S5

La semaine S5 ne s’est évidemment pas passé comme prévu. Non. Faire un plan marathon respecté au pied de la lettre, il faut bien l’avouer, c’est ennuyeux. La semaine dernière, Pasaprèspas s’était déjà attaché à rendre la sortie longue moins soporifique. Cette semaine, nous allons encore plus loin.

Pas de sortie le lundi, il faut dire qu’on est en semaine de semi marathon. Donc au programme, 2 à 30 sorties cool, incluant un petit fractionné. Les jambes étant encore un peu douloureuses du 25km du Dimanche, on la jouait prudent en annulant également le mardi. C’est fini l’époque où on était jeune et insouciant. Maintenant, on écoute son corps.

Donc le mardi matin, en arrivant à la gare après un trajet assis dans le métro, quand on voit que le train est sur le point de partir et qu’on peut toujours prendre le prochain sans être en retard au bureau, on fait ce qu’il est raisonnable de faire : on le regarde partir et on part prendre un café.

Ben non. On lui court après. Ah c’était beau. Un costard cravate à la droite, attaché case à la main, qui tente lui aussi de partir en courant. Je le dépasse facilement,  et tel un héros de film américain, je m’engouffre entre les portes du train qui se referment. Les passagers applaudissent, les femmes se jettent à mes pieds (bon OK, j’en rajoute un peu). Magnifique.

A la descente du train, une douleur. Derrière le mollet. Pas une courbature. Non. Une douleur « pas normale ». Ça tire. Je boitille. WTF comme diraient nos amis anglo-saxons ? T’as quel âge ? Le midi, on sort manger, ça fait toujours mal. Même assis, ça tire un peu. WTF again !?

Retour à la maison le soir, en boitant bas. Faut pas être con quand même. On inspecte. Le mollet n’est pas dur. Mais il y a une douleur à la palpation. Pas en surface. Peut-être derrière le jumeau interne. Je suis pas kiné ou médecin, qu’est-ce que j’en sais ?? Bon. Étirons. Ouille. Ça fait mal. Élongation ? Possible. Ça ne ressemble pas à une contracture en tout cas. Donc. Glace. Glace. Glace. Repos.

Et on commence à tergiverser dans la semaine. T’es con. T’es vraiment con. Bon, d’un autre côté, c’est la semaine la plus « light » du plan ou presque. Quitte à faire le con, c’était le moment. Mais quand même. T’es con. Mais c’est pas grave. Sur le moment, pas de douleur. C’est léger. Ça peut se réparer en quelques jours peut-être. Mais après une élongation, on doit reprendre DOUCEMENT. Et dimanche, c’est le semi. Et si je le faisais doucement? Ouais voilà, on va se taper une heure de route pour faire un footing… Et t’auras quel temps de référence pour le marathon? Et si on décalait le semi au week-end suivant  ? Merde le Dimanche j’ai un baptême. Et si c’était pas une élongation ? C’est pas localisé… Internet me propose… désinsertion des jumeaux. 4 à 6 semaines. Arrête de lire internet putain… Glace glace glace. Repos. Le Jeudi, on ne boîte déjà plus du tout, on ne sent plus grand chose. Reste tranquille. 1 heure de glace par jour. Pas d’étirements à froid. Rien. Teste samedi, et décide. Au pire, tu lâches la semaine d’après et tu révises ton temps au marathon? Oui, mais bon… Fait chier. Encore réviser…

Voilà grosso modo l’ambiance de la semaine. Allant de positive par moment (plus de douleurs) à exécrable à d’autres (faudra annuler le marathon, remettre à l’année prochaine à nouveau…). Donc autant vous dire que le Samedi est arrivé avec une impatience certaine. Et comme un petit resto libanais était prévu le midi (oui OK, pas tip top une veille de semi…), autant aller se tester le matin pour savoir si on peut se venger sur la bouffe. Donc :

S5E1

Wow, E1 le Samedi, quelle innovation ! Donc on sort avec comme souvenir le même test environ un an auparavant. Petit flash-back : voyage en Chine, avec en prévision, un trail sympa à Hong Kong, puis un emi au retour en France. Oui mais voilà, lors d’un entraînement anodin, douleur vive au tendon d’Achille droit, on s’arrête, on espère encore faire la course 10 jours plus tard. Mais après une semaine de repos, dès le premier test, la douleur revient très vite. C’est le début d’une bonne galère avec cette blessure.

Donc Samedi matin, il faut bien avouer que c’est la sortie vers l’inconnu, avec la possibilité de rentrer au bout de quelques centaines de mètres. On part doucement, terrain meuble. Tout va bien. 1km. On passe un pont, retour sur le bitume, on accélère légèrement. Tout va bien. Bon. Testons plus vite, de toute façon il faut voir si à vitesse de semi ça tient. Donc 11km/h. Puis 12. Toujours OK. On pousse donc plus loin que prévu, 4.7km en 24:20 (5:10/km). Et on rentre en essayant de rester prudent : attendons d’être à froid, Mardi ça ne faisait pas mal en courant non plus.

Mais intérieurement on commence déjà à crier « SEMI MARATHON DEMAIN YEAHHHH ».

Donc

S5E2

En début de semaine, on prévoyait de faire ce semi presque à bloc. Càd sans chercher à se mettre minable sur la fin pour gratter 30 secondes. Faire un temps correcte oui, pour avoir une référence sérieuse pour le marathon. Se dépouiller totalement et mettre deux jours à récupérer, non.

Objectif

Mais frustration de la semaine aidant, c’est finalement la bave aux lèvres que votre serviteur se réveiller le Dimanche matin. JOUR DE COURSE ! Près de 5 mois sans compétition, ça vous énerve un coureur. Donc après avoir minutieusement préparé la course le Samedi (qui a dit « au resto libanais ? » dans le fond ???), c’est donc presque sûr de son fait que votre coureur favori file à Rambouillet. Objectif : 13km/h, en partant tranquillement entre 5:45 et 5:36 sur les 6/7 premiers km, puis accélérer. Après tout, on a tapé des kilomètres en 5:20 et quelques aux 20km de Paris. Donc 1:37 semble être un maximum. Reste à voir les conditions : il y a une montée à négocier, et un temps très frais (3 à 4°C). Et une semaine sans courir.

La course

On a choisi une « petite » course (1800 participants) pour éviter le stress du départ d’une course de masse. Donc on se change tranquillement à l’intérieur, on fait la queue pour faire pipi, on s’échauffe très succinctement, et on file au dernier moment se mettre au fond du SAS « moins d’1h40 ». Ça fait un peu monde quand même. On part en retard, la ligne de départ est un peu difficile à situer (c’était avant les tapis de l’arrivée visiblement…), mais c’est NETTEMENT moins frustrant qu’aux 20km de Paris (avec sa belle montée et 5:40 au premier km…). Ici au contraire, ça descend, idéal pour se mettre en jambes ! On prend les trottoirs pour remonter un peu, et c’est parti pour quelques kms sans trop se pousser, mais sans se laisser aller. Les jambes répondent BIEN. On reste en posture vers l’avant, on pousse derrière soi, ça avance tranquillement. Les mollets crient un peu, mais c’est le retour sur bitume après une semaine blanche. Ça va le faire.

Arrivée de la montée à la sortie de Rambouillet, on évite le syndrome « Paris Versailles », on se freine, on contrôle le cardio, le temps gagné sur le premier km sera perdu ici, pas grave. Puis on retrouve la route de forêt qu’on a pris des dizaines de fois. Je cours à la piaule les enfants ! Je connais tous les chemins. Ça aide à être en confiance. La cadence visée est bien tenue, voir dépassée : entre 5:45 et 5:36. Le contrôle du cardio permet de voir qu’on reste dans les clous, continuons comme ça. Premier ravito, des gobelets, beurk… Vraiment pas idéal. On enchaîne en accélérant progressivement, on continue de remonter du monde, ça fait toujours plaisir. On passe sous les 4:30, très bien. Second ravito au 9ème, on arrive sur la piste cyclable parcourue là aussi des dizaines de fois, l’allure reste en 4:25 et 4:35, très bien.

La sortie de la forêt marque l’arrivée de la fatigue, il fait froid, on commence un peu à le sentir avec le retour du vent, mais c’est là qu’on voit si on veut faire un bon temps ou se satisfaire du minimum.

Les « tips and tricks » Pasaprèspas

On en vient donc à toutes les astuces utilisées pour ne pas céder à la fatigue.

Déjà, se caler derrière quelqu’un. Ça  ça signifie que vous mettez VOTRE course dans les mains de quelqu’un d’autre. OK, il peut avoir un bon rythme. Mais ça va durer ? Vous n’en savez rien. A moins de suivre une personne de confiance, c’est une solution de sécurité. Non, gardez VOTRE rythme, et ne suivez personne. Ni une personne qui vous double d’ailleurs, c’est une bonne solution pour se mettre dans le rouge. Ou alors dans les deux derniers km…

Au contraire. Doublez. En partant dans le bon sas, vous allez quand même doubler des optimistes qui se sont vus trop beaux. Et doubler, ça fait plaisir. Prenez les un par un. Doucement. Sans chercher à doubler pour doubler. Mais dépasser à votre train, en montrant bien que ouais, vous en bavez aussi, mais vous doublez. On court pour soi, mais ça fait du bien au mental.

Gardez la posture. Ça me semble CRITIQUE. Se relever, ne serait-ce qu’un peut, c’est perdre de précieuses secondes. Ralentir un peu, mais en gardant toute la posture, la foulée, la position du buste, la tête haute… Ça fait une différence notable sur le chrono. Cela demande certes un petit effort de concentration, mais l’attitude doit rester positive en permanence. Le chrono vous convaincra que le jeu en vaut la chandelle. Attitude, attitude, attitude. En permanence.

Boostez vous « artificiellement ». Artificiellement dans le sens où il faut être clair, vous courrez une simple course, votre vie n’en dépend pas, vous faites ça pour vous, ce n’est pas une question de vie ou de mort. Mais n’importe quelle astuce pour vous pousser au cul est bonne à prendre, surtout quand ça devient dur. Votre patron vous a fait chier toute la semaine? Vous allez lui montrer ce que vous pouvez faire. Votre gosse aimerait vous voir faire un bon temps et sera fier de vous ? Utilisez ça ! Personnellement, j’ai à nouveau utilisé avec bonheur la RB. Quand il commençait à faire froid, qu’on a du mal à pousser, revoir nos amis Stallone et Lundgren se manger des entraînements de mammouths, ça vous transforme un homme. Evidemment, c’est une motivation tout à fait personnel, je suis sûr que nombre d’entre vous doivent vous dire « mais il est complètement idiot ? Rocky 4 ??? ». Oui, ce grand film de géopolitique. Ahhhh, les années 80…

La fin : douleur il y aura

Retour à la course, avec ces deux citations toute à fait à propos qui auront ponctué cette fin de course : le fameux

« j’ai pas mal » de Rocky 4 justement

et le « la douleur est inévitable, la souffrance est optionnel » évoqué par Murakami dans son livre sur la course à pied.

Oui, à la fin, il faut accepter que ça fasse mal, et ça faisait mal. Mais avoir mal en doublant, c’est se dire que l’autre souffre et lâche quelque chose qu’on ne lâche pas. Le chrono motive bien à continuer : on navigue entre 4:30 et 4:13 (!!) du 13ème au 18ème. Arrive le dernier ravito, la dernière montée, on prend le temps de boire comme il faut, et de faire son petit calcul au 19ème comme prévu : 1:26, il faut donc boucler les deux derniers en moins de 4:30 pour finir sous les 1h35 (ne JAMAIS oublier les 100 mètres des 21.1 !). Probablement en 4:20, ou moins (à ce moment là, les calculs de tête,  je dois avouer que…). Donc on pousse. 4:18 au 20ème, les doigts sont gelés, on pourra pas dire qu’on a retenu. 21ème, les quelques personnes qui regardent passer la course vous encourage, c’est bon signe: vous devez avoir une tête de coureur qui en bave comme pas possible. On voit la ligne d’arrivée, 1:30 pour la rejoindre, et on pousse, et on pousse, putain que ça fait du bien de se mettre minable quand trois jours auparavant on ne savait plus trop si on pourrait courir.

la belle courbe du rythme cardiaque

1:34:40. Rahhhh putain comme ça fait du bien et comme ça fait du mal passée la ligne. Envie de vomir. Impossible de couper la puce, les doigts sont engourdis. L’envie de s’asseoir et de souffler. Les jambes en compote. Mais 1:35, c’est fait ! 13.4km/h de moyenne, ça le fait aussi !

Au final

Passé le ravitaillement final assez sympa (ahhhhhhhhhh du chocolate chauuuuuud), les infrastructures et les bénévoles sympas, on repart donc les jambes un peu attaquées, mais en ayant au moins un chrono correct sur semi, le précédent record étant explosé (1:52 et quelques, mais en entraînement, aucun semi n’ayant jamais été couru à bloc auparavant). Même le temps du 20k de Paris est mis à mal. Le régime plus strict pour le marathon (2kg de moins qu’en Octobre) et la prépa auront fait effet. Reste à soigner les petites douleurs et reprendre le plan d’entraînement de manière raisonnable (donc pas de fractionné de mammouth si les jambes ne sont pas remises, et pas de course derrière un train…). Voilà donc une semaine vraiment vraiment pas prévue, comme quoi, sur Pasaprèspas, on vous bichonne !

Le semi de Rambouillet

Petit bilan rapide de ce semi :

-Parcours assez sympa, deux trois passages un peu difficiles (une montée, segments à découvert), serait sûrement très agréable avec une bonne météo
-Organisation très carrée. Les bénévoles sont très sympas, les infrastructures permettent de se préparer et récupérer dans de bonnes conditions.
-Ravito bien, mais avec gobelets. Pas évident de mettre des bouteilles pour le ramassage, je sais.
-Pas de temps corrigé, c’est toujours pénible, surtout qu’il n’est pas évident de voir quand on passe la ligne de départ si facilement.
-Affichage super rapide des temps, ça fait toujours plaisir.

4 commentaires

    1. Euhhh de 13.4 à 14, y a comme qui dirait une petite différence ! J’ai pris 0.4km/h en 6 mois, je me vois mal refaire ça aussi vite. Ça veut dire gagner plus de 4 minutes là…. Mais un jour, <1h30 sur semi, oui. C'est sûr même. Règle n°1 : on ne s'impose pas ses limites. On ne cherche même pas à les deviner.

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