CR du marathon de Sénart (oui, avant la course)

Sur une idée de Fred, Pasaprèspas innove en vous proposant le CR de la course AVANT qu’elle n’arrive. Comme ça on ne joue pas la fausse modestie, on annonce clairement la façon dont on voit la course. Il suffira ensuite de comparer au CR réel pour voir où votre coureur favori a failli (ou brillamment réussi).

Mercredi, 6h, déjà réveillé depuis une bonne heure, mon camarade de course et moi-même nous levons pour avaler notre petit dèj favori de jour de marathon : un Gatosport d’Overstim, c’est riche, c’est facile à digérer, et avec tous les pâtes qu’on s’est enfilé depuis quelques jours, ça sera bien suffisant. Départ pour Combs la Ville vers 7h, il faut prendre la navette pour Tigery et déposer nos sacs et bidons (oui oui, on a des bidons personnalisés, comme les élites, c’est une course où les coureurs sont bichonnés, l’organisation est vraiment appréciable). La météo est très acceptable dirons nous : petite pluie pendant la nuit, matin très frais, temps couvert, pas de soleil, 8 à 12°C, un body + une veste légère suffiront. Reste le vent, qui s’annonce important, mais qui ne devrait pas être trop souvent de face. Après avoir regardé le parcours, on voit que les sections qui vont vers le Nord Est (le sens d’arrivée du vent) sont peu nombreuses, mais situés à mi parcours, et surtout sur la fin. Donc stratégie de course : j’oublie le négative split, entre le tendon douloureux et ce vent, il faut la jouer fin. Passage au semi en 1h43/1h45, pour avoir un poil de sécurité sur l’objectif de 3h30. Je le maintiens, les résultats au semi et des entraînements laissent penser que je pourrais viser un poil mieux, mais les conditions font qu’on ne va pas jouer au caïd et rester raisonnable : finir déjà, moins de 3h40 en objectif « ça se passe moyennement », 3h30 en objectif « je déchire tout ».

Les allures sont donc bien décidées, je pars sans trop pousser, 3 kilomètres au dessus de la moyenne visées, vers 5:05, histoire de mettre en route lentement avec cette météo frisquette, et pour économiser un peu de glucides. Ce n’est pas la cohue du marathon de Paris, pas d’énergie gâchée à slalomer déjà ! Arrivé « à température », le tendon ne se fait toujours pas sentir, j’accélère légèrement pour me mettre au rythme 4:55. Ravitaillement du 5ème, première bouteille de Nutraperf, que je garde avec moi, en buvant régulièrement, par petites gorgées. Le tendon se fait un peu sentir, mais c’était prévu, depuis une semaine je m’étais préparé à ne pas me laisser empoisonner la tête par cette sensation. Ça passe ou ça casse, mais d’autres marathoniens ont dû courir avec bien pire que ça, donc tant que ça ne me force pas à marcher, je me dis que c’est gérable. On est pas une chochotte, sinon faut faire autre chose que du marathon…

Le peloton s’étire doucement, ce n’est pas le marathon de Paris ! Et comme je cherche à respecter mon plan soigneusement, je n’ai pas suivi le meneur 3H30. Il est parti légèrement devant moi avec mon départ tranquille, je le garde en point de mire. Mais après avoir fait 36 sorties sur 40 tout seul, je sais que l’effort solitaire, ça me va. La musique m’aide à rester relax, je cherche la foulée fluide, sans trop forcer, en poussant au minimum, avec une position bien contrôlée. Toute énergie économisée maintenant servira ensuite si le tendon tient le choc. Je reste dans le rythme, ravitaillement plus que succinct au 10ème (il me reste de la boisson, je garde mes gels pour le 20ème et le 30ème si nécessaire). Deuxième boisson au 15ème, toujours dans les temps, on reste dans l’optique « tranquille pendant 32 bornes ». Le tendon se fait sentir, mais sans gêner le mouvement. A froid, ça fera mal, mais tant que c’est à froid… Passage au semi en 1h44, comme prévu. Je consulte le cardio, non pour décider de mon allure, mais pour surveiller que je ne me vois pas trop beau, et avec des chiffres faciles à mémoriser : rester sous 160 au départ si possible, puis 170 puls environ à mi parcours. C’est bien tenu, malgré un petit pic au départ (je m’y attendais, difficile de rester calme !). On ne s’enflamme pas, le retour s’annonce plus difficile.

Comme prévu, le passage au semi nous met face au vent, et difficile de se planquer ! La position de course sert alors à éviter de trop forcer : on se penche un poil plus, en essayant de s' »appuyer » sur le vent. C’est plus mental qu’autre chose, on sent bien qu’il faut pousser un peu plus. Allez, quelques km, ensuite ça devrait être de côté. Mais l’énergie utilisée à ce moment incite à être prudent par la suite, il est encore bien tôt pour avoir à fournir un effort supplémentaire… Ravitaillement du 25ème, troisième bouteille, ça fait toujours du bien au moral tellement on est persuadé que ces ravitaillements sont plus efficaces que les gels ou autres sucres. C’est le début des grandes lignes droites, je suis vraiment tout seul pour le coup, le meneur 3h30 est toujours un poil devant moi, et les coureurs clairsemés. Le tendon est plus sensible, c’est toujours gérable, mais quid dans 10 km ? On essaye de garder la foulée, rapide, fluide, avec une bonne posture. Tout le reste va bien, cardio pas trop haut, cadence à 4:55 tenue. 30ème, ça commence à se préciser, plus que 12km, on aurait pu envisager d’accélérer un peu dans le scénario idéal, mais entre le vent qui va revenir de face sur le final, et le tendon, on préfère rester prudent. Allez, 5 bornes et c’est la dernière bouteille, ensuite c’est presque fini. Je remets mon casque, et essaye de me concentrer un peu sur la musique dans ces longues lignes droites. Malgré le temps maussade, il y a plus de monde que j’imaginais, ça fait plaisir.

35ème, une dernière bouteille, elle fera jusqu’à l’arrivée sans souci, et ça redonne un petit coup au moral. Le chrono descend un peu, les jambes tirent, le tendon se fait sentir à chaque impact, le vent semble plus fort qu’avant (je suis sûr qu’il n’a pas changé d’un iota…), il fait presque froid, je me force à boire un peu plus pour reprendre de l’énergie. Le meneur n’est pas si loin devant… 7km, 35 minutes, si ce tendon et ce vent n’était pas là, ça ferait longtemps que je l’aurais dépassé… Difficile de ne pas y penser, mais les jambes ont du mal à accepter l’idée qu’il faudrait accélérer. On passe la musique en mode « t’as pas mal » (oui, encore la BO de Rocky IV, on se refait pas !), et la fin des grandes lignes droites permet d’oublier le meneur 3h30 qui a disparu de son champ de vision. Restons concentré, il faut finir, finir, juste finir. Le vent revient de face, et si ce n’est pas le mur tel qu’on en parle, c’est une autre épreuve qui permet de tester son mental. Les mollets sont franchement douloureux, et on en finit presque par oublier que le tendon fait mal tellement c’est une habitude. Je ne sais même plus si je cours de manière fluide, j’essaye simplement de rester sous les 5:10min/km. Une allure qui me faisait rigoler il y a quelques jours de ça, et qui paraît soudainement être un effort conséquent. Le panneau Combs la Ville est là, bientôt le 40ème, un petit gel coup de fouet pour finir, 41ème, ça descend vers le stade, sans pouvoir changer d’allure, juste finir finir finir, ça sera sous 3H35, allez, 3h33 ça serait joli non ? Pousse toi au cul ! Impossible de vraiment accélérer pourtant, 3h34:19 au passage de la ligne. On peut s’asseoir, souffler, toucher ce tendon qu’on maudit depuis quelques jours, et se sentir à la fois ravi d’avoir enfin fini son second marathon mais un peu déçu d’avoir raté le 3h30 qui semble atteignable. Allez, pour le prochain, sans faute !

PS: ceci est une fiction pour montrer l’état d’esprit deux jours avant la course. Ni trop optimiste, ni trop pessimiste. Même si j’ai tendance à croire que ces scénarii entre deux chaises n’existent pas trop trop… C’est souvent proche de l’objectif, ou très loin.

PS2: Ca manque d’émotion ce compte rendu non ? Ouais, on est d’accord. Ça va être autre chose Mercredi ou Jeudi, je vous le promets 😉

14 commentaires » Ecrire un commentaire

  1. Excellent ! On s’y croirait presque.
    On a l’impression que tu enchaînes les marathons tous les mois tellement c’est précis et préparé.

    Pourvu que tu dises vrai sur le fait de terminer sans bobo mais avec la variante d’une arrivée avec un objectif largement dépassé !

    • Sans bobo, j’y crois très moyennement honnêtement. Ca reste très flou bien sûr, avec mon expérience colossal… Mais je ne me voyais pas faire un CR à 3h25. Et je veux éviter d’écrire un 4h10, rien que pour le moral… Je suis hésitant quoi. Mais ça fait du bien de partir sans avoir un temps prévu à 2 minutes près comme les autres distances non ? 🙂

  2. Tu es fin fou ! Mais çà m’a fait bien marré et c’est le principal :-)))

    (Fais quand même gaffe avec tes bouteilles persos au ravito : si vous êtes des centaines à faire pareil, çà risque d’être galère pour retrouver la tienne à chaque fois, non ?)

    Bonne chance ! 😉

  3. Franchement, non seulement l’idée d’un CR de course avant la course est assez drôle, mais je trouve pas ça inutile. Tu anticipes la course, les éventuelles difficultés, tu te prépares psychologiquement à la chose. Bon, j’imagine que ça ne se passera pas exactement comme tu l’avais imaginé … Mais, c’est un peu le charme du truc, non !?
    Allez, double ration de petits pois congelés pour le petit tendon !

    • préparer mentalement, je le fais toujours. Le mettre sur le papier, ça parler de pas tricher et de montrer ce qu’on espérait. Dans ce tendon, vous auriez eu un 3h27, c’est sûr. Là je suis entré deux chaises, ça fait bizarre de partir pour le second avec moins de certitudes que le premier! Mais c’est le jeu. Je suis motivé, mais en même temps, je flippe totalement 🙂 ah p…… vivement demain!

  4. Rétrolien : Bilan final marathon 2013 | Pasaprespas

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