[CR] Ah la saleté ! (compte rendu Paris Versailles 2013)

Oui, le Paris Versailles, même avec une tactique un peu moins… conne, ça reste une course un peu difficile pour l’avaleur de bitume qui aime bien se câler sur son petit rythme. Si on ajoute à ça des conditions de préparation un peu difficiles, ça donne une bonne course comme on aime… ou pas.
En fait, le Paris Versailles 2013, c’est une course facile à résumer : avant, c’est bien, pendant, c’est la misère, après, c’est bien. Bon, vous me direz, c’est souvent comme ça une course ? Oui mais non. Là, c’est grosso modo zéro plaisir ou presque pendant. Il faut dire qu’il y a eu quelques petites erreurs, heureusement sans grosses conséquences, si ce n’est au niveau frustration.

Tactique

Petit rappel de la tactique : on arrête d’être con. Départ à allure semi, montée au train, sans forcer, relance plus facile pour retrouver un rythme de pseudo semi ensuite, avec la côte du cimetière à gérer. Pour gérer cette fameuse montée, la seule façon vraiment fiable : le cardio. Donc, 175 environ. Ensuite, on verra, mais on envoie ce qui reste, il devrait y avoir un peu de jus pour faire un 8km vallonné à bon rythme. Le détail pour ceux qui aiment les préparations ciselés.

Avant

En pratique, l’attente s’est faite de manière tout à fait sympathique, un peu de solo sur le stade le temps de se détendre et déposer le sac, puis avec les runneurs de la Twittosphère. Ca aide à passer le temps, l’attente paraît bien . Et il faut dire que l’organisation est plutôt bien faite, avec, le Graal du runner, des toilettes dans le sas du départ (amis de la poésie, bonjour). Donc une attente sympa, dans les premières vagues, histoire de ne pas avoir à zig zaguer de trop. Enfin ça, c’est la théorie.

Grrrrr

Parce qu’une fois le départ donné, c’est le début d’une course difficile. Beaucoup de monde. Tout du long. Des gens qui marchent dès le départ. J’avais bien envie de leur demander «mais qu’est ce que vous foutez là bordel ? Y a écrit « rando » quelque part ??» en mode evil koala. Mais autant garder mon énergie.

Un départ trop rapide, Geek&Run pas si loin devant alors qu’on sait très bien qu’il est plus rapide. 4’17. Donc on se force à ralentir un peu. Mais le passage dans le premier tunnel fait monter la température, et c’est le début de la période «Putain je me sens pas si bien» alors qu’on voulait arriver frais en bas de la côte des gardes. J’avais juste CHAUD. Je ralentis. 5ème, 6ème : 4’47, 4’58… Première pensée : je prends du retard, bordel.

Mais arrive ma copine. La côte des gardes. Et là on suit le plan. Tout au cardio. 175 idéalement. Sauf que ça va moins vite que prévu, et le cardio dépasse un peu. Mais l’échec de 2011 a ses vertus. Jamais je marcherai à nouveau. De la merde! Donc doucement. Peu importe le chrono. Pas déshonorant, 6’24, 6’13. Mais à nouveau, l’état d’esprit est : tu prends du retard. Le 1h17, oublie. Essaye de t’accrocher au 1h20. Trop chaud. Une première moitié de course frustrante donc. La sale semaine revient à l’esprit. Mais merde, 2011 putain ! Pas à nouveau. Au moins finir décemment.

Mi course

La fin de la côte arrive et avec elle une douce révolte. Ah je l’ai promise la fameuse relance après une montée au train. Donc il fallait au moins essayer. Commencer à pousser, même si les cuisses se plaignent un peu. Se battre pour choper une bouteille d’eau au bordel des ravitaillements. Zig zaguer encore et toujours. 5’00, mouais, retard. 4’39, ça va mieux. Il fait plus frais. Ça commence à fatiguer, le sucre des ravitos fait du bien. Les calculs, on oublie, pas de chrono sur la montre de toute façon, pas vraiment envie de regarder. Juste le cardio qui dépasse les 180. Et ces inter qui sont entre pas mal mais peut-être pas assez rapide. Je ne sais plus trop franchement.

Mais je suis finalement dans ce que j’aime le plus, la fin de course, se sentir mal, avoir froid, mais continuer à pousser. Sans être rassuré par le chrono cette fois, en semi aveugle quoi. Une sensation un peu bizarre. 4’33, 4’33 à nouveau, toujours dans la frustration du trafic. Les kms passent vite, mais dans la douleur. En les prenant un par un, et en attendant le 13ème. Une dernière côte à gérer au train. Ça passe en 4’45, très bien. Mais un petit coup de pompe au 14ème, 4’51. Ou un ralentissement inconscient pour préparer le 15ème. Et là, peu importe le chrono. Juste. Se mettre. Minable. Donner tout à cette putain de semaine, sur 2 kilomètres.

Dans cette non lucidité de fin de course, le chrono était pessimiste. 1h20 sera dur à accrocher. Pourtant la playlist millimétrée me disait où j’en étais. C’est dire l’état de misère, à ne plus savoir où était mon chrono. Versailles arrive, on balance la bouteille d’eau, et là plus rien à foutre de rien. Les photographes? J’aurai une sale gueule? Rien à foutre, je suis pas venu faire des photos. Doubler. Doubler. Avec quelle foulée? J’en sais rien, la fréquence, le talonnage ou pas, je sais plus, je… courrai. 4’15 à la pioche sur cette avenue sans fin. Plus qu’un. Un bon km de bien 1km et demi non? Il n’en finit jamais. Ce virage, puis on pense y être. Mais non. Elle est loin cette putain d’arche ! Je tiendrai pas. A 15 secondes prêt ça sert à quoi de toute façon? Ta gueule, cours, mérite ta semaine, tu peux tout rattraper en ne coupant pas comme une merde. 4’15 à nouveau, cardio à 194, et … 1h17:25.

Oh putain oui

Enfin. Enfin un moment de plaisir. A se demander comment on a pu si mal calculer et se dire que le 1h20 était peut-être mort. Une longue récup, bien dans la misère, la pluie. Mais enfin retrouver les autres, on peut comparer les sensations, manger un peu (oui beaucoup, j’ai tout mangé dans le sac d’arrivée). Enfin du plaisir et du soulagement, la plupart des coureurs étant satisfaits de leur prestation, avec quelques très bons temps. C’est assurément une conclusion  qui fait du bien, car pendant toute la course, de plaisir il n’y a jamais vraiment eu.

Oui, le PV 2013, c’était duuuuuuuur. Dans le corps, dans la tête, à penser dès le départ que ça part un peu en sucette doucement, à avoir chaud, puis froid, à gérer des conditions de courses difficiles, avec trop de monde, trop de touristes dans les premiers SAS. Il est déjà difficile de trouver un rythme sur ce parcours, alors si c’est pour être en permanence ralenti derrière quelqu’un… A 25 000 coureurs, je devrais le savoir. Mais le 20K de Paris ne m’a pas donné du tout cette impression.

La difficulté de la course elle même, la côte, les changements de rythme, c’est difficile aussi, mais pas frustrant. Ça fait même le charme de cette course. Et elle force à mieux se connaître et se gérer. La gestion au cardio, justement, a été à nouveau tout à fait appréciable. Il suffit de comparer 2011 et 2013 :

Paris Versailles 2011 2013

Si la courbe de vitesse semble finalement assez identique, il faut bien regarder les allures. Et le cardio montre bien la différence. Les petits creux de 2011 ne sont pas des erreurs de mesure mais les passages en marche (ça ne descend pas beaucoup hein? Saleté…), alors qu’on 2013, la courbe ressemble à une course à plat, avec une dérive naturelle et la bonne accélération finale. Avec une moyenne de cardio à 90% et un final à 194 puls, on était grosso modo à son maxi, donc même si la course a été frustrante, même si la tête est un peu parti à droite à gauche dès le départ, même si le choix de ne pas regarder le chrono n’a pas aidé à rassurer alors qu’on tenait grosso modo les objectifs (« La fourchette 1h17-1h20 est maintenue, sans optimisme excessif »), la revanche sur cette course difficile a bien été prise.

Et l’année prochaine ?

Maintenant, reviendrai-je sur le Paris Versailles ? Honnêtement, pas à court terme. L’organisation hors de la course est très bien, mais le grand bazar des coureurs (voir marcheurs…) de tous niveaux qui se mélangent sur ces petites routes, bof. Le classement non publié le lendemain matin de la course, bof. J’aime bien l’ambiance des grosses courses, mais à choisir, le 20k de Paris reste LA grosse course de l’automne. Confirmation dans 2 semaines !

Mais…

Non, pas d’illustrations. Pas de photo au smartphone de la tour Effeil, ni de la médaille. Juste une capture de courbe de Garmin Connect. Sobre. Limite austère.

30 commentaires

  1. Un grand bravo Captain ! Une fois encore, un mental d’acier tout à fait admirable, les erreurs du passé ont nettement servi à faire une très belle course, qui n’avait vraiment pas l’air facile étant donné le CR ou la notion de plaisir n’apparait que peu dans la course en elle même.

    Tu t’es déchiré, je reste admiratif.

    Bravo et bonne récup’, les 20km ca va envoyer du paté de koala !

    1. Oui, pour un coureur de plat, c’est une course où tu apprends beaucoup. Et comme tu dis, ne pas répéter les mêmes erreurs, c’est très important. Ca donne encore plus de satisfaction. Tu m’en diras autant dans 1 semaine ! 🙂

  2. Eh ben, c’est ce que j’appelle une belle course. Pas linéaire, des questions, des doutes, du caractère, un retournement de situation, de la perte de lucidité, du plaisir. Plein de toutes ces choses qui se mélangent harmonieusement. De la vie et de l’émotion, quoi !
    En effet, ça fait peur tout ce monde. Je me demande si maintenant je ne vais pas systématiquement courir les épreuves blindées de monde pour le fun avec les potes et sans objectif.

    Félicitations pour ta course. Et moi, j’aurais même viré les illustrations Garmin (^^).
    Bises. DTB.

    1. Oui, les grosses courses, comme tu dis, c’est peut être mieux en étant détendu, à la cool. Et je profiterai mieux de l’ambiance. Là j’étais dans ma bulle, une bulle de frustration, de gros effort, pas la plus belle bulle que j’ai faite. Mais comme tu dis, au moins y avait de la vie et de l’émotion, alors que je voyais pas cette course comme un gros objectif.

  3. C’est clair que les randonneurs du dimanche nous ont bien cassé les c…. Je te rassure mes avec le chrono sous les yeux j’ai douté et pour ça que sur la 2ème partie j’ai pas relancé comme j’aurai du car peur de pas arriver à tenir le coup. En tout cas belle gestion de course on lui a bien botté le cul à cette côte des Gardes 😉 Pour les photos t’inquiète j’en ai plein hihihihi

    1. Honnêtement, je pensais pouvoir oui ! Mais ces 6 premiers kms ont été bien plus durs que prévu, ça m’a mis un petit coup au moral, j’ai essayé de me détendre surtout. Y avait sûrement moyen de gérer un peu mieux cette partie !

      1. problème d’échauffement ?
        c’est relativement violent un départ à cette vitesse. Je crois que je m’étais calé un poil plus lent que l’as10. ça passe bien. il faut s’accrocher dans la côte qui n’est pas si longue et se faire violence pour vite reprendre son as10 (voire plus vite dans les descentes) dès le début du plat dans la forêt. Ensuite c’est fini. 16k c’est court 😉

      2. Impossible de s’échauffer comme il faut sur cette course. Je suis parti trop vite. J’aurais dû mieux gérer le premier et le second, en lente accélération. Mais la température ça m’a fait du mal. Surtout avec ce tunnel étouffant.

        Reprendre une allure 10 en haut, impossible pour moi ! Rien que retrouver l’allure 21, c’était la misère ! Et quel trafic franchement… Je me souvenais pas que c’était comme ça. Vu mon cardio, j’étais proche de la limite de toute façon, mais le début, je peux améliorer un peu oui.

  4. Bravo Captain !
    Quand je lis « Commencer à pousser, même si les cuisses se plaignent un peu » et encore « continuer à pousser », je me dis que çà n’a pas du être bien beau à voir pour un adepte du pose running (comme toi !) mais bon… le chrono est au bout 😉

    1. Ah ah ah. Je pense que j’ai pas trop talonné, j’avais une appréhension sur les tendons. Mais ça va super bien, je reste en 4mm pour le 20k de Paris. Et j’ai quand même bien surveillé la foulée sur une bonne partie. Je mérite pas d’être modèle chez D4 😉

  5. Bravo pour ton magnifique chrono ! Même s’il est un peu dans la douleur ! J’ai été assez étonnée de voir aussi autant de marcheurs, plus que l’année dernière en tout cas. C’est marrant, pour le 20 km j’ai le souvenir d’une course très dense, bien plus dense que le PV. Même à la fin vers le km 16, il y avait vraiment du monde. Comme quoi on ne voit pas la même chose en tant que supporter 🙂

  6. ça me vaut rien de reprendre le boulot, j’avais raté ton CR de folie dans la douleur! Ptain j’adore ton récit de course! « Une autre! Une autre! » réclame la foule en liesse. Du sang! Des tripes! Encore!

  7. J’ai l’impression d’être toi en version fille (et donc plus lente). ça m’a plu de me lire en garçon. Et j’aime bien ton style alerte. Explosif pour un runner « rouleur »; )

  8. J’attendais le récit… Ton CR du PV 2011 a été mon premier contact avec ton blog, il m’avait particulièrement plu par son ton décalé et puis, ce PV 2011 était ma première course… Gestion « je vois comment ça fait » donc pour moi aussi ça avait été un peu dur sur la fin (qu’il faisait chaud !)
    Et j’y suis aussi revenu cette année (avec le T-shirt vert aussi !) avec plus d’expérience et en finissant nettement mieux… (Peut-être même sans tout tout tout donner ? Je me garde sans doute un peu pour mon vrai objectif de l’automne, semi de Vincennes – trop de monde sur le 20k de Paris pour moi, oui j’ose dire ça après avoir couru PV !)

    Donc bravo de lui avoir mis sa claque !

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