Les deux lignes (trilogie de la limite, part 2)

On dit souvent, courir en mode « perf », c’est aller chercher sa limite. C’est quoi sa limite ? Tu me donnes ta VMA, je te dis combien tu dois faire ? C’est un peu plus compliqué que ça.

Donc. Théorisons. Oui, le sportif n’a pas à être que con et mettre un pied devant l’autre (même ça, on peut le faire mal, en talonnant tout ça tout ça… mais c’est un autre sujet)

Les deux lignes

Il y a deux limites. La première est la limite physique, que nous appellerons P (P pour Physique, bien sûr). Nous en avons déjà parlé sur PAP, c’est la fameuse ligne rouge qu’on aime aller chercher.  C’est en gros pour les scientifiques :

f(ma condition du moment, mon physique,mon entraînement)

Elle varie forcément dans le temps, en fonction des entraînements, de sa condition physique, des conditions du jour. Certains disent, il n’y a pas de limite en fait, on arrive à la dépasser parfois. Mais cette limite existe bien, le corps a une limite que ces satanées lois de la physique (et de la chimie) nous interdisent de dépasser. Notre corps à un moment précis peut absorber telle quantité d’oxygène, faire fonctionner ses muscles à telle puissance, et même si on peut passer en mode lactique en allant au delà des limites d’oxygénation, là aussi, les lois de la chimie font qu’on ne peut pas tenir des vitesses rien qu’au mental. Un mec avec une VMA de 16km/h ne peut pas courir un 10km à 17km/h de moyenne. Peu importe son mental, peu importe si on lui fout un koala enragé au cul, l’adrénaline, ou tout autre mécanisme chimique, c’est juste physiquement impossible. Désolé si je casse des rêves (allez on balance : Le Père Noël n’existe pas, Kayser Söse c’est Kevin Spacey, et Bruce Willis est un fantôme dans Sixième Sens, je balance, j’ai peur de rien moi ! )

Maintenant, il y a une seconde limite, la limite mentale, que nous appellerons M. C’est elle qui définit si on est capable de se mettre minable ou si on reste en sécurité. C’est elle qui va nous dire si vous êtes le genre de coureur qui tient la douleur, même quand vous vous dites « oh putain je suis dans le dur », quand vous avez froid subitement alors qu’il fait 25°C, quand ça pique sur certains muscles, quand vous grimacez, quand tout le corps dit « stop, chui pas bien, arrête tes conneries ! ». Cette limite mentale est inférieure à la limite physique, évidemment. Et souvent, et c’est là que ça devient intéressant (si si !), on pense que c’est la même, et la seule. Grossière erreur !

Combien d’entre nous on fait une course en suivant un mec un peu plus rapide, en se disant « ça va trop vite, je vais pas tenir, ça va exploser », mais finalement ça passe. Ou en se mettant salement minable sur le final parce que votre copine vous crie de tout donner et putain, vous allez lui montrer. Ah, c’est pas drôle, on se sent comme une merde à l’arrivée, mais physiquement, c’est passé. Alors qu’on pensait pourtant que physiquement, on ne pouvait pas tenir ça. On se dit alors « ma limite n’était pas celle que je pensais ». En fait, votre limite P existait bien, vous avez simplement « poussé » votre limite M vers le haut.

Illustration par l’exemple

La ligne rouge

La ligne P, c’est la ligne rouge évidemment. La ligne M, c’est la ligne verte. Et les deux évoluent. Dans cet exemple, nous avons :

  • période 1, entraînement, on progresse, le physique devient plus performant, le mental suit, même s’il est inférieur.
  • 2, le pic de forme, on n’a jamais été aussi bien
  • hélas 3, paf, la blessure. Et là, le physique régresse, mais on voit que le mental tombe plus bas, c’est le bon coup au moral, vous savez bien le « je m’arrête 3 semaines, je vais tout perdre ». Les deux lignes n’évoluent pas toujours en parallèle.
  • 4, on se remet à l’entraînement, le moral revient bien, on fait une course et on marche super fort, on prend confiance.
  • 5, période d’après course, le physique baisse un peu, mais le mental a bien progressé, et se rapproche de la limite physique.

Le but de la recherche de la limite est donc que M se rapproche de P. Il faut aller flirter avec la ligne rouge. Lui taper la bise.

La zone entre les deux lignes représente ce qu’il faut chercher à diminuer le plus possible pour être à son optimum. Et là, ce n’est plus une question d’entraînement, ce n’est que du mental. L’égalité absolue étant impossible je pense, mais c’est cette quête de l’impossible qui est trippante non ?

Quelques autres définitions

  • un bon coureur : celui qui peut maximiser P tout en minimisant (P-M) –> pousser la ligne rouge vers le haut, et faire suivre la ligne verte au plus près.
  • un bon mental :  petit (P-M)
  • gros potentiel mal exploité : gros P, gros P-M
  • juste mauvais : petit P, gros P-M

Super la théorie… mais…

Oui, comment qu’on pousse M vers P ? On remonte la ligne verte comment ?

Ah, vaste sujet ! Un article complet sera dédié à ce domaine passionnant. Et comme ça ça me fera plus de visites sur mon blog.

20 commentaires » Ecrire un commentaire

  1. En gros dimanche ton P etait haut, mais ton M moyen. C’est quoi ce bordel je suis sur que tu aurais pu faire 1h15 toi aussi. Bon on va bosser notre M tous les deux, d’ailleur je vais me prendre un Menu maxi best Of « M » histoire d’etre au top.

    • Ahahahah. Mon M a fluctué, mais pas d’effrondrement quand c’était un peu dur, et à la fin, ça remontait, c’est ça le plus important. Le P était pas si bien (trop chaud en bas… un peu de fatigue). Et ça donne mon meilleur classement en course pour le moment, donc c’est plutôt bien géré je trouve ! Y a deux ans, j’avais surestimé le P, et le M également… BOUM.

      Toi tu sous estimes un peu ton P, donc le M était un peu trop bas 🙂

      Comme tu dis, on peut pousser ça vers le haut ! Dans 2 semaines on verra ce que ça donne 😉 Et toi c’est un 10km non ?

      • Oui un 10km le 20 Octobre, en 2011 j’avais enchainé le PV et la ronde de Vélizy, et j’avais réussi à sortir mon meilleur chrono sur 10km, donc cette année je suis obligé de faire réédité . J’aurai pas de lièvre Bertrand fait sa course donc ça va être chaud chaud j’aurai personne pour me gueuler dessus

  2. Yeah, j’aime bien ces fonctions à plusieurs variables tout ca tout ca, très bon post, qui permet effectivement de bien continuer les réflexions sur les notions de limite. Je trouve tout cet article très vrai, le graphe étant particulièrement parlant !

    • Mais ce qui est cool avec la théorie, c’est que ça paraît à peu près sensé tout ça. Sauf que pour améliorer les choses, ben y a rien du tout 🙂 T’as juste conscience que t’es mauvais, c’est limite vicieux 😉

  3. J’ai hâte de lire l’épisode 3 ! En fait, toi et moi, on est comme Jamie et Fred dans « C’est pas sorcier » (bien que Fred se soit fait virer récemment mais bon, passons) : moi je philosophe vaguement et toi tu théorises.

  4. Réflexion tout à fait pertinente. Si seulement on avait les clés pour faire progresser à la fois P et M tout en diminuant P-M !
    Il me semble qu’on pourrait distinguer un autre aspect : la perception que l’on a de P et de M.
    Quand tu dis qu’on pousse la limite M vers le haut, en fait on a peut-être simplement une très mauvaise estimation de P.
    Enfin moi en tout cas j’ai du mal à estimer mes limites. J’ai tendance à être über-prudent, faudrait peut-être que je lâche un peu la bride dimanche pendant mon 10 km.

    • Pour moi, M est justement l’estimation de P qu’on se fait, en partie ! Un bon M, c’est mieux comprendre son P, et savoir que pour aller le chercher, ben il va falloir en chier ! Mais déjà, bien appréhender son P, c’est le mettre souvent bien plus haut qu’on le pensait. C’est gagner en confiance. Après, le M sera toujours un cran en dessous, mais au moins, on peut commencer à prendre les risques pour aller le chatouiller.

  5. Superbe article… Qui ne va pas attirer beaucoup de fille malheureusement (on ne parle pas une seule fois tenue …).
    Ça va, Je rigole les filles !
    Nan franchement très bien, une seule phrase m’a fait tiquer « La zone entre les deux lignes représente ce qu’il faut chercher à diminuer le plus possible pour être à son optimum. Et là, ce n’est plus une question d’entraînement, ce n’est que du mental.  »

    Le mental c’est justement de l’entraînement. Comme pour le physique nous ne partons pas tous sur le même pied d’égalité et certains progresseront vite, d’autre pas. Même chose pour le mental.
    Entraînement et expérience renforcent le mental.
    Il existe pléthore de livres sur le sujet. Je recommande « Repoussez vos limites » de Patrick Toth et bien évidement « Ultra Trail » de Guillaume Millet (orienté « trail » tu l’auras bien compris 🙂 ).

    • Oui, c’est vrai, tu as raison. En fait, je me contredis un peu… En parlant de l’entraînement marathon, j’avais déjà dit « la préparation sert autant à préparer le mental que le physique ». Il n’y a rien d’inné. Ou pas tout en tout cas, tout se travaille.

      Tu as raison en disant que ça se travaille. Donc disons que la ligne rouge monte avec un travail physique. La ligne verte demande à la fois de bien faire le travail physique pour en tirer le bénéfice sur la confiance, et un travail spécifique sur son mental, via des tas de choses. Pas simple ! Mais c’est pour ça qu’on ne peut pas les rapprocher si facilement 😉 Sinon on irait faire autre chose je pense…

  6. Oui tu casses mon rêve. Quand je vois les pros à la télé, je me dis qu’à fond, je ne dois pas être bien loin. Mais avec ton histoire de VMA, tu viens tout doucher. Ma solution serait de trouver une machine à remonter le temps pour me mettre à la course à pied à 4 ans. Là tu ne pourrais plus rien dire avec ta VMA.
    Sinon, je suis pour aller flirter avec la ligne rouge. J’aime bien lui mettre des mains aux fesses.

  7. Rétrolien : En caleçon | Pasaprespas

  8. Rétrolien : Menotte au poignet | Pasaprespas

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