Courir ou ne pas courir… Et comment ? Pourquoi ? Où ? Quand ? Partie 2

Non, on s’était pas tout dit avec Running Sucks lors de notre première discussion post marathon. Il faut dire que le sujet est vaste, et avec 3 marathons au compteur, on est loin d’avoir tout vu. Et avec quelques bières et un peu de saucisson, on peut refaire le monde (du running) indéfiniment. Donc, on se projette un peu avec le deuxième épisode de cette mini-série absolument passionnante :

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Voyage

PAP (PasAprèsPas, et non « Particulier à Particulier », suivez un peu enfin !) J’ai quand même bien envie au moins une fois de faire un marathon pour profiter du cadre autour (en fait je sais déjà lequel ;). Sans montre. Sans cardio. Sans musique. A la limite un appareil photo pour prendre quelques souvenirs. En discutant, comme toi. Mais c’est vrai que j’ai du mal à imaginer me mettre dans cet état d’esprit, ça sera limite un travail sur moi 😉

RS (Running Sucks et non « République de Serbie ») C’est vrai que le choix de ton dernier marathon est totalement cohérent avec ton état d’esprit : Sénart, pas forcément le marathon coup de coeur. Le choix rationnel par excellence j’imagine ? Hé j’y pense, heureusement que je t’ai pas croisé sur le marathon. J’imagine comment je t’aurais gavéééé à essayer de tailler la discut’.

PAP Je crois que j’aurais un peu parlé, mais en restant concentré sur ce que je faisais. T’aurais vite pensé «bon ok, Pasaprèspas est une porte de prison» 😉

RS Quelle course as-tu en tête ? Mais dans cette optique, tu envisages de courir en deçà de tes capacités, vraiment en mode balade ? Ou de donner aussi le maximum que tu puisses donner sans cette concentration ?

PAP Ah non, je ne dis pas la course, je trouve ça sympa de garder la surprise 😉 J’envisage en effet de courir en deça, sans objectif de temps, mais avec une préparation sérieuse quand même. Et discuter, profiter différemment.

RS : Mais tu vois, c’est là la différence : moi j’ai pas couru en sous-régime. J’ai essayé de faire au mieux, mais sans me mettre dans un esprit d’Iron Girl et en profitant à fond de ma course, parce que c’est la 1ère …

PAP : Je me demande si je pourrais. Sur 10 et semi, non, rien que “techniquement” : parler, ça me pénaliserait trop la respiration. Sur marathon, c’est plus facile. Mais est-ce que j’arriverais à rester concentré ? Et surtout, ce qui m’a choqué sur le second, c’est cette anesthésie physique. J’ai ressenti deux trois douleurs ponctuelles et très localisées, mais aucune douleur musculaire, ni à ce tendon qui pourtant était un peu blessé et qui n’est toujours pas guéri aujourd’hui. J’ai l’impression que ma bulle m’a isolé de cette douleur que j’ai bien ressentie une fois la ligne passée par contre ! Donc je me demande si le 100% physique est possible avec ta démarche. Peut-être pas pour moi. On court comme on est non ?

Et je choisis quand même un peu mon marathon pour le cadre aussi. Même si Sénart, en effet, j’y suis allé pour des raisons rationnelles et pratiques : à la bonne période, pas loin, super bien organisé, plutôt plat. Le cadre, je m’en tamponnais gaiement pour sûr ! Mais initialement, je voulais faire Cheverny ! Si je peux avoir un marathon bien organisé ET le cadre, je prends. J’avais aussi prévu Nice Cannes avant de me blesser. Je suis pas complètement sado maso non plus. Les marathons en plusieurs boucles me font un peu peur par exemple. Cela dit, j’ai entendu parlé de marathons sur piste, et même si je me suis dit « il faut avoir un sacré mental pour faire ça », je dois dire que je me suis dit aussi « un jour, qui sait… ». J’en suis même à me dire qu’une fois, il faut que j’essaye de partir un peu trop vite pour voir comment je vais réagir face au mur. Bref, des envies d’essayer un peu toute la palette !

RS En te lisant, je comprends que ton voyage à toi pendant un marathon, il est à l’intérieur. Tu vois, un marathon sur piste, là, je ne l’envisage même pas. Plus long, pourquoi pas. Des trails, sans doute, un ultra sur route, why not, un jour … ? Mais un marathon sur piste … Pourtant, disons que c’est un peu l’essence de la course à pied. C’est le truc en mode minimaliste, épuré. Il y a tes jambes, un cerveau en ébullition et c’est tout.

En fait, ce n’est pas tant le chrono qui t’obsède, c’est la limite, non ?

PAP Le chrono m’obsède aussi. Mais disons qu’il est établi en fonction de ma limite justement. Et une fois que tu commences à embrasser la limite, avec cet état d’implication corps et esprit, c’est un trip quelque part. La vraie question que je me pose déjà c’est : quand je serai sur le déclin (ouais, je suis déjà plus tout jeune, faut pas rêver, ça arrivera bien assez vite), est-ce que la limite me suffira, malgré un chrono qui baisse? Très bonne question ma chère, je n’ai évidemment pas la réponse.

Le voyage à l’intérieur, tu as raison, c’est ce que j’avais pensé avant même de partir sur mon premier marathon, je me cite (ça pète ça…) :

“En découvrant les marquages au sol des kms (…), je comprends finalement qu’à quelques kilomètres de chez moi, à un endroit visité maintes et maintes fois, je vais à la rencontre de l’inconnu, un inconnu si familier pourtant, moi même.”

D’ailleurs le terme «trip», ça veut aussi dire voyage en anglais. Donc tout se recoupe, t’as raison. Et ça marche aussi pour des sorties cools, avec la musique, à petite ou moyenne intensité, un truc plus zen quoi. J’aime bien la versatilité du truc, je passe de Rocky à bouddha facilement en quelque sorte 😉

Et toi, le prochain (parce que t’y penses déjà, je le sais ;), tu veux faire quoi ? Le courir du début à la fin, avec le même état d’esprit ? Toujours ouverte sur les autres ? Tu ne penses pas qu’un jour tu voudras aussi voir les limites de ton corps une fois que le mental sera prêt à tout tenir ?

RS Tu as raison, je pense déjà au prochain et je le vois sous les 4h ! Il faudra sans doute que je cours plus concentrée, plus déterminée. Avoir un objectif de temps plus précis devrait m’aider. Connaître la distance aussi. Je plongerai un peu moins dans l’inconnu … Même si cette distance peut toujours réserver des surprises !

Après, j’ai l’impression que j’ai appris des choses sur moi en courant ce premier marathon. Enfin, ça confirme ce que je sais mais que j’essaie souvent d’oublier : par manque de confiance en moi, je fais souvent les choses pas totalement à fond, je garde une marge de manoeuvre, involontairement. Ce n’est pas qu’en sport d’ailleurs …

Quand je faisais de l’athlétisme en club, j’ai fait des haies une année et je n’étais pas particulièrement brillante. Mon coach me disait toujours que j’avais toutes les capacités physiques mais que la limite était dans la tête. Je m’en souviens comme si c’était hier. Comment dépasser ça ? Je ne sais pas vraiment. Il faut accepter de se mettre “en danger” (expression très relative hein), de prendre le risque d’échouer, de ne pas atteindre tout à fait un objectif donné. Et puis surtout, d’avoir assez confiance en soi pour se dire “allez, je ferai tel chrono” ! Moi, quand j’annonce un chrono, tu peux être sûr que je vais le faire, je me sous-estime dans 95% des cas. D’ailleurs, tu remarqueras que je n’ai annoncé aucun chrono pour mon marathon. J’ai dit “on verra”.

PAP Je fais une différence quand même entre un premier 10 ou semi, et un marathon. Au delà de 30km, je trouve qu’on franchit un cap, ça demande de gérer plus de choses (les réserves d’énergie notamment, donc la nutrition, le ravitaillement). Sur mon premier marathon, j’étais aussi en sécurité ! Il faut dire que les erreurs se payent nettement plus cher sur longues distances, donc ça me paraît naturel d’être un peu en dedans sur le premier.

Et puis oublie pas, même si tu as fait de l’athlé, tu es “jeune” sur la course d’endurance. Et regarde pour moi, même si j’ai un peu plus d’expérience, je mets 10 minutes à mon objectif sur le 20k de Paris en Octobre dernier ! C’est pas une grosse perf, c’est surtout une mauvaise estimation. Donc je suis parfois encore loin de bien me connaître pour me donner un objectif “risqué” comme tu dis. Je m’améliore, mais c’est difficile quand on débute / progresse.

Magique

PAP Et pour ton second, as-tu « peur » que ça soit moins fort ? Tu y as déjà pensé ?

RS Il y a beaucoup de marathoniens qui m’ont dit « je t’envie » avant que je cours ce tout premier. Je crois qu’il existe une nostalgie, un truc un peu magique que je ne retrouverai pas. Mais il a été à la hauteur de mes attentes. J’irai sans doute chercher autre chose lors du second. Peut-être plus de performance au final … Ce que j’espère, c’est que je ne serai jamais totalement froide face à ce genre de course. J’en lis des CR complètement désincarnés, qui ne sont que des suites de chiffres avec un peu de sueur dedans.

C’est ce que j’aime dans ton approche. Même si elle est rationnelle et performante, elle est incarnée, humaine, plus sensible que ce que tu pourrais laisser croire…

PAP J’avais peur que le second soit désincarné. J’étais naïf franchement… Peut-être que ça peut le devenir. Mais ce n’est pas seulement quelques heures de course. C’est toute la préparation. Tout ce qui peut arriver pendant ces longues semaines, voir même avant. Ca m’a pris 2 ans pour y revenir, et à une époque, j’en étais arrivé à penser que ça n’arriverait plus, que j’étais presque … un imposteur du marathon. Que le premier avait été un coup de chance. Donc crois moi, le second a été plus fort, à cause de ça, j’en avais gros sur la patate, et aussi parce qu’autant le premier était un gros effort mental principalement, le second a été un énorme effort à la fois mental ET physique. Différent, mais tout aussi fort émotionnellement, et plus dans l’intensité. Chacun peut avoir son histoire, ils ne peuvent pas tous nécessairement être très forts, mais il y a plus à explorer que le premier laisse penser.

Et si j’ai une approche très rationnelle et performante, c’est justement pour que tout soit en place, que je n’ai plus à réfléchir, pour justement arriver à aller dans la bulle, et y rester. Là ça ne devient plus rationnel justement, mais ça demande d’avoir fait le taf avant. Le rationnel amène à l’irrationnel. Je ne me vois pas me farcir 10 semaines de boulot très rigoureux pour aligner « des suites de chiffres avec un peu de sueur dedans ». Je peux faire ça à l’entraînement. Il faut que ça reste un « trip ». On est pas foutu, physiquement parlant, pour faire 42km. Donc il faut injecter autre chose dedans, c’est une communion du corps et de l’esprit, un truc qui fait dire avant «c’est pas possible» et surtout après «mais c’est pas possible !!!».

15 commentaires » Ecrire un commentaire

  1. Double commentaire, pas de jalou 😉

    Belle interview mutuelle encore une fois ! Je croise les doigts pour que le deuxième soit tout aussi prenant, je pense que c’est une réalisation à chaque fois, et que, quelque soit la raison (vitesse, dépassement de soi, accompagner quelqu’un), il y a toujours quelque chose qui fait que c’est « hors norme » et devant lequel on ne peut pas rester indifférent à la fin d’un marathon. Enfin je pense…

    Bon sinon un indice pour la localisation du next one ??? Les bookmakers en peuvent plus la !
    La question est bien entendu valable aussi bien pour PAP que pour RS !

    • Le marathon secret, il sera secret jusqu’au passage de la ligne. Je vous parlerai peut-être même pas de la préparation tiens 😉

      Et ton second à toi sera particulier je suis sûr, vu comment s’est passé le premier! Chacun son histoire…

  2. Mouais, je suis pour l’égalité de traitement entre PAP et RS mais là, faut qd même avouer que tu ne t’es pas trop foulé au niveau des photos :-p

    (pourquoi tu dis qu’il est superficiel mon commentaire ?? ;))

    PS: ton marathon en touriste … NYC peut être ?

    • Tu as raison pour les illustrations. Mais ça c’est le truc de Running Sucks. Ça me ferait bizarre de l’imiter quelque part. J’ai plaisanté lors de la proposition du truc en disant : «même texte, mais chacun met en page comme il veut, comme ça tu pourra mettre des pandas. Mais les koalas, c’est plus mignon.» d’où l’illustration Pasaprèspas / Running sucks. Mais sinon, chacun son truc, moi je cours, j’écris, je prends des photos. Voilà.

      Et pour le marathon «plaisir», non je dirai pas. Et rien ne dit que ça sera le prochain en plus! 🙂 ni quand sera le prochain déjà!

      • Aaah elle est de toi cette photo, c’est pour ça que je l’ai jamais croisée (parce que pas faute de chercher des photos de l’animal).
        Non mais oui, faut quand même rendre à César ce qui a appartient à César, le concept (non, je n’ai pas peur des mots) du koala tueur VS panda mignon est de lui. Je n’ai fait que copier. J’avoue.

  3. Très sympa cette idée !
    Tu soulève un point intéressant auquel je n’avais jamais pensé : l’implication qui nous mène au marathon.
    Mon second et troisième marathon m’ont semblé moins fort émotionnellement à l’arrivée mais, vu d’aujourd’hui, la conclusion ne pouvait pas être grandiose avec ma préparation  » à la petite semaine » à minima (feignasse de l’entrainement: 200km en 8 semaines d’entrainement).

    • Je pense que si mon second avait été dans la foulée du premier, avec une préparation tranquille sans souci, et une petite amélioration de chrono, ça aurait été moins fort. J’avais 2 ans entre, des abandons multiples de préparations, ça a pesé beaucoup. Même si pendant la course, je n’ai pas pensé une seule fois «deux ans, c’est bon tu le tiens». A la fin j’arrive plus trop à réfléchir de toute façon. Mais j’ai du mal à envisager d’en faire deux par an pour cette raison. Il faut que ça reste spécial. Même si je pense que c’est surtout l’état de concentration / fatigue / abandon qui me fait tripper.

      • J’ai mis aussi 2 ans (un poil moins) entre mes 2 premiers marathons. Mon deuxième était celui de Sénart où je me suis inscrit au dernier moment (genre 1 mois avant), je me sentais prêt pour en refaire un mais je ne l’avais pas murement et pleinement préparé (bon j’ai quand même mis 10 minutes de moins que mon premier)

  4. Je réagis qd même un peu plus sérieusement sur tes propos ce soir.

    « Mais ce n’est pas seulement quelques heures de course. C’est toute la préparation. Tout ce qui peut arriver pendant ces longues semaines, voir même avant. Ça m’a pris 2 ans pour y revenir, et à une époque, j’en étais arrivé à penser que ça n’arriverait plus »

    Là je dis chapeau ! Quand tu t’investis comme çà dans ta préparation (c’est la condition si tu veux voir jusqu’où tu peux aller) physiquement mais surtout mentalement, d’une certaine façon, tu te mets en danger.

    çà peut laisser des traces si tu ne peux aller au bout de la dite prépa, si tu dois jeter l’éponge avant même de combattre parce que tu t’es blessé tout seul à l’entraînement. Dans ce cas, tu peux avoir l’impression d’avoir fait des semaines de prépa pour rien (2 ans pour toi !!!), de te retrouver dans le fossé au bord de la route, d’avoir investi à perte une portion de ta vie personnelle ou sociale sans avoir trouvé les réponses que tu cherchais. A mon sens, c’est çà le véritable danger et non pas d’échouer le Jour J à atteindre un objectif de chrono.

    A contrario, quand tu vas au bout et que tu atteins ton objectif comme tu l’as fait, alors là, c’est le jackpot 🙂 . Et c’est d’autant plus beau dans ton cas que tu connaissais les risques encourus parce que, visiblement, tu as mis du temps à revenir (blessure?).

    Dans mon cas, après de multiples interruptions du sport bien involontaires ces dernières années, je ne suis plus disposé à m’investir mentalement autant sur un objectif donné. Avec de multiples courses sans trop de pression, le rapport (satisfactions + qualité de vie) / (stress + fatigue + risques de blessures + coût) me semble désormais meilleur pour moi que celui d’une préparation complète en vue d’un seul marathon ou d’un IM….

    • Oui, je suis d’accord, la blessure en prep, ça doit faire mal à la tête. Quand j’ai eu mon alerte au mollet la semaine du semi, ça a été tempête sous un crâne pendant 5 jours, même si j’ai pas trop mal géré au final. Je pense pas que ça transparaît assez dans mon CR. Mais j’ai eu peur de même pas pouvoir faire le semi, et de devoir lâcher aussi le marathon. Je me suis dit surtout « fais au moins le semi à bloc, comme ça tu auras fait quelque chose de ta prep ». Devoir tout annuler en effet, ça demande un gros mental je pense.

      Mais je pense aussi que les blessures et interruptions que j’ai eu m’ont aidé à me faire le mental. Quand j’ai eu mon genou en tendinite permanente malgré le kiné, quand j’ai vu en vidéo que je courrais mal, ça a pas été simple de me dire « tu reprends de la base, tu changes ta foulée, ça va prendre 6 mois, tu abandonnes à nouveau le marathon pour le moment, mais tu courras mieux et plus vite après ». Je sais bien que j’ai plus 20 ans et que je peux pas perdre 6 mois souvent, mais ça reste un hobbie, et tant que je peux pousser et m’investir, je le fais. Mais avoir eu souvent cette sensation que ça pouvait s’arrêter à cause des blessures, ça m’a permis de remettre les choses dans leur contexte. Je ferai autre chose, du vélo, de l’aviron, du curling, peu importe. Ca doit m’apporter tout ça, et pas me prendre.

  5. Rétrolien : Courir ou ne pas courir… Et comment ? Pourquoi ? Où ? Quand ? Partie 3 | Pasaprespas

  6. Rétrolien : Courir ou ne pas courir… Et comment ? Pourquoi ? Où ? Quand ? | Pasaprespas

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