai plus d’objectif sur la fin de l’année, à part des « petites » courses de village, je suis en train de regarder pour faire le TMF (tour du massif de Fontainebleau : 65km un truc genre 800m de D+) ou le GR32 (50km 700m de D+) à la cool, si ça te tente !

  5. Je ne suis pas insensible à ce nouvel article. Ça sent le plaisir à plein nez.
    Mais attention quand même à ne pas se méprendre. On peut aussi faire du trail en suivant des plans, en se mettant des grosses cartouches à l’entraînement et même faire de la piste si on aime ça.
    Le trail, ça reste de la course à pied 😉

    Ps:http://www.movescount.com/fr/apps/app10014139-2x_(80_FCR__85_FCR)

    Ps bis. http://runningsolidaire.net/post/92999039921/les-fonctions-de-navigation-avec-suunto-ambit

    • Je ne mélange pas les disciplines et les méthodes d’entraînement. Même si je pense que naturellement les bitumeurs feront plus de plans que les traileurs. Mais comme tu dis, ça peut se « mélanger » sans souci. Tout est une question d’objectifs et de volonté.

      Je connaissais déjà ton appli, je l’avais vue avant d’acheter la montre 😉
      Et j’avais également vérifié la navi sur l’Ambit, c’était quand même mon critère n°1 d’achat ! Ca fonctionne très bien en effet ! 🙂

  6. Je pense aussi que varier les allures, les terrains et l’intensité de ses entraînements permet de progresser. Tout dépend ce qu’on recherche. La polyvalence me plait bien perso. Être à l’aise un peu sur tout : route, bitume, court, long et très long. Après on adapte l’entraînement du moment suivant ce qu’on prépare.
    Comme on en a déjà discuté, route ou trail, y’a pas mieux ou moins bien, y’a juste différent. La rigueur et la régularité de la route face à la variété et la gestion du trail.

    Bonne rentrée en forêt et merci pour la citation dans ton article.

    • Pour moi c’est aussi le meilleur carburant pour la motivation. Je n’imagine même pas une seconde enchaîner les prépa et courses 10 / semi / 42…

      Et puis si ça peut te rassurer (oui, tu as l’air inquiet suite à ton choix!) beaucoup de « champions » font des séances de vitesse, plus où moins calibrées précisément, des 10 bornes sur bitume et même de la piste !

      une séance de vitesse, une de côtes, des footings, une longue, les descentes, du seuil…

      T’as pas fini de te faire des nœuds au cerveau pour construire tes plans 🙂

      • Je suis pas trop « inquiet », au contraire. Je crois que c’est Manue qui m’a dit « ah, tu fais du trail, tu abandonnes ton objectif de 3h au marathon ? ». Je vois pas trop les choses comme ça. Comme tu dis, je peux faire du trail, et continuer la piste, les plans, etc… A mon niveau, tant que je répartis les efforts (pas mal d’endurance + du travail plus dur et varié), je progresserai. D’où l’idée des plages cardiaques, je trouve ça simple et libre. Je pense donc faire des « plans » plutôt libres, et juste vérifier que je bosse dans les zones dans des proportions « logiques ». Et si je me sens de faire un plan bien plus précis, j’y retournerai, c’est facile. Je n’ai pas d’objectifs de temps comme ont certains (style : passer sous les XXmins cette année sur cette distance). Donc pas de prise de tête !

    • Oui je suis d’accord, la variation, même sans avoir des plans ultras précis, si c’est fait intelligemment comme toujours (càd pas faire 90% de résistance dure…), ça permet de progresser, surtout pour un débutant comme moi. Même sur route, je peux progresser sans rentrer dans des plans très précis à mon avis. Le principal étant toujours le bien être général, peu importe par quoi il passe (des temps, des distances, des sorties solo ou pas, des plans ou pas, etc…).

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