En caleçon

Vous n’êtes pas sans vous rappeler le premier épisode de l’idylle torride entre votre coureur favori et la fameuse ligne rouge. Depuis nous avons théorisé gaiement. Mais où en suis-je de ma relation tumultueuse et limite SM avec cette belle créature intimidante, dans les faits ? Vais-je un jour écrire un livre avec ces articles à rallonge ? Ou bien arrêter de disserter pour aller me mettre vraiment minable sur une course ? Ben oui, ça tombe bien. C’est Dimanche.

Les précédents flirts

Depuis ce premier épisode, 3 vraies grosses courses « à plat ». Le 20km de Paris, le semi de Rambouillet, et le marathon de Sénart. Trois grosses améliorations de ses meilleurs temps, trois negative splits, trois grosses souffrances sur la fin de course. Donc si sécurité il y a eu, elle s’est réduite, c’est une évidence. Maintenant, la vraie question est : tu lui as juste fait un peu la bise ? T’as flirté avec elle un peu sur la fin ? Ou bien tu l’as vraiment embrassée tout du long ?

J’aimerais bien avoir la réponse. Avec mon expérience énorme, il paraît présomptueux de répondre. La franchir, c’est arrivé une fois  (bon allez, deux avec la montée de Berzet. Comment ça je suis nul en côte ?). Mais de manière bien trop brutale pour que cela donne une idée précise de la position exacte de cette ligne. Avoir été sur la ligne à la fin de ces trois courses, c’est une quasi certitude. Oui, quand on se sent aussi mal, qu’on a froid, qu’on grimace, qu’on sert les dents, qu’on pousse comme un mort de faim sur les derniers kms, je pense qu’on peut dire que je lui ai fait un bisou bien mouillée.

Mais les negative splits, s’ils font évidemment très plaisir, sont presque trop importants (en durée) pour être pleinement satisfaisants. Un « gros » negative split, ça veut dire que la première moitié a été un peu trop en mode « gestion ». Personne m’a engueulé dessus, mais y a un peu à gratter non ? Bien sûr, impossible de tenir le rythme de fin de course tout du long. Je reste persuadé que la stratégie de démarrer un poil plus lentement pour accélérer progressivement et finir dans le dur est la meilleure, tout du moins pour moi. Mais la montée en charge doit être un peu plus rapide. Elle ne donnera jamais les sensations de fin de course, mais on peut commencer par flirter gentiment avec la ligne, pour aller l’embrasser franchement (oui, avec la langue) ensuite, jusqu’à la brusquer franchement sur la fin.

Concentre toi sur ta galoche !

Le tout impose une chose: la nécessité de rester concentré tout du long. Cela me semble essentiel, embrasser sa limite est une somme de détails. Se laisser aller un peu, se redresser légèrement, se dire «je peux me relâcher un peu sur ce km», et c’est la différence entre se rapprocher de la ligne rouge et une course «bien gérée».

Se rapprocher de la ligne impose de rester «compact», mentalement et physiquement. C’est une démarche très mentale. Il faut s’astreindre à ne pas changer de foulée ou de position, rester fluide, délié, détendu, même dans la souffrance (sauf bien sûr sur le dernier km où on peut s’autoriser à pousser bien fort, la bave aux lèvres, les yeux exorbités).  Rester dans sa course est primordial, sans se laisser distraire par d’autres coureurs ou détails extérieurs. Garder le lien entre la concentration et sa posture/foulée. Ça peut être usant sur la durée, évidemment. Mais chaque détail sur lequel on donne du mou donne quelques secondes perdues. Et surtout, c’est un cercle vicieux. Des secondes perdues, c’est un intermédiaire moins bon. Et la Garmin n’est pas psychologue pour un sou. Elle ne vous cachera pas la vérité. Et là on peut commencer à gamberger. Il faut que je rattrape. J’y arriverai pas. Sortir un peu de sa course est parfois difficile à rattraper, plus que ces quelques secondes. Donc. La bulle.

Bon ok, mais pratiquement ?

Ouais, on a compris mais pratiquement, on va faire quoi pour voir si on peut taquiner la luette de la prochaine course (vous remarquerez toute la poésie des images utilisées) ?

Le Paris Versailles, c ‘était une course atypique. Il est difficile d’aller chercher la course « parfaite » sur un parcours comme ça. Non, la cible idéal, la victime sexy qui se présente à nous, c’est le 20K de Paris. Une course que je connais très bien, une course assez plate, une course qu’on kiffe. Une course où on a fait péter une belle perf l’année dernière, la vraie première, avec à nouveau un negative split sympathique (plus de 2 minutes). Où on découvrait de nouvelles dispositions (bien aidées par un régime assez efficace), avec des prévisions très (trop) prudentes (1h37/38) pour finir en 1h32:50.

Donc en 2013, il est temps de voir si on se connaît mieux. Finies les estimations foireuses, on devrait savoir plus précisément quoi viser. 1h30 maximum, probablement un peu moins. Je tiens à 4’29 sur le semi de Rambouillet, en pleine bourre d’une prépa marathon. Pas sûr de pouvoir faire mieux au niveau vitesse. Mais au moins, essayons de se rapprocher de sa ligne rouge du moment. Plus de négative split de 2min25. On va attaquer plus vite, et essayer se rapprocher plus vite de la ligne rouge. Quitte à ne pas tenir. Mais il va falloir prendre plus de risques, pour voir si on peut vraiment se faire mal sur une plus grande distance. Le PV et le semi de Rambouillet ont montré qu’il est possible de pousser sur 2Km à la fin, et pas juste sur 400m comme un frimeur auparavant.

La tactique

Du simple, du limpide,  deux grands axes

-Le premier, la détente. Courir relâcher. Pas d’agressivité au départ, ce n’est pas le Paris Versailles, pas de garce au 6ème. Partir motivé, décidé, mais pas énervé. Il sera toujours temps de se battre en fin de course. Donc de la musique beaucoup plus tranquille pour commencer. De l' »atmosphérique ». Trouver sa foulée, et la garder, en fréquence, le plus fluide possible.

-Ensuite, pour aller chercher plus loin que d’habitude, il suffit de ne pas se fier aux sensations. Donc la tactique sera : « vitesse prévue – quelques secondes ». Donc se mettre à vitesse « semi », aux sensations, afin de ne pas s’enfermer dans un plan trop rigide et ajouter une lichette. Oh, pas 15s de moins au km, on sait très bien que ça serait l’explosion. 3 secondes peut-être. Pousser un peu plus sur chaque appui, mais un soupçon. Jouer sur la nuance, avec le cardio pour surveiller l’affaire. Ça peut évoluer bien sûr, il ne s’agit pas de viser une vitesse, j’aime bien accélérer doucement. Mais viser une sensation, et vérifier si on peut la dépasser légèrement. En sachant très bien que l’esprit va sûrement dire « ça passera pas ».

Et bien on va voir qui a raison.

Au niveau chiffres

-les difficultés sont surtout la première moitié. La montée du Trocadéro, mais au départ, cardio bas, donc on peut un peu pousser, surtout si on est bien échauffé (ouaiiiis dossard préférentiel). Puis le faux plat du 6ème et 7ème, ça coûtera quelques secondes. 44’30 » à 45′ à mi-parcours, idéalement.

-seconde moitié plus à la pioche bien sûr, en gérant à allure constante si possible, puis la misère totale sur les deux derniers kms. 43’30 » (dans le meilleur des cas hein, c’est à 45′ de mon record sur 10km…) à 44’30 ».

Total : 1h28 à 1h29:30.

Ouais, c’est précis comme fourchette. Va falloir faire gaffe que ça se transforme pas en râteau.

Plus poétiquement

Je vais aller tout chercher. Tout ce qui traîne. Je veux faire les fonds de tiroir. Tout mettre sur la table, toutes les émotions qui peuvent servir. Parce qu’à mon avis, doit y avoir des trucs qui traînent à la cave, « stuff in the basement » comme dit l’autre (j’offre mon t-shirt à celui qui connaît la référence sans Googliser). Faudra tout amener sur le pont d’Iéna (enfin, à gauche, chui en pref 2 ouaiiiiis), et ensuite se servir de tout. Aller vers l’abandon total. La fièvre, la rage, la douleur, le plaisir, tout. Finir en slip. Enfin…  En caleçon.

20 commentaires

  1. J’admire cette capacité à se rentrer dedans. J’en suis encore bien incapable. Le moindre truc qui va de travers et je n’y suis plus. Lors de ma dernière course, voyant que j’arrivais pas à tenir l’allure, j’étais démoralisée et bim, plus dedans. Juste j’en chiais mais pas la rage quoi. J’ai subi.
    Après, ça fait un peu flipper cette quête de la limite mais je crois que je pressens un peu ce que tu cherches là-dedans. Et si tu lui roule une pelle à la ligne rouge, tu fais quoi après ? Tu l’épouses ou tu la jettes ?

    1. Attention. Si ça part de travers du début, faut pas rêver, la rage, tu la perds vite. Sur le PV, j’étais quand même content, 6 bornes pas super bien en bas, chrono un peu en retard, la pioche pour relancer, mais je finis avec 2 bornes à 4’15 », là j’étais un peu fier. Mais si c’était parti VRAIMENT en vrille, tu oublies de suite. Se rentrer dedans, c’est jouable quand tu tiens le chrono, que tu vois que tu vas taper un temps, et que tu veux aller chercher chaque seconde.

      Ne rêvons pas, si ça déconne un peu du départ, la rage elle sera pas forcément là, je fléchirai sûrement comme tout le monde. D’où ma super rigueur à tenir mes plans de course : plus facile au début pour laisser monter la température. Bref, enclencher le cercle vertueux. Du jour où je fais l’inverse, on verra bien, mais le beau mental en chiera comme tout le monde !

      Et la limite, ben quand je la connaîtrai, peut-être que j’aurai atteint un objectif, et que j’irai ensuite explorer autre chose. Je le sens bien, je peux faire ça quelques fois dans l’année, mais pas plus ! Sur le PV, je me déchire parce que la course m’a punie et je suis rancunier. Sur le 20K, c’est une course particulière que j’ai toujours aimée, y a une charge émotionnelle particulière pour un tas de raisons. Mais refaire un semi un mois plus tard et donner ça à nouveau ? Non, j’aurai pas le coeur, pas l’envie. Il faut des raisons personnelles et intimes pour chercher ça, et elles ne sont pas toujours là. Mais de temps en temps, ça fait juste kiffer. Je reviendrai la voir. Peut-être pas toujours pour lui rouler un énorme patin, peut-être que j’aurai du mal. Au moins la bise ?

  2. Oui, et puis, au-delà du fait qu’il y a un moment où il faut, où tu peux, où tu dois, lui claquer la bise parce que les conditions sont réunies et que tu es dans le flux, c’est une quête sans fin puisque ta ligne rouge (en admettant que tu puisses la mesurer), elle va se déplacer jusqu’à la fin des temps. Plus loin? Si t’en as encore en terme de potentiel. Aussi rouge mais dans ta zone de confort d’avant? Quand tu seras vieux. Sur du dénivelé ou du plat, de retour d’une blessure, le lendemain d’une rupture…L’horizon se déplace. Bref c’est un fantôme versatile, la ligne, on l’atteint jamais (sauf à partir dans un délire ordalique et essayer de mourir en courant jusqu’à la rupture; ) et c’est ça qu’on aime, qu’elle ne soit jamais attrapée, la coquine, sinon, que nous resterait-il à désirer?

    1. Oui. Elle bouge, et on cherche juste à l’approcher au plus près. Mais je ne suis pas sûr de vouloir toujours l’approcher de si près. Ca fait mal quand même. Et surtout, il faut mobiliser des choses en moi qui ne pourront pas toujours être là. Mais rien que le fait de l’avoir un peu bisouillé, ça permet de mieux prendre conscience de ses propres possibilités. pas juste en course à pied. Ca dépasse de loin le cadre du sport. C’est mental de l’approcher, donc cela sert partout. Même si je devrais sûrement m’en éloigner un jour, ça reste une expérience qui apporte bcp.

      Mais sinon toi, tu l’appelles la coquine aussi ? Déjà que le 20K de Paris est polygame, tu as des envies bisexuelles maintenant ? Après mes explications sur le côté SM de la course à pied, on devrait peut-être ouvrir un blog olé olé sur la course à pied, je suis sûr qu’on aurait des visites !

      1. aha, ça c’est du concept – et c’est bien tenté mais tu ne sauras rien sur ma vie sexuelle: )
        Bon, sinon, hier j’ai fait ma sortie longue et en fin de compte j’ai fait un 20km (52’50 puis 59’30) mais j’ai pas trop pioché et j’ai ralenti exprès sur la 2e moitié. Enfin j’ai suivi mes sensations quoi. Ce matin ça va, je pense que ça ira, si je fais cool d’ici dimanche. (toi pas gronder): )

      2. Même en ralentissant sur ton second 10km, si Dimanche tu veux VRAIMENT aller galocher la coquine, ça te limitera. Mais t’es pas encore à la recherche des derniers % non ? Si je me rappelle ton histoire et ton retour de blessure.

        1. Oui, voilà. Le dimanche du semi des Chasseurs où j’ai fait 1h51, j’avais fait une sortie longue de 20km pareil le vendredi et c’est passé avec de bonnes sensations. Il faut dire que je ne conçois pas une semaine sans faire une sortie de 20km, c’est ce que je préfère en fait, donc mon corps doit être habitué. Et puis je suppose que j’ai un peu de marge, parce que j’ai rarement fini minable. (j’aime pas souffrir violemment, je préfère souffrir un peu et longtemps^^).
          Les 20km de l’an dernier c’était ma première course officielle, celle qui m’a donné envie de courir « vraiment ». J’avais fait 1h57, c’était la première fois que je courais autant de kilomètres. Donc là je vise 1h50 parce que le 1h46 qui est mon record, c’était sur du très roulant et moi pas aimer les côtes. Bref, l’un dans l’autre, je pense que 1h50 c’est raisonnablement envisageable, sauf aléa style blessure.

      3. De toute façon, jamais je n’irai pourrir quelqu’un qui n’a pas envie de se mettre complètement minable. Sauf bien sûr s’il annonce un objectif qui le requiert. Là il faut savoir ce qu’on veut… Mais ce que je cherche n’a rien de glorieux ou de général. Donc je suis bien sûr que ça va passer tranquillement pour toi. Si tu m’avais annoncé « je vise 1h42 », là bien sûr… Grosse avoinée 🙂

  3. Bon, logiquement tu sera devant moi sur le premier 10, mais je te rattrape dans la seconde moitié et je te lacherai pas, je vais finir en 1h28 et quelques, et toi avec moi 🙂

  4. Que dalle. Le troca c’est à peine un échauffement. D’ailleurs on la voit pas passer quand on part en pref, on se bouge les miches pour pas se faire écraser par ceux de derrière qui partent trop vite. Si je te vois pas me lâcher avant le deuxième kilo tu vas m’entendre ! ET comme c’est grave la honte de se faire doubler dans la deuxième moitié, faudra bien accélérer.

  5. J’aime bien parce qu’on conçoit la course un peu de la même manière, je me retrouve dans ce que t’écris. Même si mon potentiel est moindre mais ça…
    Sinon je tiens à dire que je veux bien ouvrir un blog olé olé avec toi. Mais je te préviens, si tu me prends dans l’équipe, ça va vite virer salace, déjà je m’occupe de t’enrichir les catégories zoophilie et nécrophilie. Gratuitement.

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