Courir ou ne pas courir… Et comment ? Pourquoi ? Où ? Quand ? Partie 3

Suite et fin de la fascinante discussion entre votre serviteur et la petite jeunette de Running Sucks, autour du marathon, de la course à pied, et de quelques bières bien sûr.

Déjà, les oeuvres complètes : partie 1 | partie 2

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RS Tu le dis toi-même, il y a plus à explorer que le premier laisse penser. Alors j’imagine qu’au moment du déclin inéluctable, tu trouveras autre chose dans cette pratique que celle du dépassement. Le petit vieux que j’ai croisé (avec tout le respect que je te dois gnhihi) sur ma course, qui était à son 128ème (ou 129) marathon, il n’avait pas l’air de venir chercher une perf. Il était affublé d’une espèce de short improbable à motifs et d’un bob. Et puis il courait, bienheureux. J’aurais dû lui demander pourquoi il continuait … J’imagine qu’on trouve une certain sérénité…

PAP Et pendant la course, il t’est arrivé de te demander ce que tu foutais là et que tu ne le referais jamais ?

RS Je ne crois pas avoir pensé que je ne le referais jamais. J’ai dû le dire mais je ne le pensais pas vraiment. Peut-être aussi parce que je n’étais pas seule et qu’Anto a réussi à détourner mon esprit de pensées trop négatives. D’ailleurs c’est marrant, parce que quand je l’ai vu arriver et qu’il m’a dit qu’il finirait avec moi, j’ai eu l’impression de tricher. Dans ma tête, il fallait que je me batte toute seule, c’était le jeu. Et puis, en fait … C’était bien comme ça.

PAP Moi aussi j’y ai pensé, j’ai un pote plus rapide que moi, mais qui était mal préparé pour Sénart (3h11 au final… bref). Je ne suis dit, s’il me propose de m’accompagner, un lièvre de luxe quoi, je dis quoi ? J’aurais refusé franchement. Quelques kms, je veux bien, mais pas plus. C’est le jeu comme tu dis. Et même si pendant je n’ai jamais pensé à arrêter, passée la ligne pour le second, j’ai eu un moment à la fois d’euphorie totale mais aussi de « plus jamais cette course, c’est trop dur ». Mais je dis ça presque à chaque fois, il faut dire que les secondes après, j’ai ce mélange d’euphorie mentale et de souffrance physique intense.

Et j’ai une liste de « choses » à faire en course à pied en fait, je n’ai PAS que des perfs. Il faut être réaliste, ça ne durera pas, donc autant prévoir de varier. J’ai lu qu’il y avait plusieurs phases dans la course à pied, et la dernière, c’est juste… courir. Comme ton papy je pense. Ça m’ira aussi, j’aime courir seul, c’est un peu le seul moment où je suis tranquille. Pas de téléphone, d’ordinateur, de collègues, de proches, de télé, de soucis. Ça permet de réfléchir, ou pas. Bref, je pense que je ne suis pas qu’un obsédé du chrono. Simplement j’en profite tant que j’ai ce corps d’athlète (pouffe pas trop fort s’il te plaît). Chaque personne a ses raisons, j’en ai rencontrées suffisamment pour voir qu’il y a de quoi faire. Le plus important reste d’y trouver ce qu’on cherche. Je ne me vois pas aller dire à tout le monde de faire comme moi, ça serait un sacré égoïsme non ?

RS Égoïsme je sais pas, narcissisme sans doute.

Moi je prévois pas encore … Je me laisse un peu voguer au grès des envies. Je suis toute jeune aussi (pour une runneuse). J’ai une super marge pour te battre au marathon ohohoh ! A raison d’un par an, je peux en faire encore … Allez, 5 ? 10 ? Pour arriver à ton âge et faire 3h20. Ne progresse pas trop vite par contre, parce qu’entre temps il faut que j’enfante donc que je prenne 15 kg et que je ne puisse pas me mouvoir pour cause de taille baleine pendant X semaines (ça se voit que j’ai super hâte ?).

PAP  Ah ah ah , pour me battre, même en faisant des bambins partout, ça sera pas la peine de faire 3h20, même si je n’aime pas faire de différences homme/femme, il y a bien 15% de différence mini dans les équivalences. Donc là je fais 3h58 chez les femmes quelque part… Mais honnêtement, comme tu as dit, c’est plus la limite qui m’intéresse que le chiffre. Je respecte tout autant le coureur qui fait 3h50 en se dépouillant totalement que celui qui fait 3h mais avec une marge de sécurité. Beaucoup de coureurs me battront toujours, je prends évidemment confiance à en battre encore plus (les gènes masculins…), mais à l’arrivée, les autres, ça reste secondaire.

RS Non mais, je plaisante. Je ne suis pas une grande compétitrice et ne trouve pas beaucoup de sens dans les classements ou dans l’idée de « battre » quelqu’un. D’ailleurs, en rentrant de mon week-end de course, tous mes collègues m’ont demandé : « et t’es classée combien ? ». J’ai essayé de leur expliquer en quoi ça n’avait aucune espèce d’importance. Mais bon, j’imagine que c’est plus parlant pour quelqu’un qui n’est pas « dans le milieu »…

Bref …

PAP Je ne regardais pas trop le classement. Mais à courir en mode perf, t’y viens forcément. Et honnêtement, être dans les 20 derniers %, ça me faisait mal. Donc je regarde. Au début, c’était «laisses en autant derrière que devant». Puis 60%. Puis 70%. C’est un cercle vicieux. Mais ça aide à se dire que le boulot est fait correctement. Je n’en viens pas à dire que je cours «vite» parce qu’il y a 80% de participants derrière. Je dis souvent «je fais des temps respectables». C’est juste une méthode de motivation. De même que voir les autres souffrir et les doubler. Je ne veux pas leur mettre un coup au moral, je me fais juste du bien au mien.

Bon en même temps, si on se retrouve sur une course et que tu peux me mettre une carotte sur la dernière montée, tu le feras, et je ne regarderai pas derrière si je peux te lâcher non plus;-) Mais ça se ferait en bon esprit je pense, comme souvent. Et ça n’empêche pas d’encourager quelqu’un au passage si on voit qu’il est dans le dur. Le côté tueur des sports d’opposition, j’ai toujours eu du mal, même si je suis un compétiteur. Je n’ai pas besoin de «battre» quelqu’un (un mot à la connotation très négative, tu l’as mis toi aussi entre guillemets) pour gagner.

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Meneur

RS Sinon, je crois qu’un jour, si je deviens suffisamment « performante », j’aimerais bien être meneuse d’allure. Je me demande s’il faut vraiment faire des chronos de fou furieux pour ça …

PAP Meneur, ça me dirait bien aussi, mais faut avoir une bonne grosse marge sur marathon je pense, et surtout, une très grosse expérience ! Sinon je vais faire « meneur sauvage » sur plus petite distance. Je viendrais avec un tshirt « je vais faire 1h50, suivez moi ». Non moi le truc qui me fait bien kiffer, c’est de faire une course avec un mal voyant par exemple. Un marathon, son premier si possible, et tout faire, la préparation avec. Ne plus courir seul, mais avec quelqu’un, pour aider. Là ça doit apporter des émotions aussi. Il faudra que je me renseigne.

RS Bref, comme tu dis, il y en a des choses à faire en course à pied. Malgré la relative simplicité de ce sport. Je ne comprends même pas pourquoi les gens disent que c’est absurde de courir. Je trouve ça bien pire de faire des longueurs dans une piscine ou de monter sans cesse sur une marche (le « step »).

PAP A y réfléchir bien de toute façon, tous les sports sont absurdes. Pousser un ballon dans des filets… Un balle par dessus un filet ? Disons que c’est plus ludique. C’est plutôt le côté « sado maso » qui impressionne les gens. Je respecte que beaucoup n’aient absolument pas la volonté de se faire un peu mal. Maintenant de là à trouver ça « absurde » comme tu dis, c’est un manque de tolérance, ils ne savent pas ce que tu peux en retirer. J’aimerais bien pouvoir mettre la personne qui me dit « pourquoi tu t’infliges ça ? » dans ma tête sur les derniers kms du marathon, juste pour qu’il comprenne. Mais c’est pas possible, et quelque part, tant mieux, il aurait pas bossé pour, il mérite pas 😉

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Avant & Après

PAP Y a un truc qui me revient à l’esprit. T’as trouvé comment la préparation? Personnellement, le marathon c’est pas 4h de course pour moi. C’est 3 mois. Je kiffe totalement la préparation. Je suis parti des deux fois d’une endurance correcte, mais rien de fabuleux. J’adore sentir que tout se met en place, doucement. Tout planifier au millimètre. Sortir peu importe la météo (surtout cette année…). C’est autant une préparation physique que mentale pour moi. J’y prends mon pied à me sentir devenir plus fort, avec le point d’orgue de la course. C’est comme dans les Rocky quoi. Je kiffais autant les séances d’entraînement que le combat final 😉

RS Avec le recul, quand je regarde mon carnet d’entraînement, je me dis “quand même, t’as fait des kilomètres, t’as beaucoup travaillé”. Mais … Sur le moment, j’ai jamais pris ça comme une contrainte. Courir sous la pluie j’adore, ça me donne trop l’impression d’être une warrior que rien n’arrête ! Donc ouais, la prépa c’était vraiment bien aussi.

Ce qui m’a vraiment frappée c’est à quel point tu t’investis dans le course. Et du coup, cette rigueur qui peut sembler “impressionnante” pour certains ne l’est plus trop quand tu es dedans. Ça te semble naturel en fait, d’aller courir quasiment tout le temps.

Le marathon ne serait certainement pas ce qu’il est sans sa préparation.

PAP Je suis d’accord, ça paraît juste “normal” de sortir 4 à 5 fois par semaine. Et c’est un cercle vertueux quand ça se passe bien. Je m’auto-motivais tout seul au fur et à mesure. Fractionné 8x1km ? Done ! Sortie longue 2h15 avec la neige ? Done ! Et en plus, c’est pas le bagne, y a beaucoup d’endurance fondamentale. C’est un état d’esprit plus qu’autre chose pour moi.

Et l’après ? J’avoue que j’ai jamais vraiment préparé ça, et ça m’a un peu fait mal à la tête les deux fois. J’ai eu quelques jours de “blanc”. Petit moral, pas d’énergie. La course VertiGo m’a vite remis la tête à l’endroit et j’ai bénéficié de ma forme du marathon sans aligner de km, mais je ne l’avais pas programmée du tout dans cette optique. La prochaine fois, je sais que je me ferai un petit programme pour mieux gérer ça.

RS Je suis peut-être encore dans l’euphorie post-course (ouais, ça dure longtemps chez moi) … Mais pour l’instant ça va. Par contre j’ai l’impression d’être rouillée, de pas avancer, d’avoir “perdu”, surtout en vitesse. Après, j’ai déjà programmé des courses, mon planning de rentrée est bien rempli, c’est peut-être pour ça que j’ai pas trop le moral à plat. J’ai hâte de reprendre un entraînement digne de ce nom, de courir “vite”.

Quand tu parles de “programme” d’après course, tu veux dire quoi ? Prévoir d’autres objectifs immédiatement après ? Parce que de toute façon, t’es bloqué par la récup non ? J’imagine pas faire une course un mois après le marathon …

PAP Non je parle pas que de courses à programmer. En effet, il vaut mieux éviter dans les premières semaines après le marathon. En fait c’est plus de s’occuper l’esprit dont je parle. Une fois l’euphorie passée, je trouve que ça laisse un vide qu’il faut combler. Vu l’application que j’y ai mis à chaque fois, je dois dire que j’ai bien senti passer ce vide. Donc maintenant je sais que je me trouverai deux trois bricoles bien prenantes la prochaine fois pour éviter de trop subir. Le blog aide bien déjà, mais je vois plus large, se sortir la tête de la course à pied un peu. Je peux aller faire des photos de pandas par exemple.

RS Je trouve qu’on est toujours un peu tiraillés entre le besoin de penser à autre chose (après des semaines d’obsession course à pied) et la “peur” de perdre la forme, de régresser. Mais c’est une très bonne idée d’aller faire des photos de pandas. Ce sera parfait pour illustrer notre série 2014. N’oublie pas les koalas par contre. J’en veux des biens féroces !

PAP Mais au moins, après, on peut re-boire pour noyer son chagrin. Déjà que je bois moins de bière pour stabiliser mon poids depuis un an, alors en période de marathon… Je descends progressivement jusqu’au sevrage complet deux semaines avant. Et comme je pèse 5 à 6 kg de moins qu’avant et que je fais moins la bise à la bouteille, je tiens plus rien… J’ai  l’impression d’avoir deux courbes d’endurance qui se croisent : celle de la course qui monte, et celle de la picole qui descend…. Pffffff. Dur dur de tout concilier non ?

RS Non mais ça c’est les Auvergnats, ça vaut rien. Nous en Normandie, même après un sevrage de 2, 3 semaines et quelques kilos de moins sur la balance, on reste robustes ! Mais c’est un travail de longue haleine. Les biberons au cidre, les cuites au calva, le trou normand systématique … C’est de la volonté merde !

PAP Le cidre, cette boisson pour fillette ? On appelle ça du jus du pomme en Auvergne. C’est au rayon “diététique”. Nous on est capable d’enchaîner un trail de 50 bornes dans les montagnes (que vous avez pas), suivi d’une truffade party avec des vraies boissons (bon ok, “on”, c’est pas encore moi, mais un jour, je l’ferai, c’est promis !). Écoute, on va faire une rencontre inter-régionale. Je te propose la première manche cet été en Auvergne. Je te fume en trail, puis à la boisson autour d’un bon barbecue.

RS Sur le trail, j’essaie même pas, t’as de l’avance c’est tricher. Par contre tu sais pas à qui tu t’attaques question descente (de boisson, pas de montagne) ! D’ailleurs, un jour, je suis allée en Auvergne avec des gens qui ne me connaissaient pas encore. Je les ai impressionnés. Ils ont eu peur.

PAP Bon OK, toi, tu dois aller chez Pécoul alors. On va arranger ça. C’est un peu l’UTMB de la picole. Et on y mange bien. On ira trottiner un peu avant histoire de se donner bonne conscience.

RS Vendu ! On parie quoi ? Non, je rigole. Vu comment t’as l’air coriace c’est un coup à finir à l’hosto.

PAP Oh, c’est comme en course à pied, on se tire la bourre, mais à la fin, c’est la bonne ambiance qui compte non ? (prévois pas de conduire quand même hein, et y aura pas de cidre).

RS T’inquiètes, la liqueur de prunelle de chez pépé cuvée 1963 je connais. Ca m’fait pas peur !

PAP Ouais ben j’espère que t’auras plus de mental qu’au marathon, fillette !

RS Et toi un peu plus de caisse que quand tu tentes de grimper une petite côte de rien du tout ! Casse toi de mon blog !

PAP Tu rigoles ? C’est toi qui es sur le mien !

5 commentaires

  1. Je me répète ici , mais votre conversation et vos différents points de vue sont vraiment intéressants pour la débutante que je suis !
    Merci ! ps : « Rocky for ever » 😉

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