[CR] Vertical limit, CR de la course VertiGo

Vu d’en bas, ça paraît haut. Mais d’un autre côté, 200m, ça paraît court non ? Oui mais on est entraîné sur le plat, et 10km, c’est un effort violent déjà. Oui mais t’as vu les autres ? Y en a qui te rendent bien 10 à 20kg, et d’autres avec un camel bag ou des bouteilles de boisson énergétique. Pour un effort de moins de 10 minutes, ça parait idiot… Ils sont peut-être pas mieux préparés que toi. Oui mais 3 semaines d’escalier, ça transforme pas un homme du jour au lendemain en traileur non ? Oh tais toi, et grimpe !

IMG_20130531_182753Oui, débarquer à la VertiGo, c’est beaucoup de questions. Pour dire que c’est un sport de bourrins, ça montre qu’il y a matière à réfléchir. Car non, même pour monter des marches, il faut réfléchir un peu à une vitesse, une technique. Après 3 semaines d’entraînement relativement rigoureux, on débarque donc avec une petite idée du rythme à tenir, mais avec beaucoup de questions. Ahhhh, on se croirait presque revenu du temps du premier 10km. Comment ça va se passer ? C’est dur la fin non? Des émotions de débutant, ça apporte un peu de fraîcheur ! On arrive quand même assez tôt pour juger le « terrain ». Impossible de voir les escaliers de l’extérieur. Il paraît qu’il y a un peu de plat au début pour rentrer dans la tour, avec un bon virage. Paquets de 20 coureurs, toutes les 5 à 7 minutes environ. Donc dans la file, on observe un peu. Des jeunes, des plus âgés, du bien équipé, du équipé sportif du Dimanche qui s’en fout, du petit, du grand, du léger, du lourd. Et surtout les mêmes questions, voir même beaucoup plus que soi. Donc ok, ils se sont pas tapé 700 étages. Sur le moment, ça rassure. Hélas un peu après, on aurait presque espéré qu’ils en aient mangé un minimum !

Rez de chaussée

Après une bonne attente, un échauffement consistant à sautiller sur place, on voit partir le premier groupe, et on se prépare. Position dans le groupe au lancement : environ au milieu. Position à l’entrée de l’escalier : euhhhh… Devaient pas y en avoir tant que ça derrière ! Et là, une pensée fulgurante (si si, à ce moment là on peut encore réfléchir) : soit ils sont tous beaucoup plus forts que moi, soit ils vont manger sévère dans quelques étages. Evidemment, c’est la seconde solution, comme sur toute bonne course qui se respecte. Ça part à fond les ballons, ça court dans les escaliers, ça s’époumone  et surtout, quand arrive (le plus souvent assez vite, excusez moi messieurs) le moment où on ne tient plus, ça ralentit ceux qui sont derrière !

C’est la première frustration de cette course. Même en sachant qu’il faut partir tranquillement sans courir comme un fou sur les premiers étages, les autres se chargent de vous pénaliser pour cette même raison. Car si les plus lents sont rapidement dépassés, on se retrouve vite derrière certains un peu plus lents, mais pas de beaucoup.

Premier intermédiaire, 1min48 au 12ème, c’est finalement exactement le rythme qu’on envisageait de prendre (mais pas forcément de tenir…): 1:15 à la maison sur 10 étages, sur les 12 étages 25% plus haut de la First ça donne…. 1:48. Chapeau ! Sauf que les 10 secondes de plat au début et les ralentissements des autres coureurs font qu’on aurait pu aller plus vite. Mais ça, sur le moment, on n’a pas le temps d’y penser.

12ème étage

Ça se décante.  Devant, ils en bavent. Ben ouais les mecs, on part comme des fusées, on court, et on explose. Mais ils s’accrochent les saligauds. A peine un quart de course faut dire. Et là, pas le choix, c’est comme en formule 1, faut faire l’extérieur. On découvre alors que l’extérieur sur ce genre de course tout en virages, c’est vraiment plus long. Donc on va plus vite, mais on double pas. Et on doit chercher la rambarde à gauche, elle est loin la bougresse. Bandes de boulets ! Là c’est le dilemme, je reste derrière avec un peu de sécurité sur mon rythme, ou je force pour doubler ? C’est pas un marathon, pas le temps de gérer. On s’envoie sur les cuisses, et hop, tchao les mecs, vous m’avez bien pourri la course.

24ème, 1min48 à nouveau, et sans le plat au début, c’est pas trop mal de tenir ce rythme. On essaye de faire un calcul à la con dans la tête, ça fait dans les 7 minutes et quelques en haut, comme prévu, entre 7 et 8 min.

24ème étage

La voie est un peu plus dégagée, mais toujours quelques coureurs devant. Et là, ça commence à taper sérieusement dans le cardio, ça pompe ça pompe, les cuisses piquent mais sans brûler. Ça commence à devenir violent, et les souvenirs sont plus flous. Des coureurs doublés ? Oui, encore un ou deux, au prix d’accélérations assez terribles pour les jambes, et on commence à attendre le 30ème avec impatience, un peu comme au marathon. Sauf que là, c’est 48, donc le moral en prend un petit coup. 18 encore… On tire de plus en plus sur la rambarde, on essaye de garder le rythme, 2 à 2, 2 à 2, et arrive le 36ème.

1min58. Ouch. Ça baisse. Il faut dire que ça commence à bien faire cette histoire, il fait chaud, le coeur ne bat pas si vite (175 puls environ), mais franchement à ce moment là on a l’impression d’être à 205.

36ème étage

Soyons honnête, ça devient franchement flou. Deux femmes dans les escaliers, je subodore qu’elles sont du premier groupe. Même pas sûr, sur le moment je me suis juste qu’elles avaient bien géré. Mais ça se termine, avec l’impression de monter surtout avec le bras droit. Pas vraiment de cuisses en feu, mais surtout le coeur et les poumons qui semblent vraiment à la limite. Et là arrivent des quarts d’étage qui font perdre le compte. Ca tourne tout le temps, on ne sait plus où on est, arrive un palier avant de finir, on se dit que relancer va être terrible puis on se voit dire « Bravo, c’est fini ! ». C’est fini ? Et la ligne elle est où ? Et mes poumons ? Ils sont restés au 45ème je pense, quelqu’un pourra me les ramasser ?

« Bravo, vous pouvez monter au 50ème par cet escalier ». Oui c’est ça, deux de plus dans cet état, jamais de la vie. 7:31 au chrono de la Garmin mais l’arrivée était où en fait? Et je m’appelle comment ? On s’assoit, on respire, on laisse le cardio descendre… 1min58 sur le dernier quart, qui sera ramené à 1min48. J’aurais plutôt dit 2min08 aux sensations ! Comme quoi, le final a été géré presque à l’agonie, mais sans rien lâcher.

48ème -> 50ème

Bon allez, tout le monde monte au 50ème, allons voir. La terrasse, la super vue sur Paris. Bon ok, on regarde un coup, mais le passage à l’extérieur attaque de suite les poumons qu’on avait finalement bien gardés sur soi. Et là, ça pique, le coeur met longtemps à descendre, on essaye d’ouvrir la bouteille d’eau sponsorisée par Kone, avec le bouchon spécial sportif là, vous voyez bien? On tire vers soi pour boire. Ben impossible d’enlever la protection autour de ce truc, le retour à l’état primal de l’homme, désespéré devant un vulgaire bouchon. J’ai même mordu dedans…. Pas la force ou l’intelligence d’arriver à virer ce bout de plastique. C’est dire la misère. Je dévisse donc le tout pour boire au goulot. Fuck it. Et là les autres coureurs de se rendre compte des évidences « on est partis trop vite ». Ben ouais les mecs. Et ensuite vous bouchonnez.

Retour à la case départ

Après une rapide descente par l’ascenseur, on continue de tousser gaiement, on ingurgite des Powerbars qui semblent bien meilleures que pendant les sorties longues du marathon, et on se dépêche de récupérer son sac pour avoir son temps. C’est l’avantage d’être chronométré par TopChrono, le temps tombe très rapidement par SMS. 7min20. Bien ? Pas bien? Aucune idée. Si ce n’est qu’entre ces bouchons bien casse couilles au départ, et l’absence de « sprint » final vu qu’on ne savait plus trop à quel étage on était, il y a un peu de déception. C’est un temps dans la fourchette prévue, mais elle était grossière. 7min était peut-être faisable.

Après avoir attendu le passage de tout le monde, le classement final est complété : 36ème sur 181 coureurs. Donc l’objectif d’être dans le premier quart est rempli. Vu le profil de l’épreuve, assez opposé à mon profil de coureur actuel, c’est finalement plutôt sympa comme classement. Reste qu’il y a un peu de déception, pas de sprint final = pas de vomi (mince, c’était l’occasion !), et ce bazar de début de course moyennement géré… Allez, sur le moment on se dit comme toujours « chui trop vieux pour ces conneries, je la referai pas », mais l’année prochaine… Qui sait ?

Bilan

  • 36ème sur 181 coureurs. Une femme devant moi. Bien joué mon gars, t’es bientôt un mec, un vrai, un tatoué.
  • 48 étages, a priori 197m de D+ si j’en crois Wikipedia, donc ça donnerait 1612m/hr en vitesse ascensionnelle. Je ne sais pas quoi en faire, mais visiblement les traileurs savent 😉 Tout ce que je sais, c’est que c’était violent.
  • Le premier met 5min09. Autant dire que ça paraît brutal de chez brutal. 2295m/hr. Ouch.
  • Cardio à 174puls/min de moyenne à peine. Pourtant on avait l’impression d’être à l’agonie sur la seconde moitié. Comme quoi, on est pas entraîné sur cet effort.
  • Les cuisses ont piqué un peu, mais ce n’est pas le lactique qui a vraiment ralenti. Les jambes peuvent donner plus, c’est sûr.
  • Course bien organisée, bénévoles très sympas et souriants, c’est un quasi sans faute à ce niveau.

12 commentaires » Ecrire un commentaire

  1. Bravo pour ta belle perf ! C’est mérité car tu t’es donné les moyens.
    Te voilà maintenant traileur des villes 🙂

    C’est une expérience à tenter c’est clair. Il faut que j’improvise un déplacement sur la Défense l’année prochaine pour y participer.
    Ce type d’effort est plutôt atypique et c’est pas évident de faire des comparaisons.

    En tout cas chapeau pour ta course et ton CR rédigé presque aussi vite que ta montée et sans rogner sur la qualité. Royal !

    • Merci ! Je me sens encore un peu tendre sur ce genre d’effort, mais ça restera toujours dur pour un coureur je pense, c’est trop court. Ca permet de se changer les idées et de bosser un peu la puissance musculaire, donc à garder pour se faire plaisir je pense ! Je vais quand même regarder du trail plus long 😉

  2. Chapeau ! çà doit bien décrasser la tubulure…
    Pour l’an prochain, tu sais quoi bosser : départ à fond pour se placer mais sans exploser pour autant ! (pas facile )

    • Sacré décrassage oui ! Ca me fait penser au 3000m quand je le regarde à la télé. Je dis toujours « jamais je ferai ça, ils en bavent trop ». Je confirme 😉

      Et sinon oui, tu as raison, un plus gros départ… Pas si difficile, y avait environ 60 mètres jusqu’à l’escalier, ça m’aurait pas fait exploser le cardio, c’est trop court. Ou mieux choisir son groupe, les premiers sont trop « énervés » je pense. Et surtout, bosser en côte et en VMA non ? J’ai besoin de puissance cardiaque et ventilatoire, j’ai pas l’impression que mes muscles étaient à l’agonie.

  3. J’ai toujours voulu savoir ce qu’on ressentait dans ce type de course. Ton excellent billet permet de le savoir. Bravo pour ta performance! Tu es capable d’ouvrir la machine.

    • J’en referai pas tous les week ends, c’est sûr ! C’est pas un effort habituel pour nous. Mais de temps en temps, c’est fun quand même je trouve ! Pas impossible que je m’y remette l’année prochaine s’ils la refont.

  4. Quoi ? Si tu vomis pas la dessus, alors quand ?
    Trêve de plaisanterie, beau chrono (non je rigole, ça me parle pas du tout), surtout belle place ! T’auras pas fait flippé tes voisins pour rien …

    • Ben si j’avais su que j’arrivais en haut, j’aurai pu pousser plus, là j’étais « juste » très mal 😉

      Et oui, maintenant je vais parader avec mon tshirt 😉 Qu’ils sachent qui est le boss de la tour 😉

  5. Rétrolien : Conseils pour débutant en course de tour | Pasaprespas

  6. Ca avait l’air vraiment sympa cette course ! Bravo, tu finis bien, et malgré les petites déceptions (les bouchons, c’est un truc de trailleur…) tu signes une super perf !

    • Oui c’est rafraîchissant comme course. Et même si j’ai raté des trucs, le résultat est sympa, je suis très heureux de ce choix de course. Moi qui disait détester les petites distances… je repars pour un 5km en côte. Vas y comprendre quelque chose. Je finirai sur trail, ça me paraît certain 🙂

  7. Rétrolien : On a refait la course avec Pasaprèspas (3/3) | Running Sucks

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