[CR] La vie à 180 pulsations minute

Après 18 mois un peu galère, à avoir mal, se soigner, s’arrêter, reprendre, avoir toujours mal, changer sa façon de courir, reprendre à nouveau de zéro ou presque, se reblesser, re-reprendre, se rereblesser, re re reprendre… courir à 100%, c’est un plaisir incroyable.

Quand il y a justement 18 mois s’ouvrait ce blog, suite au premier marathon, c’était bien sûr une forme de victoire, mais avant tout le sentiment de débuter quelque chose plutôt que de l’achever. Le titre de l’article le disait clairement : « La fin ? Non, le début« . Je m’imaginais alors naïvement que tout allait naturellement s’enchaîner, qu’on finissait pas s’habituer au plaisir d’une course aboutie. Que finalement, le plaisir intense, c’était peut-être fini. En performances, je n’étais pas bien bon, mais peut-être avais-je déjà connu mes plus belles émotions, et le reste ne serait plus qu’une belle routine ?

J’étais encore bien naïf et con à l’époque non ? La course à pied s’est chargée depuis de me rappeler qu’on ne la maîtrise pas comme ça. Que les magnifiques plans qu’on veut sans accrocs virent parfois à la grosse galère, qu’il faut savoir être patient pour se soigner ou changer les choses.

Donc le 14 octobre, retour à une course connue, certes de « masse », mais à la bonne ambiance, plutôt plate et facile à gérer. Et quand on annonce qu’il va faire très frais pour l’époque (8°C environ), et qu’il va pleuvoir, soit on commence à chouiner et se dire que ça va être galère, soit on se dit « chic, voilà de quoi montrer qu’on en veut vraiment ». Fort de son expérience sur cette course et de quelques conseils bien sentis, on se pointe très tôt sur les lieux du drame pour ne pas partir en fin de peloton. Il faut arrêter de se cacher. Viser 1h40 max, c’est être dans le premier quart.

La galère

Donc nous voilà déjà débarrassé de son sac à 9h, et en route vers le pont de Iéna. Chaudement habillé d’un corsaire, un tshirt, des manchettes (très bon conseil !), une cape de pluie « Marathon de Paris » (frimeur va !), et un tour de cou. Un peu léger… Surtout pour une bonne heure sur ce maudit pont. Assis certes, mais à se peler les noisettes comme rarement. Ça finit par travailler la tête ces conneries. On se dit qu’on dépense de l’énergie à se réchauffer. Qu’on va partir froid, que ça commence un peu à pleuvoir, que les meneurs d’allure prévus dans le sas non protégé « 1 » semblent être en fait dans le sas préférentiel et qu’on se retrouve entre un 2h00 (c’est cela oui !) et un 1h50 (même pas dans tes rêves que tu finis devant moi). Donc pour ceux qui craignent ce genre de départ, vous avez raison. C’est la misère, et les fameux « sas » m’ont paru bien mal gérés. Maintenant la solution simple : trouver un accompagnateur, venir s’installer sur le bord du sas, restez au chaud dans un polaire, et le filer à la gentille personne qui vous aura tenu compagnie pendant cette sacré attente.

Puis les effets positifs des courses de masse se font sentir : l’heure du départ arrive, on sent que ça s’agite, ça commence à trépigner, ça sautille, les animaux en cage sont prêts à être libérés. Le départ par vague permet se s’avancer vraiment proche de la ligne pour une fois, au lieu du traditionnel départ en marchant. Soudain, on a moins froid, on commence à sauter sur place, à se masser les cuisses, on vérifie que sa montre est prête, GPS acquis, la playlist est chargée, on ne peut plus reculer, peu importe le froid, la pluie, 100%, c’est tout ce qui compte.

Le dopage

Oui, on savait plus ou moins que Captain CAP était dopé. Maintenant que même le boss, Lance Armstrong, a dévoilé ses petits secrets, votre serviteur peut bien avouer les siens. L’avantage étant qu’ils sont complètement légaux, avec tout d’abord, la méthode « Gamer » (l’article arrive très bientôt), et ensuite la playlist. Car dans sa préparation millimétrée (étude du profil, prévision des temps de passage, choix de l’habillement, alimentation adaptée), votre coureur favori a poussé encore plus loin son optimisation en se faisant une playlist très précise. Sans être toujours fan de musique pendant les courses (j’en utilise finalement peu), l’expérience du 20km de Paris 2010 avait été bénéfique. Des chansons bien punchy permettent d’assurer un tempo. Donc cette année, c’est une playlist très étudiée qui a été choisie :

  • un morceau d’ouverture assez énergique pour se lancer après tout cette attente. Vu le cadre, l’élu était très à propos : « A tout moment la rue » de … Eiffel.
  • quelques morceaux un peu moins aggressif pour éviter l’emballement sur les premiers kms (trois morceaux du groupe de « rock atmosphérique » écossais Mogwai)
  • une montée en rythme avec des morceaux de plus en plus punchy (une petite série d’Indochine, suivi que deux morceaux de la BO de Rocky, Joe Satriani, AC/DC, Noir Désir)
  • une durée très étudiée, puisqu’on limite la playlist à 1h39, avec deux fins possibles : une première chanson de sprint final (« Speedway To Nazareth » de Mark Knopfler) pour finir sous les 95min, et une dernier morceau de 4 min pour accrocher les 1h40.

Ce « dopage » acoustique a très très bien fonctionné : le lancement sur le morceau d’Eiffel a été difficile (5:45min/km, alors qu’on visait 5:15 max…), mais surtout à cause de la masse de coureurs, la musique aidant bien à partir remonté à bloc. Mogwai a également bien fait son travail, accélérer sans se mettre trop vite à 90% de cardio, puis Indochine a permis de maintenir un bon rythme dans les passages un peu plus difficiles du bois de Boulogne.

Mais le déclic vraiment « cliché » de la playlist, c’est le retour dans Paris et le ravitaillement du 10ème. Là débute le morceau « War » de la BO de Rocky IV (ouais ouais, je sais que ça vous fait marrer ça !), il pleut bien, il fait froid, mais là, la seule chose qui me vient à l’esprit, ce sont des images de Stallone et Lundgren en train de se taper leurs séances d’entraînement de mammouth, ça court dans la montagne, ça sprinte sur un tapis de course incliné à 30%, c’est du grand n’importe quoi, mais en bon enfant des 80’s, ça fout un joli coup de pied au cul. La pluie ? Rien à battre ? Le froid ? Il fait bon à ce rythme ! Les 1h40, on va aller les chercher, sans souci.

Là dessus on enchaîne sur Thunderstruck d’AC/DC en arrivant sur les quais, ça défile tout seul, comme jamais on a vu passer des kilomètres, on remonte toujours du monde, on trace toujours tout droit (des flaques par terre ? Rien à carrer, on est pas venu là pour garder les pieds au sec), et le casque continue de donner des temps qui font qu’on commence à faire des calculs. Moins de 4’30min/km, ça fait gagner 30 secondes au km par rapport à l’objectif « haut » de 1h40. Sur 10 bornes restantes, ça fait 5 minutes. Donc le second objectif des 1h35 est jouable. Et les carottes, y a rien de tel. On est pas venu pour se satisfaire d’un temps estimé. Passons donc à la carotte suivante. Surtout que toute la course, on a géré au cardio plutôt qu’à la vitesse : attaquer vers 170puls, et monter progressivement, d’une pulsation par km environ. Donc à 178puls/min au 10ème, on sait qu’on en a encore sous la semelle, aussi mouillée soit-elle.

Et là c’est le grand panar, courir sans avoir mal, plus léger que jamais (c’est chiant par moment le régime, mais le jour de la course, vous allez les kiffer les boîtes de maïs que vous vous êtes enfilées, croyez moi), continuer à remonter des coureurs, profiter des quelques supporters motivés venus autour des tunnels, c’est enfin du 100%, on ne cale plus, le 1h35 sera battu, on dépasse les deux meneurs 1h40 pour le plaisir (qu’est-ce qu’ils font là ?), on finit en accélérant sur le dernier km pour passer en 1:32:50. Puis passé un long cri intérieur (c’est bon, on a pas battu de record du monde non plus…) on s’assoit quinze mètres après la ligne contre le grillage, et on regarde comme un con la tour Eiffel le temps que la fameuse playlist 1h35 se termine. 2 minutes à reprendre son souffle, avec un sourire idiot sur le visage. Il pleut, il fait froid, on s’en fout.

A quoi tu penses pendant la course ?

C’est la question qu’une lectrice me pose. A quoi peut-on bien penser pendant 20 bornes ? Bonne question ! Ce qui m’a frappé, de même qu’au marathon de Paris, c’est à quelle vitesse je vois passer la course. J’avoue avoir du mal à débuter ce genre de course avec une grande décontraction. Le départ se fait toujours en mode « je vais la bouffer cette course », surtout qu’on ne peut pas s’échauffer sur ces départs en masse. Donc c’est en mode tr-s « agressif » qu’on débute. Ensuite, c’est une recherche perpétuelle de décontraction musculaire en gardant une foulée efficace (bonne fréquence, pousser derrière soi, garder une posture légèrement vers l’avant), ce qui demande une concentration quasi permanente. Je surveille régulièrement le cardio, et je fais invariablement quelques calculs sur mes objectifs de temps : « j’ai perdu 45sec sur le premier kilo, j’ai repris 1min sur les deux suivants, je suis en avance donc ». Quand le ravito va arriver, quoi prendre, tout cela se bouscule tout du long, sans jamais penser une seule fois « oulà, c’est long, encore X km ».

Et vous ? Arrivez vous à vous détendre en penser au dernier bouquin que vous avez lu, à votre liste de course ou aux jolies jambes de la coureuse de devant ? Ou bien restez vous bien concentré sur la course ?

Au final

Bilan chiffré de ce qui reste probablement la course la plus aboutie jusqu’à présent (oui, le Marathon, c’était le pied, mais c’était le premier, donc pas à bloc…) :

  • 178puls/min, ce n’est pas les 180 annoncés, mais on n’est pas loin (89% de cardio), et la gestion par le cardio se montre une nouvelle fois très efficace.
  • Donc un premier 10 en 47:36 environ (soit quelques secondes de mieux que son meilleur 10km en course…), suivi d’un « retour » en 45:14 minutes. J’ai préféré attendre les résultats officiels pour vérifier que ma montre n’avait pas déconné, c’est pour dire…
  • Positions aux intermédiaires : 4166ème au 5ème, 4026 au 10ème, 3487 au 15ème. Au final, 3122ème sur 22792 coureurs. Comme conseillé par un ami coureur, c’est beaucoup plus facile pour la tête dans ce sens que l’inverse. Effectivement.
  • 15.5 minutes d’amélioration par rapport au précédent chrono.
  • en l’état, l’année prochaine, c’est un 1er dossard sur justificatif (oléééééééé, je vous dis pas en 2013, ça va parader comme un jeune coq, « attention, sas préférentiel, laissez passer ! »).

Derrière tous ces chiffres, inutile de vous dire que les 200 derniers mètres se sont fait avec une émotion certaine après ces long mois à se demander si on était fait pour la course à pied. Courir enfin à 100%, sans douleur au genou, sans sentir son tendon d’Achille, sans sentir les kilos en trop, parfaitement à l’aise avec sa foulée, ça méritait bien quelques doutes et de s’accrocher.

Et la course dans tout ça ?

Oui, le 20k de Paris, alors ? Rien de vraiment nouveau, puisque :

Les +

  • course de masse, donc si vous aimez les effets de foule, vous allez être servi. La vue des quais noirs de coureurs au retour dans Paris est toujours un plaisir.
  • départ et arrivée à la tour Eiffel, ça le fait toujours
  • bonne organisation, pas de souci aux ravito, bénévoles très sympas
  • parcours assez plat
  • bonne ambiance, pas mal de musiciens, et les encouragements autour les tunnels font du bien

Les –

  • course de masse, donc pour perfer, c’est dur, le premier km est toujours difficile, et on zig zague tout du long grosso modo
  • un peu cher comme toutes les grosses courses populaires
  • le départ par vagues n’est pas efficace, il faudrait délimiter clairement par temps et contrôler les entrées
  • attente difficile sur le pont de Iéna si la météo est mauvaise
  • le village est un peu chiche…

Les stats

Pour les férus de stats, le profil Garmin de la course.

8 commentaires

  1. Bravo pour cette super performance! Tous tes sacrifices ont payé. Ton attitude décontractée et ton sens de l’humour est un must en course à pied.

    1. Merci ! J’étais bien peu décontracté Dimanche 😉 Mais si après je me prenais au sérieux avec 1h33 sur 20 bornes, ça serait inquiétant par contre 😉

  2. Ah ouais, c’est le même esprit mais en pas pareil (et en pas le même chrono aussi hein). A quoi je pense quand je cours ? Hier, j’ai juste pensé en boucle « j’y crois pas – qu’est-ce qu’il se passe – mais comment c’est possible – non mais non – mais oui – mais non ».
    Allez, j’attends le 2013 jeune coq !

    1. Pas le même chrono non, en féminine, tu es devant moi tranquillou. Je n’aime pas trop faire de distinguo hommes/femmes, mais il y a un écart. Donc ramené sur la même base, tu as été plus rapide ! 🙂

      Et c’est vrai que voir ces temps sur la montre, ça fait bizarre hein ? 🙂

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