I’m not a list guy

Lu cette citation sur Twitter je crois :

« Training for a marathon started out as a life-list thing, and it turned into a lifestyle. »

J’ai jamais été un mec à liste moi.

C’est un peu facile les listes. C’est gratter à la surface des choses, et après on peut dire « je l’ai fait ».

Donc « courir un marathon, oui je l’ai fait » ?

Non.

Je n’ai jamais été dans cette optique. D’ailleurs le premier article du blog, sur mon premier marathon justement, le titre était « La fin ? Non, le début ». C’était pas « je suis marathonien, je l’ai fait ! ». Je comprends bien la notion de défi que certains se donnent en se disant « je veux courir un marathon dans ma vie ». Et les plus assidus à la lecture de ce blog sauront qu’avec ce marathon au compteur, pourtant couru « dignement » on va dire, càd sans marcher, en étant pas vraiment en danger, mais pas en grosse sécurité non plus, il y avait quand même ensuite comme un sentiment d’inachevé. Comme si le titre « marathonien » ne pouvait se justifier avec un seul au compteur, comme si les échecs pour en préparer un autre faisaient penser que non, j’en étais pas vraiment un. Je sais pas, un coup de bol, ou le maximum que je pouvais atteindre avant que les blessures ne m’éteignent.

Je ne voudrais manquer de respect à personne, mais finir un marathon, je pense que c’est à la portée de la majorité des gens. Physiquement parlant. Mentalement, c’est autre chose. Mais avec un à deux ans d’entraînement un minimum sérieux, pour une personne en forme physique correcte, le finir, en marchant une partie s’il faut, c’est faisable. Je n’y vois pas là le défi d’une vie, et je ne l’ai jamais vu comme ça, même si à une époque, l’idée d’en courir un relevait plus de la science fiction que de la réalité. Depuis j’ai compris pas mal de choses.

Le courir, c’est déjà autre chose. C’est une course à pied, donc marcher, je m’excuse à nouveau pour ceux qui trouveront ça inexact, c’est un échec pour moi. Finir un marathon en ayant marché une partie, c’est le rater. Donc déjà, il faut le courir du premier au dernier km.

Mais ensuite, quand bien même j’ai pu courir mon premier entièrement, ça n’a jamais été comme l’accomplissement d’une vie. Jamais il n’a été question de dire « je coche, putain c’est bon, je suis marathonien, je peux accrocher la médaille au mur et on passe à autre chose ! Olé ! « . C’est comme de faire un premier gâteau sympa et de dire « je suis pâtissier ». C’est un peu facile. J’aime bien gratter. Creuser. Certes, je fais ça tout seul, je gratte de travers souvent. Je tombe sur des cailloux souvent. Mais je veux pouvoir dire « je suis marathonien » car je suis capable d’en courir un régulièrement, avec la rigueur qui vient avec, avec la volonté de progresser et d’aller chercher son vrai potentiel, en sachant et comprenant un peu comme ça marche, cette affaire là. Et plus généralement, pouvoir dire « je fais de la course à pied », pas seulement parce que j’ai le tshirt du Paris Versailles et la médaille d’un marathon. Mais parce que ce n’est pas une ligne dans une liste, mais un état d’esprit de tous les jours.

Et à la limite, c’était même pas ça le premier, on était plus proche de la thérapie pour se prouver qu’on pouvait faire quelque chose proprement. Pour se redonner une confiance qui manquait. Mais toujours dans l’optique de voir ça comme le début, d’un cercle vertueux peut-être. Donc je pourrais réécrire la citation en « Training for a marathon started out as a therapy thing, and it turned into a lifestyle. » peut-être. Et on peut dire que la thérapie a été efficace. Oh que oui.

4 commentaires » Ecrire un commentaire

  1. Il semble – merci Google – que la phrase soit de Mike Post, cité sur Runner’s World en 2011. Il a couru son marathon en 5h40, et l’année d’après un semi en 2h32, deux mois après qu’on lui a installé un pacemaker.
    Je crains que beaucoup n’aient un projet de vie qui se résume à cocher des items sur une liste. Comme la Rolex de Séguéla. Il faut croire qu’ils n’ont toujours pas compris la caverne de Platon. Tant pis pour eux, ils ne sauront jamais ce à côté de quoi ils passent.
    Quant à Mike Post, il est la preuve qu’on peut se lancer dans un projet pour des raisons spécieuses et découvrir un autre monde qui nous transforme, non ?
    Un jour il faudra que me pose sérieusement la question « pourquoi ai-je couru mon premier marathon ? »

  2. Sur la question du « c’est quoi réussir ou rater une course », je dirais qu’il n’est pas question d’exactitude ou d’inexactitude mais de point de vue, de ressenti. Je suis assez d’accord pour dire que courir un marathon est à la portée du plus grand nombre mais, tu le sais, je ne suis pas d’accord avec l’idée que marcher sur un marathon est un échec. En tout cas, je ne l’ai pas ressenti comme ça. M’enfin, on a assez débattu longuement pour savoir qu’il existe autant de façon de vivre les courses que de coureur.
    Pour ma part, je suis une fille à liste mais plutôt pour les trucs dont je veux me débarrasser, pour les corvées quoi.
    Après, tu crois vraiment qu’on peut préparer et courir un marathon sans chopper le virus ? Sans aller voir plus loin ?

    • C’est une vision personnelle, c’est sûr ! J’ai bien précisé « pour moi » justement. Et je n’irai jamais débattre là dessus avec quelqu’un, chaque prend ça comme il veut, je sais juste que marcher c’est « casser » ma bulle. Impossible de me remettre dedans ensuite, c’est juste « game over ». C’est comme presser sur un interrupteur, après ça fait vraiment très mal, et je ne peux pas me remettre à la même vitesse. Donc quelque part, j’ai merdé, j’étais pas à la bonne vitesse ou la tête a lâché. Mais c’est une façon de voir le truc, sur de plus grandes distances je suis sûr que ça ne me dérangera.

      Et je suis sûr que certains le font une fois pour dire « oui je l’ai fait ». Sûrement sans faire une grosse prépa, style en 4h30 à 5h, afin d’arriver au bureau et de dire « oui j’en suis ». Mais ça ne doit pas être une majorité, c’est sûr !

Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont marqués d'une *.